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 [Cache-Cache] Le chant de la sirène

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MessageSujet: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 0:59

Le chant de la sirène.

Auteur des extraits :
Spoiler:
 


    Ich glaube, die Wellen verschlingen
    Am Ende Schiffer und Kahn...

    Et la vague engloutit bientôt
    Le batelier et son bateau...




La pluie peignait de longues stries sur la vitre, dessinant des ombres mouvantes dans la petite chambre encombrée. Le garçon assis sur le lit avait négligé d’allumer les lampes, et maintenant que la lumière avait baissé, il pouvait à peine distinguer les cordes de sa guitare. Il joua un moment à l’aveuglette, puis, serrant son instrument contre lui, il se pencha pour allumer la petite lampe de chevet. La chambre se retrouva baignée d’une lueur jaunâtre, un peu dorée, balayant les rayures grisâtres de la pluie. Le garçon sourit à lui-même, et reposa sa guitare sur ses cuisses, la calant dans ses bras maigres. Il positionna ses mains sur le manche, et commença à gratter.

« Bill ? »
Trois coups furent frappés à la porte. Le battant s’entrouvrit, et le corps mince de Tom se faufila dans la chambre. Bill se décala et laissa son frère s’asseoir à ses côtés sur le lit. Il avait l’air un peu essoufflé, et très content de lui-même ; il portait un tee-shirt Volcom qui, vu la taille et le modèle, devait appartenir à Georg. Ses dreadlocks étaient trop bien coiffées pour qu’il soie honnête, et, avec un geste très féminin, Tom entortilla une fine mèche de cheveux lisses, et la coinça derrière son oreille.
« Tu veux jouer ? » demanda Bill en tapotant le corps de la vieille guitare acoustique.
« Euh, ouais… tu m’aides ? »
Bill colla la guitare dans les bras de Tom, positionna ses mains sur le manque et ses doigts sur les cordes. Tom lui sourit avec hésitation, et commença à gratter l’instrument maladroitement. Bill fredonnait d’un air absent, comme pour encourager son frère qui tirait laborieusement quelques miaulements à la guitare.

« Quelqu’un tue un chat ? » se moqua Georg en rentrant dans la chambre sans frapper, torse nu, les cheveux attachés en chignon sur la nuque. « Oh, Tomichou, passe-moi la gratte, » quémanda-t-il.
Les jumeaux se serrèrent sur le lit, et Tom tendit la guitare à Georg. L’aîné saisit l’instrument, et le cala confortablement dans ses bras avant le réaccorder légèrement à l’oreille. Puis il commença à jouer, d’abord n’importe quoi, puis la mélodie improvisée se mua en Hard to concentrate, des Red Hot Chilli Peppers. Georg commença à chantonner des mots détachés les uns des autres, des morceaux de phrases.
« …something perfect, » marmonna-t-il en jetant un regard vers Tom en souriant, à travers quelques mèches de cheveux qui barraient son visage amusé.

Leurs yeux se plongèrent dans le regard de l’autre, et ils restèrent ainsi quelques secondes, sans se parler, oubliant totalement la présence de Bill à côté. Le chanteur roula des yeux, amusé par le petit manège qui se déroulait entre les deux guitaristes depuis un moment.
Alors que Georg avait finalement baissé les yeux vers la guitare à nouveau et recommencé à jouer, souriant toujours, un bruit vint troubler les notes rapidement enchaînées de l’intro de Johnny B Good. L’iPhone de Georg vibrait dans sa poche, et il cessa aussitôt de jouer pour se lever et répondre à l’appel.

« Allô ? Lor, t’es arrivée ? T’es en bas… O.K., je viens te chercher, mon bébé. »
Il fourra son portable dans sa poche, fit un sourire éclatant aux jumeaux et eut un petit rire impatient avant de courir dans sa chambre. Ils le virent repasser avec une chemise qu’il boutonnait tout en marchant à grandes enjambées. La porte s’ouvrit, se ferma, et dans le lointain, le bruit de l’ascenseur se fit entendre.
Tom avait la tête baissée sur la guitare que Georg lui avait fourrée dans les bras en se levant. Il la cala dans ses bras avec hésitation, et en tira quelques sons discordants. Il pinça les lèvres, levant timidement les yeux vers son frère. Bill soupira pour la forme et prit la guitare, gratta quelques accords pour se réhabituer, et donna trois petits coups du bout des doigts sur le corps en bois de la guitare acoustique avant de commencer à jouer.
« En moi, » chantonna Tom d’une voix hésitante, « tout est devenu froid… »
Bill lui sourit, riva son regard dans le sien, articulant silencieusement les paroles tandis qu’il chantait. Chez les deux jumeaux, c’était toujours Bill qui avait aimé se montrer, faisant pêle-mêle du chant, du piano, de la guitare, du dessin et du théâtre. Tom avait des notions acquises à force d’aider son frère à répéter ses morceaux ou ses pièces, mais rien de très folichon. Néanmoins, se montrer, pour Bill, cela voulait dire montrer aussi son frère -au grand damn de ce dernier. Mais il ne pouvait rien refuser à Bill.

Aussi, quand le chanteur insista pour qu’ils aillent dîner avec Gustav, Georg et la petite amie de ce dernier, Tom ronchonna, mais suivit néanmoins son frère dans le salon. Le batteur, dans un élan de bonne humeur, avait fait des lasagnes -végétariennes, parce que Tom ne mangeait presque plus de viande- et Lorelei avait ramené des macarons d’une ville de France où elle avait fait un shooting, et d’où elle venait sans même repasser par Köln. Elle raconta ses déboires avec le photographe qui était arrivé avec deux heures de retard en puant le vin, en étant, au grand malheur du guitariste, beaucoup trop drôle pour qu’il puisse se plaindre d’elle.
Tom tourna et retourna de fines lamelles de pâtes maculées de sauce tomate et d’oignons dans son assiette pendant dix minutes, mangea quelques bouchées sous le regard menaçant du batteur, et prétexta qu’il n’avait pas faim pour ne pas avoir à toucher aux macarons. Il s’éclipsa aussitôt que possible dans sa chambre, appela Andreas, et soupira en voyant qu’il n’était que dix heures. Il prit sa douche, savonna patiemment ses dreadlocks, les rinça et les sécha avec un soin inhabituel, et leur passa même de la cire.
À minuit, le salon avait été déserté. Bill parlait au téléphone avec un de leurs producteurs -peut-être Pat, vu la façon dont il était souvent interrompu, ce qui ne devait pas manquer de l’énerver. Gustav devait regarder la télévision dans sa chambre, vu la lumière bleutée qui filtrait sous la porte, diffusant un halo de lumière sur le plancher. Et Lorelei et Georg… faisaient Dieu seul savait quoi. Tom sortit un yaourt aux pommes du réfrigérateur et le mangea assis sur le carrelage, adossé au frigo ouvert. Dans la petite cuisine, la seule lumière était celle provenant du frigidaire, et les vitres reflétaient Tom, misérable, au reflet pailleté de gouttes d’eau qui glissaient contre le verre.

Quand il alla se laver les mains après avoir fini son yaourt, il remarqua, posé sur le plan de travail à coté de la corbeille de fruits perpétuellement vide, la boîte jaune aux écritures argentées en français qui contenait les macarons. Après avoir jeté un regard derrière lui, Tom souleva le couvercle cartonné. Les biscuits étaient présentés étendus sur du papier, comme des bijoux ou de beaux vêtements. Leur surface était lisse, et rien que leur perfection faisait saliver Tom.
Il posa un doigt humide dans un recoin de la boîte, et le fit glisser pour récolter des miettes qu’il lécha ; et avant qu’il n’aie eu le temps de s’en rendre compte, il avait un macaron entier dans la bouche. Il le mâcha rageusement, puis deux autres, et un éclair le fit sursauter. Tom referma précipitamment la boîte, sa lava de nouveau les mains, et embarqua une cannette de Minute Maid dans sa chambre.
Allongé sur son lit, il contempla un moment le ciel presque noir, taché de nuages gris-bleus qui dissimulaient la Lune. Il but son jus de fruit en regardant la pluie frapper les carreaux de sa fenêtre, et compta les secondes entre l’éclair et le coup de tonnerre. Et malgré l’habitude et la certitude que l’orage ne pouvait rien lui faire, il frissonna à chaque fois que le ciel se retrouva déchiré de blanc. La nuit était comme un secret, et l’orage la mettait à jour, brusquement, violemment, impitoyablement. Il s’endormit en tournant le dos à la fenêtre et au ballet d’éclairs et de lumière.

Bien plus tard dans la nuit, Tom se réveilla en sentant quelque chose contre lui -en lui. Son cœur s’emballa et son corps se tendit violemment.
« Chut, calme-toi, » murmura la voix grave de Georg, tout contre son oreille, envoyant des frissons tout le long de sa colonne vertébrale. Sa queue se raidit presque instantanément, et les mains de Georg se posèrent sur ses fesses pour les écarter, alors que les os saillant de ses hanches s’enfonçaient dans les bosses charnues, comme il pénétrait Tom plus profondément.
« Qu’est-ce que tu fais là ? » balbutia Tom en se cambrant. Les mains de Georg allèrent se glisser entre le torse du guitariste et le matelas, titillant ses tétons, les pinçant entre ses doigts. « Tu devrais pas être avec Lorelei-ii-i ? » demanda-t-il, sa voix partant dans les aigus comme Georg se penchait pour lécher sa nuque et son cou.
« Il est trois heures du mat’, elle dort. J’ai pas pu résister en te voyant là, comme ça, avec ton petit cul nu, offert… »

Tom se tortilla sous Georg, serrant ses muscles autour de sa bite en érection, et ne trouva même pas la force de faire remarquer à Georg qu’il portait un pantalon de pyjama, quand il était aller se coucher -l’idée du bassiste, ouvrant et refermant silencieusement la porte, se glissant à ses côtés et le débarrassant de ses vêtements pour le plaquer contre le matelas et le prendre, avec lenteur et application, ne faisait qu’augmenter son excitation.
Georg se redressa, ses bras tendus de chaque côté du visage de Tom, et modifia l’angle de son bassin pour s’enfoncer au plus profond de sa chaleur brûlante à chaque pénétration. Il ralentit et bougea lentement à l’intérieur de Tom, s’arrêtant net quand le guitariste laissa échapper un lourd gémissement avant de mordre son oreiller à pleines dents. Georg posa une main sur la nuque exposée de Tom, sur le côté de son cou, dans un geste réconfortant, et il commença à le pilonner avec ardeur.
Le sexe de Tom frottait contre le matelas à chaque à-coup de Georg à l’intérieur de lui, contre sa prostate, et ses jambes commencèrent à trembler malgré lui. Un nid de chaleur brûlante se forma dans son aine, de plus en plus pressant, de plus en plus insupportable. Et puis il jouit, avec un puissant frisson et l’impression que le monde autour de lui disparaissait, serrant la queue de Georg. Ce dernier cessa de bouger, haleta, et se retira pour jouir contre les fesses de Tom.
Le cœur de Tom battait dans ses oreilles, et semblait prêt à jaillir hors de sa poitrine. Il remarqua à peine qu’on le retournait et qu’il retombait sur le dos, et ce fut l’absence de Georg qui le ramena brusquement à la réalité.

« Georg, » couina t-l en se redressant tant bien que mal, le cul douloureux, les yeux embrouillés, et il essaya de repérer le bassiste dans la pénombre dans laquelle sa chambre était plongée. « Georg ? »
« Chut-tt, » le pressa Georg en revenant par la porte qu’il avait laissée entr’ouverte en partant. Il tenait un gant de toilette bleu, humide, et il força Tom à se retourner. « J’étais parti voir si Lorelei dormait encore, et chercher de quoi te nettoyer, » ajouta-t-il d’une voix basse et moqueuse.

Tom se tortilla sous les caresses du tissu éponge, mouillé et froid. Il soupira de bonheur quand Georg embrassa sa fesse gauche, une fois son travail terminé, et il se retourna pour s’asseoir en tailleur face à lui. Georg, installé dans la même position, procédait au nettoyage sommaire de son pénis ramolli, sali de sperme séché. Tom rougit malgré lui et remercia la pénombre de masquer la soudaine rougeur de sa peau. Il sentit sa peau brûler quand Georg fit glisser le gant de toilette sur son sexe circoncis, et il se gifla intérieurement en se sentant durcir.
Georg haussa un sourcil amusé.

« Déjà ? » murmura-t-il en se penchant vers la bite à moitié raidie de Tom, une main posée de chaque côté de son aine. Il approcha ses lèvres, et un long râle, une plainte presque animale, passa la barrière des lèvres de Tom quand le souffle chaud de Georg s’écrasa sur la chair sensible. Le bassiste se rapprocha encore pour frôler le sexe de Tom du bout de ses lèvres. Tom crut qu’il allait mourir quand Georg suçota légèrement son gland, avant de s’éloigner pour observer calmement le visage de Tom, où était peinte une expression d’extase et de torture mêlées.
« Tiens, tiens, » rit Georg d’une voix basse, puis il fit courir son index sur le gland de Tom, et le retira mouillé. Le visage de Tom se mit à brûler.
« C’est ta salive, » couina Tom, et il déglutit de travers quand Georg glissa tout naturellement son doigt dans sa bouche.
« Je ne crois pas, non, » se moqua le bassiste avant de se pencher vers Tom et d’embrasser ses lèvres. « Goûte… »

Il glissa sa langue dans la bouche sèche de Tom, et partagea avec lui la légère saveur de liquide séminal. Tom gémit, posa ses mains sur ses épaules pour le repousser, mais se retrouva à l’enlacer, pressant leurs corps l’un contre l’autre.
Il finit par jouir tout contre Georg, et il s’endormit à moitié contre lui. Il sentit, dans un demi-sommeil, que Georg le nettoyait à nouveau, et qu’il le rhabillait. Puis il l’enlaça comme un enfant, le serra contre lui et le berça jusqu’à ce qu’il s’endorme.


Dernière édition par Stern le Jeu 28 Mai - 1:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:00

Tom se réveilla le lendemain matin dans une chambre plongée dans le noir. Georg avait du tirer les rideaux avant de partir, histoire que Tom puisse dormir sans être gêné par le soleil. Un coup d’œil à son portable posé sur la table de chevet lui apprit qu’il était midi passé. Les autres devaient être réveillés.
Il se leva, s’étira et ouvrit les rideaux. Une lumière grise envahit la pièce. La vitre était constellée de gouttes d’eau, mais il ne pleuvait pas. Tom enfila le premier haut qu’il trouva par terre, un vieux tee-shirt Motörhead appartenant à Gustav.

Une odeur épicée envahissait l’appartement, et l’estomac de Tom gargouilla bruyamment. Bill, Georg, Gustav et (Tom serra les dents) Lorelei étaient installés dans le salon, avachis sur l’immense canapé d’angle en cuir blanc. Bill était assis en tailleur, une barquette en aluminium sur la cuisse, dans laquelle se trouvait un taco entamé, et un petit tas de poivrons rouges que Bill ne mangerait pas. Gustav était assis à côté de lui, et piochait de temps en temps dans le tas de poivrons, tout comme Lorelei qui se penchait par-dessus le batteur pour en tendant le bras. Georg était assis par terre, entre les jambes de Lorelei, la tête
appuyée contre le canapé et les bras entourant les jambes de sa petite amie.
« Bonjour, belle au bois dormant, » railla Georg, la bouche pleine de pommes de terre épicées.
Tom lui fit un doigt d’honneur et farfouilla dans les barquettes d’aluminium et les emballages en papier gras. Il dénicha un taco végétarien et des nouilles de maïs sautées, et alla s’avachir à côté de Bill. Il fit un petit bisou sur les lèvres de son jumeau, pour lui dire bonjour; et entama son repas. Georg et Gustav étaient plongés dans une conversation sur le rythme d’une de leur nouvelles chanson, et Lorelei regardait alternativement l’un, puis l’autre, tout en jouant avec le goulot de sa bouteille de bière.
Elle n’était là que depuis deux jours, et elle tapait déjà sur les nerfs de Tom… parce qu’il n’avait rien à lui reprocher. Elle était parfaite, amoureuse de Georg, et Georg était amoureux d’elle.
« Lorelei, tu restes avec nous jusqu’à quand ? » demanda Bill avant de prendre une bouchée de taco.
« Oh, pas longtemps, » sourit-elle en essuyant ses doigts sur ses Jeans avant de les glisser dans les mèches lisses de Georg. « Je repars après-demain, sinon je vous empêcherai vraiment de bosser. »
« Tu pourrais remplacer Georg à la basse, c’est pas très dur, tu verras, » proposa Gustav d’une voix neutre.
Georg glapit, indigné, et Lorelei éclata de rire. Tom mordit l’intérieur de sa joue pour retenir à la fois un sourire et un hurlement. Il détourna les yeux de Lorelei qui riait sous les récriminations de Georg, et essayait de bloquer le bassiste entre ses jambes pour l’empêcher d’aller rosser Gustav.

« Allez, du calme, » s’amusa Lorelei de sa voix douce. Elle se courba, amenant son visage au niveau de celui de Georg, et embrassa le bassiste. Automatiquement, Tom se leva, abandonnant son repas à moitié consommé, et marmonna entre ses dents qu’il allait aux toilettes. Puis il se réfugia dans sa chambre, et n’en sortit que lorsque Gustav leur cria qu’il fallait qu’ils descendent au studio.
Bill était en train de s’échauffer la voix quand Tom l’avait rejoint en bas, et Gustav ajustait la hauteur de son tabouret, tout en pestant contre celui qui l’avait baissé (cela se trouvait être Bill, qui aimait bien voler la batterie de Gustav quelques instants, mais il avait dû oublier de tout remettre en place, cette fois-ci). Tom fit mine d’accorder sa guitare quelques instants, et lorsqu’ils commencèrent à jouer, il fit de son mieux pour faire son travail et ignorer l’absence du grave son de basse.

Lorelei faisait la vaisselle, calmement, parlant en murmures à Georg, qui était debout derrière elle, les bras serrés autour de sa taille et le visage niché dans son cou. Il avait repoussé ses longs cheveux blonds vénitiens, et embrassait de temps en temps la peau douce de sa nuque, où poussait un duvet clair, couleur de miel, et constellée de taches de rousseur. La jeune fille avait insisté pour faire la vaisselle, pour que les garçons puissent « aller travailler sérieusement », mais Georg ne s’était pas décollé d’elle une seconde.
Tom venait le chercher sous l’insistance de Peter. Le producteur, en visite aujourd’hui, avait fait les gros yeux aux trois Tokio Hotel en voyant que le bassiste brillait par son absence. Il les avait fixés alternativement sans rien dire jusqu’à ce que Tom se décide en soupirant à remonter chercher Georg. Peter, en tant que père, était beaucoup plus impressionnant que David -mais aussi moins familier.
Le guitariste resta un moment dans l’embrasure de la porte, dans le couloir sombre, à regarder fixement les deux amoureux en train de roucouler ensemble. Il n’entendait pas tout à fait ce qu’ils se disaient, tout en chuchotis, pressés l’un contre l’autre. Les mains de Lorelei ne s’activaient même plus dans l’évier, et elle avait incliné la tête sur le côté, laissant libre accès à Georg qui déposait des baisers tendres sur la peau offerte. Tom déglutit et n’arriva pas à détourner les yeux.

« Tom ? »
Le guitariste tourna violemment la tête, s’arrachant à la contemplation douloureuse des amoureux. Gustav était en haut de l’escalier, et le fixait avec une expression d’intense perplexité (ce qui, chez lui, se résumait à un froncement de sourcils), ses baguettes dans la main gauche, l’autre appuyée contre le mur. Tom ouvrit la bouche pour parler, mais ne réussit qu’à produire un gargouillis étouffé. Le petit batteur fronça les sourcils, une ride se creusant par-dessus ses lunettes, et se rapprocha de Tom.
Dans la cuisine, Lorelei et Georg s’embrassaient langoureusement, étroitement serrés l’un contre l’autre. La jeune fille avait une cuisse glissée entre celles de Georg, et ce dernier enfouissait ses doigts dans les longes mèches rousses. Gustav roula des yeux et s’avança silencieusement vers les deux amoureux, qui ne remarquèrent pas sa présence pour le moins du monde. Tout aussi furtivement, le batteur se glissa derrière Georg, et lui hurla dans les oreilles en s’agrippant à ses épaules.

« Mais ça va pas ?! » beugla Georg en se retournant vivement, une main posée sur le cœur, « elle a failli me mordre la langue ! »
« On s’en fout, t’as pas besoin de ta langue pour jouer de la basse, allez, allez, » le pressa Gustav en le poussant pour l’écarter de Lorelei, qui était rouge comme un coquelicot, les bras fermement croisés sur la poitrine.
Georg grogna pour la forme, mais ses lèvres esquissèrent un sourire. Il posa un baiser mouillé sur la joue de Lorelei, et suivit Gustav en se disputant amicalement avec lui. Ils passèrent à côté de Tom, et ce dernier allait les suivre quand Lorelei l‘interpella. Elle était appuyée contre l’évier, les jours toujours légèrement rouges. Ses longs cheveux joues avaient des reflets dorés sous le soleil qui passait par la baie vitrée, la baignant d’un halo de lumière. Tom se figea, mais ne daigna pas s’approcher d’elle, et ce fut la jeune femme qui le rejoignit en quelques enjambées. Lorelei était très grande et toute mince, et sa peau piquée de taches de rousseur était très pâle. Le débardeur turquoise qu’elle portait ne faisait qu’accentuer la blancheur diaphane de sa peau, et dévoilait ses épaules tachées de son et ses clavicules saillantes.

Georg et Lorelei s’étaient rencontrés il y a plusieurs mois, sur un shooting. Le photographe surbooké et défoncé avait pris un retard affolant sur son premier shoot de la journée (des photos de mode pour le Vogue allemand, représentant des jeunes filles vêtues de couleurs acidulées évoluant dans un paysage kitsch de jouets colorés en plastique brillant), et alors que le directeur du shoot et David s’engueulaient avec le photographe, les jeunes mannequins s’impatientaient en ronchonnant, se plaignant qu’elles avaient des rendez-vous, des castings, un millier de choses à faire. Sauf Lorelei. Elle était assise dans un coin, silencieuse, toute vêtue de rouge et de rose, ses cheveux artificiellement bouclés cascadant sur ses épaules.
Lorsque les autre garçons s’étaient intéressés à la ribambelle de jolies filles, ils s’étaient mutuellement lancé des paris : à qui aura la plus belle, la plus grande, la plus exotique, la plus bizarrement fringuée. Bill avait réussi à emballer un canon bavarois aux cheveux blonds et à la peau mate et Gustav avait obtenu le numéro d’une Russe qui s’était révélée fiancée et qu’il n’avait jamais rappelée, mais Georg avait gagné haut la main : voilà cinq mois qu’il sortait avec Lorelei.

« Je voulais te parler, » dit la jeune fille en entortillant nerveusement une mèche de cheveux qui tombait sur sa poitrine autour de son doigt.
« Je t’écoute, » répondit Tom nerveusement, se forçant à regarder Lorelei dans les yeux. Elle avait des yeux vert d’eau, très clairs, un peu ternes, aux prunelles cernées de noir. On aurait dit deux flaques sur le macadam, reflétant le ciel immense et infini.
« Tu ne m’aimes pas beaucoup, hein, » fit Lorelei, croisant à nouveau ses bras. Tom ouvrit la bouche, mais elle l’interrompit. « Ce n’est pas une question.
Le guitariste baissa la tête. Lorelei tira sur une de ses dreads pour le forcer à se redresser. Ils se firent face, et la jeune fille lui sourit doucement.
« Mais tu aimes Georg, hein ? »
Les yeux de Tom commencèrent à piquer. Il cilla plusieurs fois, mordit sa lèvre.
« Il faut que je retourne répéter, » marmonna-t-il, puis il se détourna et partit.

Tout l’après-midi, les mots de Lorelei résonnèrent dans sa tête, et il n’arriva pas à jouer. Peter râla beaucoup, mais il l’entendit à peine. Gustav le fixa tout l’après-midi, il sentit son regard brûler son dos. Alors qu’ils écoutaient les remontrances de Peter, Gustav continua à lui jeter des regards de biais, et cela troublait Tom bien plus que l’énervement de leur producteur (à son égard et à celui de Bill -quand l’un des jumeaux prenait, ils prenaient tous les deux- un peu envers Georg, et pas du tout envers Gustav, au jeu toujours impeccable.
Ils retournèrent à l’appartement dans une ambiance morose, Bill jurant contre Peter et Gustav massant ses doigts. Georg monta les marches quatre à quatre, et alors qu’il s’engageait dans le couloir, Gustav le rattrapa.
« Hé grand, tu me masses les jambes ? »
« Désolé mec, j’ai d’autres choses à masser, » s’excusa Georg, les yeux brillants, avant de disparaître dans le salon.
Il y eut un instant de flottement pendant lequel les quatre garçons purent profiter d’un rire de Lorelei et d’un bruit de succion mouillée, auquel Bill s’anima enfin.
« PAS dans le salon !! » s’écria-t-il en rejoignant les amoureux dans la grande pièce.
Tom roula des yeux et se dirigea vers sa chambre, mais à peine s’était-il engagé dans le couloir que Gustav saisissait une de ses dreads, pour le retenir.
« Tu me masses les jambes ? » demanda-t-il d’un ton neutre, sa main puissante tenant toujours la dreadlock de Tom.
« Ok, ok, » ronchonna ce dernier, et il suivit Gustav.

La petite chambre du batteur était impeccablement propre et parfaitement rangée, malgré tout le bazar qu’elle contenait. La peinture était invisible, les murs recouverts d’une multitude de posters et de photos, d’étagères supportant des coupes de football ou de cyclisme, ainsi que plusieurs tonnes de livres. Gustav ouvrit la fenêtre et se laissa tomber sur le grand lit au matelas épais et moelleux, dans lequel il s’enfonça avait de délacer ses chaussures et d’ôter ses chaussettes.
Gustav resta assis comme Tom tirait un tabouret vers le lit, et commençait à s’activer sur ses jambes. Il maintenant le genou du batteur pour étirer sa jambe, poussant son pied vers le haut. Le petit blond se laissa tomber vers l’arrière avec un grognement quand Tom commença à masser ses mollets, du bout des doigts, détendant les muscles douloureux. Ils restèrent silencieux un moment, puis Gustav brisa le silence d’une voix décidée.

« Georg est au courant ? »
Tom s’interrompit, fronça les sourcils, et Gustav se redressa sur ses coudes. Il fixa le guitariste d’un air neutre, les yeux pénétrants.
« De quoi ? »
« Tu sais très bien de quoi je parle. »
Tom baissa la tête et prit la jambe de Gustav dans ses mains, commençant à masser le mollet d’un air absent.
« Alors, il est au courant ? »
« …oui. »
Gustav siffla en se laissant tomber sur le dos à nouveau.
« Il a rien dit ? »
« Non. »
« Et Lorelei ? Elle sait ? »
« Ouais… »
« Merde, Tom. Ça fait longtemps ? »
« Plutôt, oui, » répondit le dreadé nerveusement.
« Depuis le début ? » demanda Gustav, son incrédulité perçant dans sa voix.
« Oui. »
« Wow. »

Il y eut un silence pendant lequel Gustav méditait les aveux du guitariste.


Dernière édition par Stern le Jeu 28 Mai - 2:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:00

« Il s’est déjà passé quelque chose ? » demanda-t-il finalement.
«…tu veux vraiment le savoir ? »
« Oui. »
Tom mordit sa lèvre.
« Ouais. »
« Quoi ? »
Tom ne répondit pas et ses doigts tremblèrent contre la peau lisse du batteur.
« Oh putain, vous avez couché ensemble ?! »
« …ouais. »
« Putain, Tom ! » Gustav se redressa, les yeux légèrement écarquillés. « Mais t’es trop con ?! »
« Je sais, je sais, » geignit Tom, « et c’est un mec, et plus, et moi aussi, et- »
« Quoi ?! »
Gustav fronça les sourcils et s’assit sur le lit, face à Tom.
« On parlait de qui, là ? »
« De Lorelei, non ? »
« …oh. Merde ! » Tom se leva, prêt à partir.
« Attends, putain, de quoi tu… OH merde ! Oh putain de sa mère !! »
« Chut, chut, tais-toi, je t’en supplie, » le pria Tom en se rasseyant précipitamment.
« T’es amoureux de Georg ? » chuchota Gustav. « Georg ?! »
« Oui, oui, oui », psalmodia Tom, l’air désespéré.

Gustav secoua la tête, et plongea une main dans sa poche pour en extirper un paquet de tabac Drums. Il en sortit un cahier de feuilles à rouler et une petite boîte d’allumettes au sigle de la chaîne d’hôtels Hilton, puis il se roula une cigarette, les cuisses écartées, le coudes appuyés sur les genoux. Il lécha le papier, et resta un instant immobile, puis il ricana.
« Putain, t’as couché avec Georg. »
Les joues de Tom, déjà bien roses, s’embrasèrent davantage. Gustav étouffa un rire, et colla sa clope entre ses lèvres. Il craqua une allumette, et enflamma le papier. Un filet de fumée s’étira du bout de la cigarette, et l’extrémité rougeoya quand Gustav aspira profondément.
« C’était bien ? » demanda-t-il soudain en relevant les yeux vers Tom.
« Hein ? »
« C’était bien ? » répéta Gustav, un petit sourire au coin des lèvres.
« Euh, ça dépend, mais en général oui, c’était- »
« Quoi, y’a pas eu qu’un fois ?! » Gustav s’étouffa à moitié. « Combien ? »
« Je sais pas, je compte pas, » bafouilla Tom.
« Putain. T’es… t’es vraiment amoureux de lui, hein ? »
« Ouais, » répondit le guitariste d’une voix misérable.
« Et lui ? Et Lorelei ? »
« Elle est au courant, ‘fin, je sais pas à quel point. Tu… tu n’en parles à personne, hein ? »
« Une tombe, » promit le batteur dans un nuage de fumée.

Tom soupira et lui fit un petit sourire.
« C’est bien, de coucher avec quelqu’un qu’on aime ? »
Il eut un pincement au cœur en voyant le regard du batteur, à la fois lointain et sérieux. Il prit une nouvelle bouffée de sa cigarette et regarda Tom dans les yeux. Dans leur petit groupe, c’était de notoriété publique que Gustav était resté puceau assez tardivement, puis qu’il avait perdu sa virginité alors qu’il était totalement bourré. Puis il était sortit avec des filles qui ne venaient jamais à l’appart ; sa copine actuelle, avec laquelle il avait peut-être même déjà rompu, n’avait jamais montré le bout de son nez.
« Oui… ouais, c’est bien. »
Gustav sourit et prit une cannette de Jupiler posée sur la table de chevet et écrasa son mégot contre le goulot, avant de le jeter par l’ouverture. Il soupira doucement, lécha ses lèvres fines, et plongea à nouveau son regard dans celui de Tom.
« Je pourrais t’embrasser ? »
« …pardon ?! » s’exclama Tom en sentant ses joues s’embraser instantanément.
« Bah, t’embrasser, quoi, juste pour voir, » fit Gustav en haussant les épaules.
Tom bougea inconfortablement, croisant les bras, écrasant ses mains sous ses biceps.
« Si tu veux, » marmotta-t-il.

Le batteur déglutit, et Tom ferma les yeux pour ne pas le voir s’avancer vers lui. Ses lèvres heurtèrent d’un coup les siennes, sans qu’il n’aie senti auparavant son souffle contre sa peau, ou son nez effleurant le sien. Gustav l’embrassa une fois, rapidement, s’écarta une fraction de seconde et reposa sa bouche contre la sienne. Cette fois, Tom sentit ses mains, courtes, épaisses et calleuses, se poser sur chacune de ses joues, ses pouces appuyant contre ses pommettes saillantes ; et la bouche de Gustav s’entrouvrit pour laisser passer sa langue qui alla lécher les lèvres closes de Tom.
À sa propre surprise, la bouche du guitariste s’ouvrit contre celle de son ami, et il répondit à son baiser, serrant davantage ses bras, comprimant ses mains tremblantes. Il battit rapidement des paupières, entrouvrant ses yeux un instant pour voir le visage concentré de Gustav, aux yeux mi-clos, aux joues ombrées par ses cils.
Aussi soudainement qu’il l’avait embrassé, Gustav se recula, laissant un instant Tom le souffle court. Le dreadé reprit ses esprits et rajusta sa position sur son tabouret -durant le baiser, il s’était avancé vers le batteur, qui s’était assis sur le rebord de son lit.

« Hé bien, c’était… intéressant, » commenta Gustav d’une voix claire, un petit sourire tordant le coin de ses lèvres fines. Tom hocha la tête, les bras toujours croisés. « Tu veux partir ? » Nouveau oui silencieux. Gustav rit. « Je te retiens pas, alors. »

Tom s’enfuit presque de la petite chambre du batteur pour aller se réfugier dans la sienne. Il enfouit son visage dans son oreiller, y cherchant quelques traces subsistantes de l’odeur de Georg. Il resta allongé longtemps, à écouter le bruit de la pluie, et celui, plus rapide, de son cœur. Lentement, la lumière extérieure baissa, au point de plonger la pièce dans la pénombre, puis dans le noir -mais Tom s’était endormi.

**

La porte d’entrée claqua. Georg venait de rentrer de la gare, où il avait déposé Lorelei pour qu’elle y prenne son train, en direction de Köln. Un léger sourire flottait sur ses lèvres, déjà nostalgique. Tous les garçons tournèrent la tête lorsqu’il pénétra dans la pièce avant de se laisser tomber sur un des poufs en cuir assortis au canapé, sur lequel ses collègues étaient avachis, Tom et Bill disputant une partie de Soul Calibur sur la vieille PS2 et Gustav lisant avec application le dernier numéro de Batteur 3000. Tous s’empressèrent de mettre un terme à leurs activités, mine de rien, et attendirent que le bassiste commence à se plaindre.
« Elle me manque, » geignit-il au bout d’un moment, et Gustav tourna une page. Rien de dramatique, aujourd’hui, juste un petit spleen après plusieurs jours passés sur le petit nuage rose des amoureux.
« Elle reviendra bientôt, » le consola le batteur en tendant le bras vers lui, dans un geste qui se voulait réconfortant.
« Mais, euh, vous, vous l’aimez bien, hein ? » s’enquit Georg en se redressant légèrement, les yeux inquiets.
Un long silence suivit la question. Une petite cinématique à laquelle personne ne prêta attention s’afficha sur l’écran plat, closant la partie des jumeaux. Gustav relit la même ligne pour la troisième fois. Il leva les yeux vers Bill et Tom, une petite moue pinçant ses lèvres comme il retenait à la fois un sourire et une grimace.
« O.K., personne ne l’aime, j’hallucine, » souffla Georg en haussant les sourcils, son front se plissant.
« Non, non, moi je l’aime bien, » s’empressa de répondre Gustav.
« C’est vrai ? » demanda Georg, plein d’espoir.
« …non. »
Bill ricana, et les lèvres de Tom s’étirèrent lentement en un large sourire. Ce dernier échangea un regard avec Gustav, dont le coin de la bouche n’était que légèrement retroussé. Georg lâcha une longue plainte et commença à ronchonner dans son coin, tandis que Bill se penchait pour frapper le poing tendu de Gustav contre le sien.

« Ouais, bon, O.K., sujet Lorelei clos, » s’amusa Bill en se laissant retomber sur le canapé. « Vu que la femme n’est plus là, on fait un truc ce soir ? »
« Counter Strike ? » proposa Tom en se levant pour aller éteindre la console.
« Mes yeux me font mal, » objecta Gustav, « pas envie de passer des heures sur l’ordi. On pourrait sortir ? »
« Vu le temps… »
Les quatre adolescents tournèrent la tête d’un même mouvement vers l’immense baie vitrée, où la pluie ricochait avec violence depuis plusieurs heures, et ne semblait pas près de s’arrêter. Ils soupirèrent et Gustav rouvrit son magazine pour lire une review de nouvelles baguettes Tama en attendant que l’un de ses amis ait une idée de génie -ce qui, les connaissant, pouvait prendre un certain temps.
« Bon, ben ça va finir en exil dans nos chambres respectives, tout ça, » marmonna Georg en se lissant une mèche de cheveux qu’il pinçait entre son pouce et son index.
« Et on ne veut pas savoir ce que tu y feras, merci, » répondit Gustav en tournant une page.

Les deux jumeaux éclatèrent de rire tandis que Georg levait les yeux au ciel. Il ne tarda pas à se lever de son pouf pour s’étirer et déclarer qu’il mangerait bien quelque chose. Bill et Georg se disputèrent pour choisir s’ils commandaient de la bouffe thaï ou chinoise, sous le regard effaré de Tom qui ne voyait pas du tout la différence entre les deux. Gustav finit par leur piquer le téléphone du salon pour commander du japonais, et le temps qu’il raccroche et annonce à la cantonade que leur déjeuner arriverait d’ici une demi-heure, le chanteur et le bassiste ne s’étaient rendus compte de rien.
Par-dessus ses sushi au saumon (qu’il était le seul à préférer) Tom jetait des regards supposément discrets à Georg. Peut-être que Lorelei lui avait fait part de ses doutes, peut-être que Gustav lui avait dit qu’il savait… Il ne lui avait jamais ordonné de ne parler à personne de leur relation, mais il lui semblait qu’il y avait toujours eu une sorte d’accord tacite pour garder le secret. Ils n’étaient pas en couple, mais Tom ne se considérait pas célibataire pour autant. Il se demandait comment Georg réagirait s’il sortait avec quelqu’un…

Tom fut tiré de sa contemplation par Bill qui le piqua au flanc avec ses baguettes. Il sursauta et se tourna vers son frère qui le fixait d’un air narquois, la bouche pleine de sashimi. Il déglutit, saisit sa bouteille de bière Asahi et en prit une longue gorgée.
« On se regarde un film, ce soir ? »
« S’tu veux… quoi ? »
« Fight club ? »
« Encore ? » protesta Tom en plissant le nez.
« J’y peux rien si c’est le meilleur film du monde, » soupira Bill en roulant des yeux.
« On pourrait regarder X-Men, » proposa Gustav;
« Hé, qui t’as invité, déjà ? Puis autant regarder Twilight, hein… »
« Je l’ai vu avec Lor, il était pas si mal, » fit remarquer Georg en noyant un sushi au poulpe dans de la sauce soja agrémentée de wasabi.
« Qu’est-ce qui était pas mal, le film ou ce que vous avez fait devant ? » railla Gustav.
« Les deux, si tu veux tout savoir. »
« Génial ! Bref, les gars, puisque vous voulez vous incruster, trouvez-nous un film. »
« Désolé, mais j’ai un coup de fil à passer, ce soir, » fit Georg en souriant de toutes ses dents.
« Ooo-kay… bon ben Gus, t’as une idée ? »
« Casino Royale ? »
« Le James Bond ? On l’a ? »
« Je peux le louer, si vous voulez. Il faut que je m’achète du tabac. »

Les jumeaux opinèrent mollement du chef, et Bill enfourna un maki au thon rouge, qu’il mâchonna lentement, les yeux dans le vague. Georg avait fini sa part et tétait le goulot de sa bouteille de bière en louchant sur les sushi à la crevette que Gustav avait gardés pour la fin. Tom soupira et commença à fourrer les boîtes en plastique dans les sacs en papier dans lesquels leur repas était arrivé.
« Merci, chérie, » se moqua Georg quand Tom prit les reliefs de son déjeuner pour les jeter. Le guitariste haussa un sourcil, et frappa Georg sur le crâne avec une bouteille de Coca-Cola vide. Le bassiste ricana et se leva, défroissa ses Jeans et s’éloigna à pas traînants vers le couloir.
« Merci de nous aider à ranger, Georg, » soupira Bill en aidant son frère à entasser les déchets. Gustav sourit et se roula une cigarette, s’affalant sur le canapé. C’était lui qui avait fait le repas (comprenez : qui avait téléphoné au livreur) et il se retrouvait exempté de rangement. Étendu sur le canapé, les pieds sur l’accoudoir, il ferma les yeux, laissant le bruit de la pluie le bercer, écoutant sans la comprendre la conversation des jumeaux.

Ces derniers abandonnèrent le batteur à sa sieste improvisée, et se cloitrèrent dans la chambre de Tom, où ils firent semblant de travailler sur le nouvelles chansons. Ils réussirent à convenir d’une mélodie pour un refrain, mais se retrouvèrent à inventer des chansons paillardes à partir de leurs propres morceaux, chantant d’une même voix, l’un succombant parfois à son fou rire. Ils finirent étalés sur le grand lit de Tom, sur le dos, côté à côté, à se passer une canette de Coca que Bill était allé chercher à la cuisine après avoir perdu à pierre-papier-ciseau.
Un coup fut frappé à la porte, et Gustav entra en se frottant un œil, la bouche déformée par un bâillement.
« M’avez pas réveillé ? J’ai rêvé que monsieur Spock volait mes baguettes, et il les perdait dans l’espace. » (les jumeaux échangèrent un regard inquiet) « Il est quelle heure ? »
« Presque cinq heures. »
« Mmmh. »
Gustav resta planté au milieu de la pièce plusieurs dizaines de secondes, et s’ébroua.
« Bon ben, je vais aller louer le film. Personne veut venir ? »
« Oh, si, je veux de l’air frais, » geignit Bill en se redressant. « Tomi, tu viens ? »
Tom ouvrit la bouche pour accepter, puis il se rendit compte que s’il ne venait pas, il serait tout seul avec Georg.
« Nan, je reste, la flemme de bouger. »
« Larve, » grogna Bill en lui donnant un coup de pied, avant d’ouvrir le placard de Tom pour y dérober un sweat-shirt affreux, noir constellé de notes de musique grises et rouges. Gustav se roula une nouvelle cigarette, et Bill le poussa hors de la chambre.
« Tu m’en roules une petite ? » entendit Tom depuis le couloir.
« Crève, » répondit la voix de Gustav, puis la porte d’entrée s’ouvrit et se referma en claquant.
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:01

Tom se redressa lentement, et s’étira avant de faire craquer sa colonne vertébrale sur toute sa longueur. Il se dirigea à pas lents vers la chambre de Georg, et tapota sur la porte du bout des doigts, sur l’espace libre entre la feuille arrachée d’un cahier de partitions où était griffonné le prénom entier du bassiste, et un portrait de lui extrait du Bravo, où Bill avait dessiné des moustaches. Peu de temps après, la voix de Georg, étouffée par l’épaisseur du battant, se fit entendre.
« Ouais ? »
« C’est Tom. »
« Mmh, » marmonna-t-il avant de tousser, et Tom poussa doucement la porte.
Georg était étalé sur son lit, et une odeur de pétard, lourde et sucrée, envahissait l’air. Son iPhone était abandonné sur la moquette, trop loin de lui pour qu’il l’aie gentiment posé par terre.
« ‘te préviens, j’aurai pas la force de bander, » prévint-il en se redressant, clignant des yeux.
« Je venais pas forcément pour ça. »

Un sourire ourla les lèvres sèches du bassiste, et il sortit un bout de langue pour les humecter. Tom referma silencieusement la porte et trottina jusqu’au grand lit de Georg, qui se décala en ronchonnant. Le guitariste s’étendit à côté de lui, enfonçant sa tête dans l’oreiller de plumes qui se trouvait à côté de celui du bassiste. Il sentait un parfum de femme, légèrement fleuri, sûrement celui de Lorelei, et Tom fronça légèrement le nez, se forçant à respirer par la bouche. Il tourna la tête vers Georg, et se délecta de sa contemplation. Le bassiste fixait le plafond, le front légèrement plissé, la bouche à peine entr’ouverte, ses petits yeux clairs perdus quelque part, loin de Tom.
Georg soupira, ferma les yeux une seconde, et les rouvrit en se tournant vers le guitariste. Il leva le bras, tendit la main et posa avec hésitation le bout de ses doigts sur la joue de Tom, et prit sa joue en coupe. Sa paume était chaude, rugueuse, forte, et Tom cilla à plusieurs reprises avant de fermer les yeux. Il sentit Georg bouger à côté de lui, et le bassiste l’enlaça de son bras libre, le tirant et le plaquant contre lui. Le souffle de Tom se coinça dans sa gorge et lorsqu’il inspira par le nez, l’odeur de Georg, virile et épicée, l’envahit totalement. Les lèvres de Georg happèrent les siennes, et Tom se sentit fondre dans le baiser. La main de Georg caressa sa joue, le bout de ses doigts retraçant la construction étudiée de sa mâchoire osseuse.
Ils s’embrassèrent avec tendresse et langueur pendant un moment, puis les mains de Georg se retrouvèrent sur les reins de Tom, remontèrent le fin coton de son tee-shirt pour se poser à même la peau. Tom grogna quand les doigts de Georg commencèrent à descendre, titillant l’ourlet de ses Jeans.
« ‘y vont rentrer, » marmonna-t-il, sa voix tremblant malgré lui comme le bassiste léchait sa pomme d’Adam. « Tu peux pas te contenter de m’embrasser ? »
« Je peux jamais me contenter de t’embrasser, » murmura Georg contre sa peau hérissée de chair de poule.
Le cœur de Tom se gonfla, et il entoura le cou de son ami de ses bras, frottant son visage contre le sien pour le forcer à relever la tête et l’embrasser avec passion, se forçant à ignorer à la fois les mains de Georg qui, enfouies dans son caleçon, caressaient ses fesses, enfouies dans son caleçon, et son sexe qui commençait à se durcir malgré lui.

« ‘vont rentrer, » soupira Tom, puis il gémit lourdement quand un doigt s’insinua entre ses chairs contractées. Il se rapprocha encore de Georg, collant son bassin au sien, enfonçant son érection dans l’aine du bassiste.
« Gémis pas comme ça, » haleta Georg en poussant sur les fesses de Tom pour que son sexe frotte contre son corps.
Le guitariste eut un rire un peu faux et se colla à Georg, écarta le rideau de cheveux qui couvrait une de ses oreilles, avant d’approcher sa bouche du lobe, lentement. Il tira un petit bout de langue, et lécha le lobe et le tragus, souffla doucement, et, collant ses lèvres au coquillage, il poussa un long gémissement.
« Tooom, putain, mais putain, » siffla Georg en enfonçant fermement un doigt à l’intérieur de lui.
« Quoi ? » murmura Tom le plus innocemment du monde. Il se tortilla contre Georg, laissant échapper des petits gémissements à la friction insupportable qui s’opérait à chaque mouvement. « Je veux, je veux… »
« Qu’est-ce que tu veux ? » gronda Georg, les yeux très sombres, les lèvres très rouges. « Qu’est-ce que tu voudrais que je fasse ? »
« Je… je voudrais que tu me la mettes, » susurra Tom en rougissant furieusement malgré lui, « je voudrais que tu me baises… que- »

Le reste de la phrase de Tom se retrouva perdu dans un cri. Il gémit désespérément, les yeux rivés sur Georg. Le bassiste l’avait plaqué contre le matelas, avait ouvert sa braguette et baissé son caleçon pour aspirer sa bite dans sa bouche. Il avait à présent trois doigts fermement enfoncé dans le cul de Tom, et le gland du guitariste abimant consciencieusement sa gorge.
« Continue à parler, » grogna Georg en se reculant pour laisser le sexe de Tom glisser de sa bouche, avant de le reprendre, dès sa phrase finie.
« Mais je sais pas quoi dire, » bafouilla Tom difficilement. Il gémit quand Georg aspira son sexe presque douloureusement. « C’est bon, » geignit-il, se sentant totalement ridicule.

Georg étouffa un rire, et ôta à la fois sa bouche du sexe de Tom, et ses doigts de son cul. Il remonta vers lui, posa sa bouche contre la sienne et mordilla sa lèvre inférieure. La toile rêche de ses Jeans frottait contre le sexe nu de Tom, à la fois trop fort, et à la fois d’une manière insupportablement insuffisante.
« Touche-moi. »
La main de Georg se faufila entre leurs deux corps pressés l’un contre l’autre, agrippa le sexe tendu de Tom. Son pouce se posa sur son gland, le caressa, étala le liquide séminal qui suintait au sommet du sexe décalotté. Sa bouche se posa au coin de celle de Tom, l’effleura à peine, dériva sur sa joue puis sur son cou, suçant un instant la peau tendre avant de l’embrasser à nouveau. Tom se laissa aller dans l’étreinte languide de Georg, tendant ses lèvres contre les siennes, tendant son bassin pour pousser son sexe dans sa main.
« Tomi, » murmura Georg à son oreille, son souffle chaud envoyant des frissons électriques tout le long de sa colonne vertébrale. « Tu aimes ? »
« Oui, » gémit le dreadé en réponse, ses jambes commençant à trembler, ses yeux révulsés sous ses paupières. « J’aime quand tu me touches, » balbutia-t-il avec difficulté.
Georg rit doucement contre son oreille, et posa un petit baiser sur son lobe. Il roula à côté de Tom, nicha son visage contre son cou et accéléra la vitesse des mouvements de sa main sur sa bite gorgée de sang.
« Et moi, » souffla Georg en faisant courir sa langue sur le tragus de l’oreille de Tom. « Et moi, tu m’aimes ? »

Le cœur de Tom rata un battement, et il jouit malgré lui en se pressant contre Georg. Le temps qu’il reprenne ses esprits, Georg l’avait nettoyé avec des mouchoirs en papier, puis rhabillé. Le bassiste le serrait contre lui, un bras sous sa tête et l’autre contre son ventre, sa main caressant l’os saillant d’une de ses hanches.
« Oui, » murmura Tom alors que Georg embrassait tendrement la peau de son cou.
« Quoi ? » Tom tourna sa tête vers celle du bassiste qui le regardait, les sourcils légèrement froncés, l’air perplexe. Il le regarda dans les yeux, observant la perfection de ses yeux vert pistache, les quelques gouttes d’or tombées dedans.
« Oui, je t’aime, » chuchota Tom sans détourner les yeux.
Georg sourit, tendrement, et prit le menton du guitariste entre son pouce et son index, approchant son visage du sien pour l’embrasser. Leurs langues se caressaient encore avec tendresse quand la clé tourna dans la serrure et quand la porte s’ouvrit violemment, allant cogner le mur. Le cœur de Tom s’emballa, et il repoussa Georg avant de s’asseoir sur le lit. Le bassiste se leva rapidement, les joues légèrement roses, les lèvres humides, et lissa la couette du lit d’un coup de main.

« Les mecs ? » appela Bill. « Z’êtes où ? » continua-t-il, sa voix distinctement plus proche.
« Ma chambre, » cria Georg en ouvrant la fenêtre.
Tom se força à se détendre, et ils eurent tout juste le temps d’échanger un regard avant que Bill n’ouvre vivement la porte.
« Ça roule ? Oh, putain, ça sent plus fort que dans un coffee-shop à Amsterdam, on s’amuse bien sans nous à ce que je vois, » sourit-il en haussant les sourcils d’un air évocateur. « On a loué Casino Royale, comme prévu, et on a acheté des pizzas et une auge de frites, le truc énorme du fast-food à côté du Spar, là. »
Les deux guitaristes hochèrent la tête, un peu dépassés, et Bill sortit un étui à cigarettes en argent, duquel il tira une Blackstone, un cigarillo noir parfumé à la cerise. Un parfum fruité emplit rapidement la chambre, et le silence commençait tout juste à devenir inconfortable quand Gustav fit irruption dans la chambre.
« C’est la fête ou bien ? » siffla-t-il en s’installant sur le lit aux côtés des jumeaux. « Ça sent l’herbe et Bill fume, » se moqua-t-il en sortant un paquet de tabac neuf.

Bill tira la langue au batteur, et un épais nuage de fumée sortit de sa bouche en même temps. Tom sourit, échangeant un regard avec Georg par-dessus l’épaule de son frère. Si Gustav était au courant -ce dont Georg n’avait pour le moment aucune idée- ce n’était pas le cas de Bill. Il devait sûrement se douter de quelque chose, car malgré les apparences, c’était bien lui le plus perspicace du groupe. Nombre de fois Tom l’avait rejoint après avoir couché avec Georg, portant encore son odeur comme un parfum, venant tout juste de se rhabiller.
Ce n’était pas que Tom voulait garder leur relation secrète. Il s’en fichait pas mal. Mais Georg avait une petite amie, depuis un bon moment maintenant, et Tom ne pouvait pas prévoir comment son entourage réagirait à l’idée qu’il soit homosexuel. Contrairement aux apparences, Bill était tout ce qu’il y avait de plus hétéro, les filles qu’il embrassait les unes après les autres et les quelques élues qui avaient marqué ses draps pouvaient témoigner.

« Bon, on fait quoi ? » marmonna Bill tapotant sa cigarette contre le cendrier qu’il avait ramassé par terre.
« On regarde le film ? »
Tom hocha la tête en volant le reste de sa clope à Bill. Il baissa les yeux en aspirant une bouffée de fumée, s’efforçant de ne pas regarder Georg.
« Faites donc, ‘faut que j’appelle Lor pour lui demander si elle est bien arrivée. »
Les trois autres garçons soupirèrent de concert, et Tom écrasa rageusement le mégot dans le cendrier rouge estampillé Marlboro avant de se lever.

Ils échouèrent sur le grand canapé du salon, mirent le film en marche, en anglais avec des sous-titres en anglais, soi-disant pour s’exercer, mais aussi parce qu’il s’agissait des réglages automatiques et qu’aucun d’entre eux n’avait le courage d’aller les rectifier dans le menu. L’après-midi fila entre courses-poursuites, scènes de cul mal simulées et fusillades, et ils piquèrent tous les trois du nez à un moment ou à un autre -en partie parce qu’ils ne comprenaient que la moitié des dialogues.
Bill s’était endormi sur l’épaule de Gustav quand le film s’acheva, et ils laissèrent le générique entier se dérouler, se moquant sans grande conviction d’un équipier au nom ridicule. Il fallut que la cinématique du menu repasse trois fois pour que Tom se décide à arrêter le DVD, et ils regardèrent la neige pendant quelques minutes avant d’éteindre le téléviseur. Bill s’ébroua, bailla, cligna des yeux et les referma avant d’émerger cinq minutes plus tard.
« L’est quelle heure ? » demanda-t-il en baillant à s’en décrocher la mâchoire, son piercing brillant faiblement.
« L’heure où j’ai faim, » répondit Gustav en se frottant le ventre.
« Ça m’aide pas beaucoup, ça, » railla Bill en enfonçant un index dans le flanc du batteur.
« On mange ? » marmonna Tom en se levant, mettant fin à l’échange puéril.

Bill fila chercher Georg dans sa chambre, et ramena un bassiste grognon et décoiffé, qui s’était assoupi lui aussi. Tom réchauffa les pizzas et les frites, sortit un pack de bières du frigo, et déposa le repas sur la table basse du salon, où ses collègues peinaient à rester éveillés.
« C’était bien, le film ? » demanda Georg en enfournant une dizaine de frites dans sa bouche. « Il fait quoi, 007 ? »
« Ça va. J’ai pas trop suivi, y’a un truc avec un casino, » marmonna Bill en décapsulant sa canette.
« Comme le nom ne l’indique pas, » ricana le bassiste.
« N’empêche, on pourrait faire un petit blackjack, ou un truc comme ça. »
« J’sais pas y jouer. »
Georg roula des yeux et jeta sa croute dans le carton à pizza vide avant de se lever.
« Tu manges que ça ? » s’étonna Gustav en entamant sa troisième part de pizza au pepperoni.
« Pas très faim, » marmonna Georg en allant jeter ses déchets, puis il quitta le salon.

Les trois autres le regardèrent partir en silence, et Gustav haussa les épaules avant de mordre à belles dents dans la part. Tom tendit le bras pour ramasser la croûte de pizza que Georg avait abandonnée, et joua un instant avec avant de la manger. Bill se déboucha une nouvelle cannette de Pils, et en but quelques gorgées avant de prendre la parole.
« Il fait chier, Georg. »
« J’avoue, » grogna Gustav, la bouche pleine. « On a eu Lorelei, voilà, et même quand elle est pas là il nous laisse tomber. »
Tom baissa les yeux. Il ne pouvait pas s’empêcher d’être d’accord, même si pour lui, Georg avait fait des efforts. Il était venu le rejoindre chaque nuit lorsque sa petite amie était là, pour lui faire l’amour ou simplement le serrer contre lui quelques heures en lui murmurant à l’oreille; retournant avant l’aube dans son lit, où Lorelei l’attendait, innocemment plongée dans le sommeil.
« ‘fin bref, on fait encore un truc ou vous voulez dormir tout de suite ? »
« Tu déconnes, » interrompit Bill, « il est même pas neuf heures et demie. On le fait, ce blackjack ? »
« Je sais pas jouer, » interrompit Tom. « Vous voulez pas faire autre chose ? Je sais pas, un poker ? »
« Nice, le poker, » approuva Gustav en hochant la tête.
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:01

Gustav rangea avec Tom pendant que Bill fouillait pour trouver un jeu de cartes qui soit complet, non truqué et non illustré de femmes peu voire pas vêtues. Gustav se roula une cigarette en contemplant stoïquement Bill qui s’affairait à baisser les lumières et sortir du whisky, et Tom alla chercher son portefeuille, grimaçant déjà à l’idée du peu d’argent qu’il y restait. Quand on est riche, voire très riche, on prend vite l’habitude de tout payer en carte, et on ne se ballade pas avec des mille et des cent sur soi. Cependant, les quatre membres de Tokio Hotel mettaient un point d’honneur à conserver en permanence du liquide sur eux, en partie à cause de l’affection de leur section rythmique pour les paris plus ou moins idiots.
L’idée des deux G ramena Tom à Georg. Il mordit sa lèvre, son portefeuille à la main, et songea au bassiste, seul dans sa chambre. Peut-être qu’il ne parlait déjà plus à Lorelei…

Le paquet reposait sur le sol lustré du couloir. Tom était tombé dessus en ouvrant sa porte alors qu'il s'apprêtait à aller chercher Georg dans sa chambre pour une partie de poker. Le petit colis maladroitement emballé dans du papier kraft semblait le narguer, et le guitariste se pencha pour pousser du bout du doigt le cadeau suspect. Avec un haussement d'épaule il attrapa le paquet et traversa le couloir pour aller frapper à la porte du bassiste. Encore un autre cadeau d'une de leurs fans qui avait atterrit là il ne savait comment.
Il coinça le petit paquet sous son bras, et toqua à la porte de Georg. Ce dernier lui ouvrit lui-même, ce qu’il faisait rarement voir jamais, et Tom se retrouva pris de court.
« Heu… tu veux venir jouer avec nous ? Enfin si t’as fini de téléphoner à Lorelei, parce que nous on joue au poker et c’est plus sympa si on est plusieurs, enfin tu vois quoi, mais je veux pas te déranger hein- »
« Hé, » interrompit Georg d’une voix étonnement douce, souriant au guitariste. « Je viens. »
« D’ac- »

Les lèvres de Georg s’étaient posées sur les siennes, doucement mais fermement, et le bassiste l’embrassa un moment, bougeant simplement sa bouche contre la sienne. Tom se sentit frissonner, ses orteils se crispant dans ses chaussettes. Ses paupières papillonnèrent, et il se recula.
« Tu sens le shit, » dit Tom d’une voix sèche.
Georg lui sourit à nouveau, et posa un petit baiser sonore sur sa bouche avant de retourner dans sa chambre pour prendre son portefeuille. Il l’entrouvrit pour vérifier combien il avait sur lui, s’esclaffa, et éteignit la lumière avant de suivre Tom qui l’attendait dans le couloir.
« Je sens qu’on va tous faire long feu. »

Bill affichait déjà un grand sourire, et le verre à whisky qu’il tenait dans sa main avait l’air d’avoir déjà été rempli, puis vidé. Gustav leur fit un sourire carnassier en les voyant arriver, et les deux guitaristes s’assirent d’un même mouvement. Gustav mélangea les cartes, et Bill, assis à sa gauche, les distribua. Il y eut un silence pendant lequel chacun évalua ses cartes. Puis il y eut une redistribution, et chacun misa.
« Cinq euros ? » railla Bill en voyant la mise au bassiste. « Oh, comme c’est miiignon, » ajouta-t-il en posant deux billets bleus sur la petite coupure grise.
Gustav roula des yeux en déposant quatre billets de dix, et Tom soupira avant de tirer également deux billets de vingt de son portefeuille. Georg vida calmement son verre de whisky.
« Je suis, et je relance de… » Il farfouilla et lança une coupure orange sur le tas d’argent. « Dix. »
« Je suis. »
« Je me couche, » soupira Gustav en rabattant ses cartes sur la table et en jetant un regard de regret à ses quarante euros.
« Je suis et je relance de vingt, » annonça Tom en lançant un billet bleu sur le tas.
« Je suis et j’ajoute vingt aussi à la mise. »
« Je suis, et j’ajoute cinquante, » siffla Bill.
« Les mecs, dépensez pas tout votre fric en un tour, » marmonna Gustav contre son verre.
« Je suis, » fit Tom en ignorant le batteur, et en déposant la somme nécessaire.
« Je suis et je relance de cent. » Un billet vert voleta des doigts du bassiste pour atterrir sur la pile de billets.

Bill cligna des yeux, jeta un regard à ses cartes. Il ferma les paupières un moment, sentant sans doute l’alcool monter doucement.
« Oh, merde, connard, je me couche, » geignit-il en laissant tomber ses cartes sur la table.
« Moi aussi, » s’amusa Tom, et il regarda le bassiste empocher l’argent avec un sourire de satisfaction.

Ils jouèrent un moment, perdant et gagnant alternativement. Bill semblait de plus en plus ailleurs, de plus en plus perdu, et il grimaça quand vint son tour de suivre ou de se coucher. La mise était déjà à quatre cent euros, et Gustav et Tom avaient déjà abandonné. Ils fixaient tous deux le chanteur aux joues rougies et aux lèvres luisantes de liquide ambré.
« Je suis et je relance de… » Il cligna des yeux, fouilla d’une main tremblante dans son portefeuille Gucci. « Deux cent. »
Gustav haussa un sourcil en voyant le billet jaune atterrir sur le tas de coupures colorées. Georg sourit et ajouta deux billets verts, et un troisième après avoir annoncé qu’il relançait. Bill relança sans sourciller de deux cent.
« Bill, tu es bourré, » prévint Tom.
« Comme si je savais pas.
« Oh, laisse-le faire, » marmonna Georg d’un ton indulgent en lançant un billet violet. « Je relance de trois cent, au fait. »

Bill glissa deux billets jaunes.
« Seulement cent ? Tu te calmes, on dirait. »
Et rajouta un bracelet doré qu’il portait au poignet.
« Mille euros. Plus la mention "a appartenu à Bill Kaulitz", tu devrais pouvoir en tirer un bon prix, » bailla-t-il d’un ton négligeant. Georg siffla d’un air admiratif.
« Je relance de cent, » sourit-il en ajoutant deux billets violets et un billet jaune sur le bracelet.
« Je suis, » fit Bill en sortant un billet vert, « et je relance de… » Il farfouilla dans sa poche et en sortit des clés. « D’environ… 12 500€ »

Un long silence suivit, et Bill eut un sourire plein d’ivresse. Gustav se mordit la lèvre en voyant les clés de la Kawasaki VN 1700 Classic de Bill. La moto était sa grande fierté, et aucun d’entre eux n’avait le droit d’y toucher, même pas Tom. Seul le père des jumeaux était quelquefois autorisé à la manipuler, et encore, sous la supervision attentive de son fils.
« Bill, t’es vraiment bourré, » souffla Georg. Il secoua la tête. « Je me couche. Puis j’ai plus de fric. »
Lentement, les lèvres de Bill s’étirèrent en un fin sourire. Puis il remit son bracelet à son poignet et ses clés dans sa poche, et vida son verre avant de compter ses billets. Il eut au moins la décence de ne pas annoncer à voix haute la somme qu’il venait de gagner, mais le large sourire qu’il lança à Georg voulait tout dire.
« Attends voir… » Le bassiste fronça les sourcils. « Putain, t’es pas bourré! Mais je le sais en plus que tu tiens l’alcool comme personne ! Putain ! »
Bill renversa la tête en arrière et se mit à rire. Tom pinça les lèvres une seconde, mais suivit rapidement son frère dans son fou rire, de même que Gustav. Georg se retrouva tout seul à récriminer contre le chanteur qui l’avait plumé comme un poulet, et à contempler son portefeuille presque vide. Tom se pencha vers lui, et lui donna une grande tape dans le dos avant de frotter ses omoplates de la paume de sa main.
« Allez, Geo, tu sais ce qu’on dit, » railla Gustav, souriant pleinement, « malheureux au jeu… »

Le bassiste grogna et vida son verre de whisky.
« On en fait encore une ? » questionna Bill avec le sourire du chat qui vient de manger la souris.
« J’suis à sec, au cas où personne ne l’aurait remarqué. »
« Idem, » soupira Gustav en sortant son tabac pour se rouler une clope.
« J’ai plus grand-chose, Crésus, » grogna Tom en comptant les billets restant dans son portefeuille.
« C’est quoi, ton paquet, là ? Pas un lingot d’or ? »

Tom haussa un sourcil avant de se souvenir du paquet recouvert de papier kraft qu’il avait ramassé dans le couloir. Il l’avait posé à côté de lui, et oublié de toute la partie. Il le tira devant lui, et le souleva pour le soupeser.
« Nan, c’est tout léger. »
« Tu sais pas ce qu’il y a dedans ? »
« Je l’ai trouvé dans le couloir. C’est pas à l’un d’entre vous ? Ou c’est pas une fan qui l’a envoyé ? »
Les trois autres secouèrent la tête. Gustav saisit le paquet et le retourna. Toutes les faces étaient vierges. Le paquet était emballé de kraft, et de la ficelle entourait grossièrement le tout.
« Y’a pas d’adresse, en tout cas. »
Un silence perplexe s’installa. Ils étaient tous les quatre un peu grisés par le whisky (sauf Bill, bien sûr), et fixaient le colis d’un œil vitreux, sans vraiment le voir.

« J’ai envie d’un joint, » marmonna soudainement Gustav en faisant glisser son doigt sur le rebord de son verre.
« J’ai de l’herbe dans ma chambre, » répondit Georg sur le même ton tout en battant inutilement les cartes.
Rapidement, ils se retrouvèrent dans la chambre du bassiste, assis à même le sol -sauf les jumeaux, qui avaient investi le lit. Gustav roula un bédo, parce qu’il savait rouler plus serré que Georg, et il l’alluma, en tira deux bouffées et le passa à Georg. Le basiste tira une longue taffe et conserva la fumée dans ses poumons pendant une quarantaine de secondes avant de la recracher et d’inspirer de l’air plus ou moins frais. Bill refusa le joint et le passa à son frère, mais se leva pour aller chercher ce qu’il restait de whisky.
Il revint avec la bouteille aux deux tiers vide, et une autre pleine de rhum, mais aussi avec le petit paquet recouvert de papier kraft. Gustav passa le joint au bassiste et saisit la bouteille de rhum pour en boire pensivement quelques gorgées.
« Donc on sait pas ce que c’est, ce truc ? » demanda-t-il en s’essuyant la bouche.
« Non. » Bill tira sur une ficelle. « Je l’ouvre. »
Tom prit une bouffée de fumée, et tendit le joint au batteur qui tira distraitement dessus avant de le donner au bassiste. Bill dénoua les nœuds et gratta les bouts de papier collant qui maintenaient le papier ; puis, dans un froissement de papier kraft, il déballa le contenu.
« Un chiffon, » s’étonna Bill en fronçant les sourcils.
Pui il le secoua, et un objet tomba sur la moquette avec un léger tintement. Quatre têtes se penchèrent, les jumeaux descendirent du lit d’un même mouvement, Georg déposa le joint dans un cendrier, et ils le laissèrent se consumer. Pendant quelques secondes, il n’y eut aucun bruit, si ce n’est celui de la pluie.
C’était un collier, une chaine d’argent à fins maillons, sur laquelle était passé un pendentif. Une pierre de jade d’assez belle taille, taillée en forme de losange, montée sur un chaton d’argent gravé de symboles et de fioritures minutieuses. A chaque coin du losange, une arabesque de métal partait du chaton pour dériver sur la pierre, et les quatre arabesques se rejoignaient au centre du losange, où une toute petite bille de métal marquait le point de rencontre. C’était un bijou de belle facture, original et parfaitement exécuté, à n’en pas douter.

Le bruit sourd de l'eau tombant dru contre les vitres rendait l'ambiance on ne peut plus angoissante. La pièce plongée dans la pénombre ne résonnait que de respirations rapides et de faibles déglutissements. Les quatre adolescents assis en cercle sur la moquette fixaient avec ébahissement et crainte le losange de jade posé entre eux. Les symboles mystérieux gravés à la surface de l'objet luisaient faiblement dans la lueur du réverbère, qui filtrait par les rideaux mal tirés.
Dans un excès de hardiesse, un des jumeau tendit le doigt jusqu'à toucher la pointe du losange dirigée vers lui. Il fut saisit d'un long tremblement qui se communiqua sans raison apparente à son frère. Le batteur se mordit anxieusement la lèvre inférieur tendit que le bassiste fixait avec circonspection le doigts fin collé à la jade. Il eut une longue minute de silence quand soudain Tom retira son doigt en couinant de douleur. Il avait sentit quelque chose contre sa peau...
« C’est quoi, ce truc ? » demanda-t-il un peu agressivement, frottant son doigt.
Bill saisit sa main, et un long frisson le secoua, le faisant lâcher la main de son frère. Il fronça les sourcils, et reprit prudemment ses doigts dans les siens pour les inspecter. Mais rien de spécial ne les marquait : aucune trace de brûlure, rien.
« Putain, c’est trop bizarre, » marmonna Bill. « Je vais me coucher, » annonça-t-il, et il se leva en se frottant les yeux. Gustav suivit rapidement, et Georg et Tom se retrouvèrent face à face, uniquement séparés par le collier. Ils se regardèrent un moment, leurs yeux brillant doucement dans la pénombre.

« Tu dors avec moi, cette nuit ? » demanda Georg d’une voix rauque et tendre, souriant au guitariste.
« Juste dormir ? » murmura Tom en s’empêchant de sourire à son tour, un picotement agréable se diffusant dans son bas-ventre.
« Juste dormir, » promit le bassiste, et il se leva, tendit une main au dreadé, et le tira vers lui avant de l’étreindre.
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:02

Ils ne firent pas que dormir, bien sûr, mais lorsque Tom se réveilla le lendemain matin, il se sentait reposé, et Georg le serrait contre lui, ce qui n’arrivait que trop rarement. Le fait que le bassiste avait un peu trop bu ne devait pas y être pour rien, mais Tom savoura l’instant, se collant à la chaleur familière de son ami, et instinctivement, ce dernier resserra ses bras autour du corps de Tom.
Quand son ventre commença à gargouiller, il quitta finalement le cocon de chaleur confortable, à regret, après avoir posé un baiser sur la joue de Georg. Il était presque midi, et Gustav et Bill étaient déjà dans la cuisine. Le batteur était lavé et habillé, mais Bill portait encore le marcel et le bas de jogging avec lesquels il avait dormi, et ses cheveux étaient attachés en queue-de-cheval, des mèches hérissées ici et là.
« ‘jour, » marmonna Bill, la bouche pleine de cornflakes. Gustav leva une main, majeur et index collés, auriculaire et annulaires rapprochés.
« Spock, » sourit Tom en rendant le salut au batteur. Il farfouilla dans un placard, en sortit un pot de beurre de cacahuètes, et prit le pain de mie en passant près du plan de travail.
« Georg dort encore ? » demanda Gustav, portant à ses lèvres sa tasse de thé fumante. Tom déglutit et commença à confectionner son sandwich l’air de rien. Il se leva pour aller chercher du fromage, et le batteur le suivit du regard. « Hein, Tom ? »
« Heu, oui, je suppose, » bafouilla ce dernier, la tête dans le réfrigérateur.

Tom alla s’asseoir la tête baissée, et mordit dans son sandwich. Il mâchonna un moment, et leva légèrement les yeux pour observer Bill. Le chanteur, l’air plutôt mal réveillé, tournait maintenant sa cuillère dans son bol à moitié plein de lait sale, où flottaient quelques miettes de cornflakes.
« Bill ? Ça va ? » demanda le guitariste à son frère en se redressant.
« Mmh, » marmonna-t-il en se frottant un œil. « Je vais me doucher. »
Il se leva et se traîna dans le couloir, sans prendre la peine de débarrasser son bol. Tom le suivit du regard un moment, et se tourna vers Gustav qui sirotait son thé noir pour lui jeter un regard interrogateur. Le batteur haussa les épaules et posa sa tasse, tournant la tête vers la fenêtre pour observer la pluie qui cognait toujours contre la vitre.

Bill reparut une bonne demi-heure plus tard, interrompant Gustav et Tom qui disputaient une partie de Soul Calibur, affalés sur le canapé. Il s’était coiffé, mais ses cheveux n’étaient pas lissés, et ondulaient légèrement contre ses joues et sur ses épaules. Il portait un de ses Jeans cigarette noirs et un long gilet rayé de gris et de noir, volé à Tom ; et un tee-shirt que son frère ne l’avait jamais vu porter, d’un turquoise très pâle, portant des traces blanches, comme s’il avait été aspergé de Javel. Quelques colliers pendaient à son cou -le médaillon de leur mère, la médaille juive de Tom, et, parfaitement assortie à son tee-shirt, l’élégant pendentif en jade.
Gustav haussa un sourcil quand Bill s’assit dans un fauteuil, face à eux, et pressa le bouton pause en se tournant vers lui.
« Tu fais de la récup’, maintenant ? »
« Bah, il est joli, non ? » protesta le chanteur en jouant avec le losange, faisant courir ses ongles parfaitement manucurés sur les gravures minutieusement exécutées.
« Mouais… »
Tom redémarra le jeu, et se fit latter la gueule par le batteur. Il avait l’esprit ailleurs. Ils n’avaient toujours aucune idée de la provenance du collier, et le fait qu’il soit arrivé comme par magie dans leur couloir était plus inquiétant qu’autre chose. Mais demander à Bill de l’enlever en argumentant de telle façon, c’était comme demander à une de leur fans de rentrer chez elle au lieu de dormir devant une salle de concert : impensable, tout simplement. Bill avait toujours eu des manies de pie voleuse, quand il voyait quelque chose qui lui plaisait, il le prenait, que ce soit un objet ou une personne.

Ils passèrent une heure à jouer avant que Georg n’émerge enfin, et répétèrent toute l’après-midi, sous la direction familière de David. Mais cette fois, ce fut Bill qui les surprit. Il ne chanta pas comme d’habitude -pas mal, juste différemment. David leur fit recommencer plusieurs fois la même chanson, mais Bill avait toujours cette voix un peu éthérée, un peu ailleurs, un peu perdue.
Comme de coutume, ils dinèrent tous ensemble devant une émission stupide d’une chaîne câblée, la rediffusion d’un jeu télévisé américain, mal doublé en allemand. Tom chipota un peu, ôta la moitié des morceaux de poulet de sa part de pizza, et mangea quelques-uns des poivrons que Bill entassait dans son assiette. Quand ils durent débarrasser, il se rendit compte que son frère n’avait presque rien mangé, deux bouchées à peine, et qu’il s’était contenté de tripoter sa nourriture et de la classer en petits tas.
« Bill ? » héla Tom en se rendant dans la cuisine. « Ça va ? T’as rien mangé… »
« Je me sens pas très bien, je suis un peu barbouillé, » s’excusa le jeune chanteur de cette voix éthérée que Tom ne lui connaissait pas -Bill avait toujours été plein d’enthousiasme pour tout, même quand il s’agissait d’être en colère ou d’être malade, il ne faisait jamais les choses à moitié.
« Tu veux un médoc ? »
« Nan, ça ira mieux demain, » prétexta-t-il en remplissant le lave-vaisselle. « Tu dors avec moi, cette nuit ? »

Tom passa une bonne partie de la nuit allongé sur son flanc, à regarder Bill dormir profondément, étalé en étoile de mer sur le dos. Sa respiration calme et lente soulevait son torse et les colliers qu’il n’avait pas enlevés. Au bout d’un moment, bercé par le sommeil de son frère, Tom roula sur le dos à son tour et ferma les yeux. Il écouta le souffle de Bill diminuer en volume, pour s’éteindre alors qu’il sombrait dans le sommeil à son tour.

Le lendemain matin, le lit était vide. Tom avait roulé à la place de son frère et avait le visage enfoui dans son oreiller. Il inspira une bouffée du parfum qui imbibait le tissu : parfum pour homme, savon, maquillage, et là où quiconque aurait senti l’odeur de Bill, rien. Ils avaient la même, en tout points, et Tom n’avait jamais réussi à la sentir.
Il tituba jusqu’à la salle de bains pour faire sa toilette, et en prenant sa brosse à dents, trouva le collier posé sur la petite étagère, la chaîne entortillée sur elle-même comme une mue de serpent, la jade émettant une lueur étrange sous les néons crus. Bill avait du l’enlever pour faire ses ablutions, et l’oublier là. Tom haussa les épaules, se brossa les dents et se lava le visage, puis alla rejoindre les autres au salon.

Gustav était déjà là, évidemment, sa tasse de thé devant lui, et Georg mâchonnait des céréales d’un air peu motivé, habillé un peu de travers, la marque de l’oreiller encore présente sur la joue.
« Hey, » salua Tom en attrapant le pain de mie. « Il est où, Bill ? »
« Bah, il dort encore, non ? »
« Non, le lit était vide quand je me suis levé. » Tom fronça les sourcils. « Il se serait levé ? »
« Je me suis levé à 8h et demi, comme d’habitude, » fit Gustav en haussant les épaules, « soit il est parti avant, soit il est pas parti du tout. »

Tom descendit au studio, mais tout était éteint et vide. Il appela Bill sur son portable, mais il sonna dans sa chambre : il était là où Bill l’avait posé la nuit dernière, sur la table de chevet. Le guitariste effleura un instant l’écran où Bill et lui grimaçaient, coiffés tous deux d’une casquette de rappeur, dont la visière cachait un œil du chanteur. Il ne sortait jamais sans son téléphone, en fait, il ne s’en séparait que pour dormir ou prendre sa douche.
« Te fait pas de mauvais sang, Tom, » le rassura Gustav. « Il a du sortir, genre, voir une fille ou un truc comme ça, et il a oublié son téléphone, c’est tout. »
Le guitariste hocha la tête, mais un poids compressait sa poitrine, et il voyait bien que même Gustav ne croyait pas à ses propres mots.

Bill ne se montra pas de la journée. Georg appela David pour le prévenir que Bill était sortit, et qu’ils ne pourraient pas répéter aujourd’hui. Les heures s’étirèrent, le ciel gris s’assombrit et devint un ciel noir. Tom resta assis en tailleur sur le lit de Bill toute la soirée, et haussa les épaules quand Gustav vint lui demander s’il allait manger. Il serrait contre lui la vieille guitare acoustique, pleine de griffures, de petits mots griffonnés au stylo bille, mais parfaitement accordée.
Quand ils avaient composé la chanson, Bill lui avait appris à la jouer à la guitare, et c’était la seule que Tom maîtrisait à la perfection. Mais à cet instant précis, il n’avait aucune idée des accords, ni de la façon dont il devait gratter les cordes.
"Je ne veux pas être seul ici, soyons ensemble, dans la nuit…"
Tom mordit sa lèvre inférieure, et une larme coula lentement sur sa joue.

Plusieurs heures plus tard, Tom fut réveillé par l’orage et par de brusques éclairs qui peignaient la pièce entière en blanc. Il trembla et se leva précipitamment, enjamba la guitare tombée sur le sol, et sortir de la chambre.
À tâtons, il gagna la chambre de Georg, et en passant devant la salle de bains, il remarqua à peine que la lumière y était allumée, et que les néons tungstène éclaboussaient le parquet d’un blanc bleuté. Il frappa à la porte du bassiste, et s’engouffra à l’intérieur de sa chambre sans même attendre de réponse.

« Il faudra bien qu’on se lève à un moment ou à un autre, Tom, » souffla Georg de sa voix basse.
« Je sais, » murmura Tom en collant sa joue contre son torse nu. « Mais je ne veux pas. » Il écouta un moment les battements cardiaques de Georg, martèlement sourd et rythmé. Il existait, il était là, il serait toujours là.
Selon le radio-réveil de Georg, il était deux heures de l’après-midi passées. Gustav devait se demander ce qu’ils fabriquaient, voire même s’ils n’avaient pas disparu eux aussi. Tom se raccrochait désespérément à Georg. La nuit dernière, il avait longtemps pleuré dans ses bras, le bassiste ensommeillé caressant longuement ses cheveux, jusqu’à ce qu’il se rendorme.
« Bill va revenir. »
« Non, il ne reviendra pas, » chuchota Tom, comme si c’était un secret.

Il laissa Georg se lever un peu plus tard dans l’après-midi, pour aller chercher quelque chose à manger. Le bassiste revint avec deux sandwichs au beurre de cacahuète pour Tom, et un vieux reste de pizza froide pour lui.
« Gustav doit être sorti, » lui apprit-il, « il est pas là. Peut-être chez sa copine. »
Tom hocha doucement la tête. Ils mangèrent serrés l’un contre l’autre, dans une ambiance morose de derniers survivants de l’apocalypse. La pluie battait toujours contre les vitres, et ce son était devenu familier. On s’habitue à tout, songea Tom. Sauf à une absence.
Georg lui fit l’amour, plus tard dans la soirée, et Tom se sentit vaguement plus plein, vaguement moins seul. Un quart de seconde, il oublia tout, avant de retomber sur terre dans les bras de son amant, et la réalité revint par vagues : les yeux de Georg, pâles et inquiets, tout d’abord ; et en dernier, l’absence de Bill, cruelle et assassine. Le bassiste le força à se lever peu après, l’habilla avec des vêtements qui embaumaient son parfum, et lui prépara des pâtes avec du jambon, comme à un petit enfant. Tom mangea, la gorge serrée, toutes ses nouilles et le quart de sa viande.

Gustav ne revint pas.
La pluie semblait s’être un peu calmée quand ils allèrent se coucher, et Tom passa une nouvelle nuit au creux des bras de Georg. Il lui murmura qu’il l’aimait, et ils se parlèrent en chuchotis, tout doucement, comme si quelqu’un pouvait les entendre, comme ils avaient l’habitude de le faire. Rien que cette pensée donnait à Tom l’envie de pleurer : maintenant que Bill et Gustav n’étaient plus là, ils n’avaient plus besoin de se cacher, mais il l’aurait presque préféré. Tout sauf l’absence. Tout sauf le vide.
Tom rêve cette nuit-là, il rêva qu’il se promenait avec Bill, dans un champ près de leur ancienne maison de Loitsche. Il commençait à pleuvoir, et ils courraient, mais un éclair perçait le ciel et fendait le sol, les séparant. Tom tombait, et quand il tendait la main pour que Bill la prenne, son frère avait disparu.
Il se réveilla en sursaut, et se mit à pleurer. Il s’extirpa aussi doucement que possible du lit, et se rua dans la salle de bain. Les néons clignotèrent un instant avant de s’allumer totalement, et Tom laissa les larmes rouler librement sur ses joues. Il attendit que le flot de pleurs se tarisse, et ouvrit le robinet pour s’asperger le visage d’eau.
Et le collier était là, posé sur l’émail, à côté du robinet.

Le cœur de Tom se glaça. Il toucha avec hésitation la chaîne, et la saisit à pleines mains pour tirer le bijou vers lui. Il n’était pas au même endroit qu’hier. Certes, quelqu’un pouvait l’avoir déplacé, mais la seule personne qu’il avait vue dans la salle de bain… c’était Gustav. Mais Gustav n’était plus là, se souvint Tom.
Il fronça les sourcils, et souleva le collier pour porter le pendentif à la lumière. La jade avait des reflets glacés sous la lumière. Pensivement, Tom passa le collier autour de son cou, et laissa la pierre tomber contre son torse. Il sursauta légèrement au contact glacial de la pierre précieuse, mais ne l’ôta pas. Il se regarda, scruta le garçon dans le miroir. Puis un corps effleura le sien, aussi légèrement que l’eût fait un souffle de vent. Il déglutit, trembla légèrement. Des bras l’enlacèrent, des bras maigres mais forts. Des mains caressèrent ses cheveux, des mains agiles avec de longs doigts, des os et des veines saillants. Une première larme coula, puis une autre, et Tom se retrouva en pleurs à nouveau alors que Bill l’enlaçait.

Il voyait rien, il sentait, il sentait simplement que son frère était là, tout prêt de lui, contre lui. Et il sentit Gustav, aussi, au bout d’un moment, puis d’autres gens qu’ils ne connaissaient pas, et quelques-uns qu’il connaissait. Il sentait leurs regards, leurs présences. Tom voulut parler, mais cela lui était impossible. Il se demanda s’il était mort. Il se demanda ce qu’était le collier.
"Un bijou se porte comme une malédiction", murmura une voix qu’il connaissait pour l’avoir maintes fois entendue, écoutée, maudite. "Pardon."
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:05

Tom sentit deux mains caresser son cou et ôter le collier, qui semblait peser des tonnes. Vaguement, indiciblement, lui parvint le son de la pierre qui touchait l’émail du lavabo, dans la salle de bain, à des années-lumière de là. Et puis les mains lâchèrent la chaîne comme on largue les amarres d’un bateau, et le monde commença à s’éloigner avant de disparaître.

Le monde semblait plus gris, plus terne. Georg cilla et s’enroula dans la couette, ayant soudain l’impression d’avoir très froid. Il tâtonna pour trouver le corps de Tom, mais sa main ne rencontra que les draps froids. Il sursauta et se redressa. Le lit était vide.
Georg sentit le sang quitter son visage, et il se leva avant de se diriger en marchant un peu de travers en direction du salon. En passant, un jeta un œil dans les trois autres chambres, désespérément vides. La salle de séjour l’était aussi, de même que la cuisine, et Georg fit toutes les pièces de l’appartement sans trouver Tom. Son souffle s’accéléra légèrement, et il trembla. Il saisit son iPhone et appela Tom : son téléphone vibra plus sonna par terre, juste à côté des pieds de Georg.
Il serra les dents et prit sa tête dans ses mains. Il y avait forcément une explication logique. Le bassiste mordit sa lèvre, et réfléchit, le cerveau embrumé. Mais rien ne semblait plausible : Tom n’avait plus que Georg, il l’aurait forcément prévenu avant d’aller quelque part.

Il se laissa tomber de nouveau sur le matelas, se sentant plus seul que jamais. Rapidement, il reprit son téléphone et appela Lorelei, mais son téléphone sonna occupé. Il réessaya plus tard dans la matinée, mais cette fois, il sonna dans le vide, longtemps, jusqu’à ce que Georg coupe l’appel. Il avait l’habitude, avec Lorelei : il l’appelait, elle ne répondait pas, il la rappelait, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle le rappelle.
Être avec elle, ce n’était pas une relation confortable, et maintenant que la passion des premiers mois était passée, Georg était de plus en plus agacé par ses fantaisies. Ça lui arrivait souvent d’être déçu, avec les filles, parce qu’il s’emballait vite. Avec Tom, il ne s’était pas emballé, loin de là. Le petit guitariste avait réussi à le mettre dans son lit un soir où il avait trop bu et trop fumé, lors de leur première tournée, profitant de l’absence totale de femmes. Georg s’était pris au jeu, et bien plus que ça. Il avait aimé ça. Il avait aimé Tom, et il l’aimait encore aujourd’hui. C’était une des raisons pour lesquelles il ne voulait rien tenter de sérieux avec lui : parce qu’il avait été déçu trop de fois, et qu’il ne voulait pas se dégoûter d’un de ses meilleurs amis.

Et maintenant, Tom lui manquait. Bizarrement, il comprenait la panique qu’avait eu le guitariste quand Bill avait disparu. Il se sentait seul, abandonné, délaissé. Ça n’était pas normal, il le sentait. Mais quand on était perdu, on le lui avait bien appris quand il était petit, il fallait toujours rester au même endroit et attendre qu’on vienne vous chercher. Alors, Georg attendait qu’on vienne le chercher.
Son iPhone sonna, un appel de David qui voulait sûrement savoir si les quatre mecs qu’il payait à ne rien faire étaient prêts à travailler. Georg ne répondit pas, à moitié somnolant. Il dormit à moitié pendant une petite heure, se réveilla avec le corps tendu et refroidi ; se masturba en pensant à Lorelei et joint en pensant à Tom. Il mordit l’intérieur de sa joue et cilla plusieurs fois, rapidement, son cœur retrouvant peu à peu un rythme normal.

Georg se roula un joint et le fuma en tremblant, roulé en boule sur son lit, serrant les draps dans ses bras, y cherchant désespérément une trace olfactive de Tom, un souvenir de son parfum. Son ventre gargouilla et il inspira profondément la fumée, jusqu’à avoir légèrement la nausée, bien qu’il n’aie rien mangé depuis des heures -son dernier repas remontait à l’avant-veille, avec Tom, et son cœur se serra à cette idée.
Vers 21h, il rappela Lorelei. Le téléphone sonna longtemps, mais personne ne décrocha. Georg sentit ses yeux brûler, et raccrocha rageusement. Il se leva, chancela un moment, et enfila le premier pantalon qui lui tomba sous la main -de vieux Jeans trop grands appartenant à Gustav. Après une brève hésitation, il fonça dans la chambre de Bill, retourna les Jeans abandonnés au sol et en fit tomber des clés de moto. Quelques minutes plus tard, il filait sur l’autoroute en direction de Köln.
Il n’était jamais allé chez Lorelei. Elle n’était pas souvent chez elle de toute façon, partageant son temps entre shootings, défilés, voyages ; et dormait plus souvent chez Georg ou à l’hôtel que chez elle. Mais elle avait déjà envoyé de longues lettres parfumées à Georg, qu’elle postait de Pékin ou de Saint Petersbourg, avec son adresse soigneusement écrite sur le rabat. La plupart des enveloppes avaient été déchirées lors de l’ouverture, mais en combinant les morceaux restants des trois lettres que Georg gardait toujours dans son portefeuille (la première qu’elle lui avait envoyée, la première où elle lui avait dit qu’elle l’aimait, et la dernière qu’il avait reçue), le bassiste était parvenu à reconstituer une adresse.

À force de rouler à 200km/h sur l’autoroute, Georg se retrouva à Köln peu avant minuit, dans une ville déserte. Il roula plus lentement dans les rues vides, son iPhone à la main en mode GPS. La distance restante se réduit de plus en plus, et Georg entendit à peine la voix neutre et grésillant lui annoncer qu’il était arrivé. Il leva la tête et fronça les sourcils.

Cimetière catholique de Köln-Sud

Son cœur commença à battre sourdement dans ses oreilles malgré lui. Ça devait être une erreur. Le bassiste coupa le contact et ôta son casque. Ses pas émirent un bruit sourd contre le macadam du trottoir. La nuit était très claire, et les rues étaient abondamment éclairées de réverbères au sodium, qui dispensaient une lueur jaunâtre, faisant apparaître d’infimes gouttes de pluie.
Les grilles peintes en vert sapin étaient fermées, bien sûr, mais un écriteau en plastique blanc désignait une sonnette et invitait le visiteur à "sonné SVP". Georg pressa l’interrupteur, déclenchant un grésillement à moitié étouffé. Une lumière s’alluma au fond du cimetière, et une silhouette dégingandé s’avança vers la grille. Un visage adolescent, aux traits fatigués, s’approcha des barreaux.

« C’pour quoi ? » demanda le jeune homme, qui devait avoir à peine vingt ans. Ses yeux ternes, couleur de boue, s’écarquillèrent. « Wow, vous êtes le mec de Tokio Hotel, là ? Ma petite sœur est trop fan du type avec les dreads. »
« Ouais, ouais. Tu peux m’ouvrir ? »
« J’ai pas le droit, désolé, » s’excusa le garçon d’un air indifférent, « ‘faut revenir à 7h. »
« Y’a personne, à part toi ? »
« Nan. Vous voulez voir le gardien de jour ? »
« C’est qui ? »
« Mon père, monsieur Sträger. »
« Y’a pas une… Lorelei Seer, qui travaille ici ? »
« Seer ? Ça me dit quelque chose. » Il cligna des yeux comme un hibou. « Si je vous laisse entrer, mon père me tue. »
« Il n’en saura rien, » promit Georg, et il tendit un billet jaune à l’adolescent. Celui-ci déglutit, sa pomme d’Adam tressautant dans son cou décharné. Il saisit vivement le billet, le fit glisser entre ses doigts, et le fourra dans sa poche arrière. Puis il sortit un trousseau de clés d’une autre poche, et ouvrit la grille.

Georg suivit docilement l’adolescent dans la petite maison de pierre située au bout de l’allée centrale. Le peu de lumière à l’intérieur provenait du téléviseur, et d’une lampe-tempête posée sur un carton vide, qui avait autrefois contenu une cafetière électrique. Le jeune homme farfouilla dans une pile de magazines et de dossiers, pour en extirper un lutin à la couverture de plastique jaune poussin. Il l’ouvrit, le feuilleta, et consulta une liste de noms couronnée de la lettre S.
« C’est quoi, ça ? » questionna Georg. « Les résidents du quartier ? Les employés du cimetière ? »
« Un peu des deux, » s’amusa le jeune garçon. « Ce sont les personnes enterrées dans le cimetière. Tenez, » poursuivit-il en ignorant la main que Georg avait soudain levée. « Lorelei Seer, C5. C’est dans le vieux cimetière, à l’avant. »
« Non, mais, ça doit être un homonyme, enfin. » Il secoua la tête. « Je l’ai vue il y a à peine une semaine. » Il se força à rire, mais le maigre son tout grêle lui sembla à lui-même tellement faux qu’il lui donna presque envie de pleurer.
« C’est pas très courant, comme nom, et encore moins comme prénom, » fit remarquer l’adolescent, l’air un peu gêné.

Georg se renfrogna, et suivit l’adolescent en silence à travers le cimetière. La plupart des tombes étaient richement décorées, ce qui était relativement rare aujourd’hui. Elle étaient peu voire pas entretenues : parfois, un pot de fleurs fanées, boursouflées par les pluies récentes comme des organes en putréfaction, était posé sur la pierre, seul, offrande distraite à un mort oublié.
« C’est celle-là, » signala le jeune veilleur, désignant du faisceau de sa lampe de poche une tombe comme les autres.

Le cœur de Georg tomba profondément dans sa poitrine. Sous le nom de Lorelei, en chiffres profondément gravés dans le marbre de mauvaise qualité, il y avait deux dates. L’une était sa date de naissance, et l’autre, vraisemblablement sa date de mort.
« 1897-1916, » lut le jeune homme. « Peut-être une victime civile de la guerre. »
« C’est pas possible, » souffla Georg.
Puis il leva les yeux et un froid glacé l’envahit. Là, prise en photo par un antique appareil, mais nettement reconnaissable, Lorelei lui souriait. Photographiés en sépia, ses yeux étaient d’une clarté insupportable, et ses cheveux tirés en chignon bas sur la nuque étaient ironiquement de la même couleur que d’habitude, la même couleur que sur les photos des magazines, où Lorelei fixait l’objectif, ses cheveux roux volant comme des ailes derrière elle, ou vêtue d’une minuscule robe posée sur son corps fragile comme un mouchoir sur une poupée. C’était cette Lorelei que Georg serrait contre lui à l’aube, pendant qu’elle dormait, en s’étonnant de la lourdeur de son sommeil.
« C’est pas possible, » répéta-t-il.

Georg resta longtemps prostré devant la tombe, ses yeux plongés dans ceux, vagues et lointains, d’une Lorelei vieille d’un siècle qui lui souriait pour l’éternité. Le jeune veilleur reste courageusement à ses côtés, tremblant légèrement dans le jogging et le tee-shirt qu’il portait. Puis le bassiste sembla se ranimer, et remercia le jeune homme d’une voix morne. Ce dernier le raccompagna à la grille.
« Tenez, » marmonna-t-il, légèrement rougissant, en tendant son billet de deux cent à Georg. « Je peux pas le garder. »
« Si, garde-le. Là où je vais, j’en ai pas besoin. »
Le jeune garçon ouvrit la bouche et sembla vouloir le retenir, mais il baissa la tête et referma la grille. Georg le regarda remonter l’allée, jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la nuit, puis il reprit la route pour rentrer à l’appartement. Il pensa plusieurs fois à foncer dans un arbre, sur le bord de la route, mais ses mains restaient crispées sur le volant de la moto.
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 1:05

Il n’arrivait pas à penser à autre chose qu’au sourire figé de Lorelei. Et dans sa tête, il revoyait ses yeux pâles, vides et sans fond, et ses lèvres sombres sur la photo en sépia. Et surtout, tombant sur sa gorge nue, le collier. La chaîne d’argent et la pierre qu’il savait verte, toute en nuance d’ambres sur la photographie, la lourde pierre de jade taillée en losange.

L’appartement était comme il l’avait laissé, vide et froid. Il se déshabilla, semant ses vêtements dan le couloir en marchant jusqu’à la salle de bain. Il se glissa dans la douche, tourna le robinet d’arrivée d’eau, et un flot d’eau glacée lui tomba dessus, avant de se réchauffer lentement. Georg mordit sa lèvre, fort, jusqu’à sentir le goût du sang dans sa bouche.
« Merde, » geignit-il, « mais merde !! »
Il émit un sanglot étranglé, trembla, et hurla à s’en déchirer la gorge, frappant les carreaux de la douche de ses poings serrés. Il se sentait petit, plus petit que jamais, et la rage qu’il contenait depuis des mois et des mois explosait enfin. Après des mois à se contenter de secrets partagés avec Tom, et à se faire mener par le bout du nez par Lorelei, il avait tout perdu. Il gémit et se laissa glisser au sol, l’eau se mêlant aux larmes et à la salive sur son visage ravagé.
L’eau coula sur lui un bon moment, jusqu’à ce qu’il se calme, ou plutôt qu’il se résigne. Il se redressa, coupa l’eau, et sortit de la douche en laissant un long chemin de flaques d’eau sur le sol. Le miroir lui montra ses trait tirés sous l’éclairage cru des néons, ses yeux sombres où plusieurs veines avaient éclaté, rouges, injectés de sang. Il déglutit.
Georg se dirigea vers la chambre de Tom avec l’idée de lui voler des vêtements et de s’endormir au milieu de ses draps, en se berçant de son odeur. Dans le placard, il trouva un vieux tee-shirt vert Ecko, l’un des préférés de Tom, et il l’enfila, ainsi qu’un boxer qui se révéla légèrement trop petit. Il se coucha dans le lit de Tom, inspira son odeur qui emplissait les draps, s’enroula totalement dans le tissu doux. Il ferma les yeux si fort que des lueurs étranges apparurent sur ses paupières, mais il s’endormit avant d’avoir pu leur trouver un sens.

Il rêva de Tom. Il rêva de Tom, contre lui, dans la lueur incertaine de l’aurore, couché en chien de fusil, endormi. Il le contemplait dans son sommeil, et au bout d’un moment, Tom s’éveilla, et lui sourit ; et Georg voulut l’embrasser. Mais quand il s’approcha de lui, quand il déposa ses lèvres sur le siennes, c’était comme d’embrasser une plaque de verre. Il se recula, et Tom n’avait pas bougé, pour la bonne raison qu’il ne s’agissait pas de Tom, mais d’une photo du guitariste, grandeur nature, aux fin sourire de Mona Lisa.
Quand il se réveilla, le cri de Georg mourut dans sa gorge. Il bondit hors du lit en haletant, et alla s’asperger le visage d’eau dans la salle de bain, enlevant son tee-shirt et laissant les gouttes couler sur son torse. Ce n’est qu’après s’être essuyé le visage qu’il se rendit compte qu’il pleurait. Il frotta rageusement ses yeux, bloquant ses sanglots dans sa gorge, et baissa le regard vers ses pieds, le détournant de son visage misérable.
Et il était là, si lumineux et si fragile sur le carrelage impeccable de la salle de bains. La chaîne formait des routes sinueuses, et la pierre de jade était intacte, lisse et pleine de reflets. Sans réfléchir, le bassiste se pencha, et prit le collier dans ses mains. La chaîne d’argent, aux maillons fins, glissa comme de l’eau entre ses doigts légèrement tremblants.

La pierre était froide contre son torse, et le contact avec la peau chaude ne la réchauffa pas. Bien au contraire, il lui sembla que c’était son corps qui refroidissait à son contact, qui devenait aussi glacé qu’elle. Georg releva la tête, et regarda l’homme dans le reflet, mince et musclé, aux cheveux en bataille et aux yeux rougis, et la pierre de jade tombant sur sa peau élégamment mate. Lentement, doucement, il ferma les yeux. Et il attendit.
Deux mains se posèrent d’abord sur ses joues, caressant les os proéminents. Un sanglot se bloqua dans sa gorge. Puis, aussi légères qu’un souffle d’air, elles descendirent pour caresser sa mâchoire, son cou, ses épaules. Ses lèvres tremblèrent. Les doigts à la présence ectoplasmique touchèrent avec hésitation ses bras, puis ses côtes, ses flancs. Le rythme du cœur de Georg accéléra, son corps s’arqua.
Ses mains à lui allèrent agripper le rebord du lavabo tandis que ces mains sans substances se posaient sur son sexe et le caressaient lentement, y appelant le sang qui vint s’y loger, rapidement. Georg trembla, gémit, déglutit. Ses paupières frémirent et il entrouvrit un œil. Dans le miroir, il n’y avait rien, seulement lui, et sa peau était blanche, pâle à faire peur à l’exception de son pénis, fièrement dressé. Et les mains, invisibles mais reconnaissables entre toutes, le parcouraient avec plus de langueur et d’adresse que jamais.

Georg éjacula en tremblant de tous ses membres, des larmes roulant sur ses joues rougies, le souffle court. Les mains, familières à s’en briser le cœur, caressèrent son torse et son visage de nouveau, sans le salir, sans vraiment le toucher. Le bassiste ouvrit les yeux, et la personne à qui ces mains appartenaient aurait pu tout aussi bien se trouver derrière lui, son corps fin collé au sien, ses lèvres embrassant sa nuque trempée de sueur. Et il le savait, contre sa peau, contrastant avec la douceur des lèvres pleines, il aurait senti le piercing qui décorait la bouche si désirable de Tom.
Il se redressa, fixant le miroir sans savoir ce qu’il devait y voir, tout comme il avait longtemps aimé Tom sans vraiment savoir quoi faire. Les mains, rassurantes et aimantes, touchaient comme si elles le découvrait pour la première fois son visage détendu et impavide. La pierre pesait lourd sur sa poitrine, de plus en plus lourd -ou peut-être était-ce lui qui perdait de sa substance. Finalement, quand les mains quittèrent son visage, quand les préliminaires s’arrêtèrent comme pour poser une question, Georg ferma les yeux à nouveau.

Il chercha un sens aux lueurs qui s’animaient sur ses paupières, au son lointain de la pluie qui s'apparentait à un chant ; et il sentit à peine les mains se refermer autour de son cou, et commencer à serrer.


    Fin.


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Gab'
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 2:01

NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Oui oui oui oui, mais noooooooooooooooooooooon !!!

Ahhhhh ;____________;

Le torg tue, c'est le mal, et le Tom fragile, un peu invisible mais quand même intégré, c'est c'est c'est... Je ;_________________________;

Je voulais pas ça finisse comme ça, Georg est con mais il est pas méchant, ahhh plutôt du torg à foison que cette fin-là ;_______; *feinte pour expliquer à quel point elle voulait pas que ça finisse, surtout comme ça*

Il faut trop que tu écrives, plus plus plus plus, encore encore encore. M'en fous des couples improbables quand c'est toi ;_;
S'il te plaît.

Mais là le putain de pendentif de merde qui a qu'à aller se faire foutre, et Georg qui fuit pour une raison de merde, et Lorelei que on veut la voir jarter (déjà rien qu'avec son diminutif elle était louche, avoir comme diminutif un autre prénom c'était déjà le signe qu'elle allait mal tourner XD) et ce qu'elle fait c'est ;___________________;

C'était super, bon on sent les trucs à l'arrache avec les confondages de prénoms mais c'est pas grave XD (Surtout vu la longueur *.*) J'ai eu du mal au début à démêler les fils, j'avais genre systématiquement l'impression que les prénoms Bill et Tom étaient inversés je me suis dit tu faisais une blagounette XD.


Mais rhâââââââââââââââââ !...
Ou comme tu dis : rrrrrrrrrrrrrrrrr
*roule roule roule*
Je aimer je vouloir plus je ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh

C'était génial, c'était fantastique, j'ai adoré.
C'était trop bien.
C'était excellent.
Merci, et bravo, bravo, bravo.


Enkeure.
*n'a pas les mots*
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Chachouille
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 10:54

Tu m'as pas écouté, t'as laissé des bafouillages de prénoms èé

Duuuh, sérieux, tu m'as impressionnée! MEME SI BORDEL, PAS DE TOOOORG! (j'tavouerais avoir passé tous les lemons x_x)

Ye sais pas quoi dire éè J'aime bien le Bill de ton OS et t'es trop méchante avec Tom, toujours lui éè Il SAIT jouer de la guitare >< Et... ye sais paaas... j'ai beaucoup aimé la façon dont tu as traité la boite :o Et j'aime beaucoup le titre!
J'pense aussi préférer la deuxième partie, juste avant que Bill disparaisse Smile

bref, bravo, t'as vraiment fait un très bon OS I love you

_________________
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 11:47

Bon ok, j'ai même pas finit l'os, et je chiale comme une merde alors que pour l'instant il y a rien de triste ; mais je suis tombée sur les commentaires et je sais pas, j'ai avancé, j'ai vu le passage de Bill qui disparait, j'ai lu la phrase de fin et voila *sanglote*
Faudra que je le finisse mais là j'en suis juste incapable, trop intense pour moi, je peux même pas commenter. Bon dieu je t'envie pour ce talent. Et je devrais réviser depuis tout à l'heure mais je peux plus, j'ai mal au coeur, je me sens mal.

*va allé sécher ses larmes et se remaquiller*

Edit: Je pourrais jamais lire la fin, je suis désolée. C'est écrit TROP bien justement, c'est trop réaliste, et ça fait trop mal. Je t'en veux d'écrire aussi bien putain, je te déteste XD
Et dès que j'essaye de lire une ligne je suis genre toute secouée de sanglots mdr
Bravo, pour réussir à me faire reculer devant une oeuvre trop belle et bien trop douloureuse. T'as un talent que j'admirerais toujours, oui
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 14:28

Oh putain..wouah.
Juste..*___*
Bravo.
J'aime l'idée du collier maudit,mais bon sang,c'est FLI-PPANT..
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Clarinett
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Jeu 28 Mai - 23:13

le torg tue, mais là c'est tellement beau.

je sais pas quoi dire de plus en fait. juste que j'aime pas le fantastique, les trucs pas rationnels, mais que tes personnages paraissent tellement réel, que ça fait peur.

bravo, comme d'habitude. c'est magnifique.
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Youlia*
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Ven 29 Mai - 2:22

Tu m'as tuée.
Putain, cet os est horrible.
Certes, c'est magnifiquement écrit, les personnages sont géniaux et le soucis du détail rend tout délicieusement réaliste. Et puis, le torg qu'il y a là, j'en parle même pas.
Mais d'un autre côté, comme l'a dit Ayuma, c'est tellement réaliste que ça fait mal, très mal (et ça ce n'est pas la première fois que ça me le fait avec un os à toi).
Je suis un peu dans une impasse là, parce que je ne sais pas si j'ai aimé ou pas.
Le début est, bien que plutôt triste, absolument parfait. La fin est détestable, surtout parce que super triste, trop sans doute. Parce que les émotions passent si bien, j'avais tellement de peine pour Tom, puis pour Georg à la fin. Je me suis vraiment sentie très mal à la lecture de cet os, je ressentais toute leur douleur et...bon, j'ai pas arrêté de pleurer.
Ce qui m'a aussi gêné c'est l'irruption soudaine du fantastique dans l'os, de plus, l'histoire avec le collier n'est pas très claire, mais ça, à la rigueur, osef un peu.
Bref, il est tard et je me perds dans ce que je dois dire. Haha.
En gros, c'était bien, mais c'était pas bien.
Voilà! (:
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Ven 29 Mai - 22:18

Oh my fucking gott!!
Du Torg...Miam! Et putain d'bizarre cet OS...Définitivement excellent et over dérangeant...
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lel_chan
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Sam 30 Mai - 1:30

J'ai la tete qui tourne et je me sens pas bien du tout.
Pourquoi.
Ou est bill. Pourquoi putain ??

:'(

*revient* Bien, voila, après avoir courageusement surmonté mon état de choque extreme, je viens laisser une review un peu plus... oh mon dieu.
Gab avait juste raison.
C'est magique.
Jusqu'a çe que Bill parte. J'me suis sentie juste, totalement déchirée à ce moment là !

ET BON DIEU LE GUSTOM DHIYAAAAAAAAAAAAAAA *___________*
J'aime comme tu as contourné la chose, et, j'aime le torg.
Alors merci, mon bouchon ♥♥♥♥♥♥
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Dim 31 Mai - 12:57

J'ai juste pas assez de mots pour te dire combien j'ai aimé ton OS.
J'ai essayé, ça fait deux fois que j'efface ce que j'écris, parce que c'est juste pas assez.
Donc, je dirais juste pareil que les autres au dessus de moi.
Merci <3
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Dine
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Dim 31 Mai - 17:45

C'est la première fois je crois que tu me transportes comme ça. Je sais pas si tu l'avais lu quand je l'avais dis, mais j'ai toujours eu un peu de mal avec tes écrits, parce que pour moi c'était toujours trop développé, trop complexe etc. mais putain là ... c'était juste wow. Vraiment, wow. A partir du moment où Georg se retrouve tout seul, j'ai commencé à me sentir tellement triste et quand il dort dans les draps de Tom, qu'il se rend compte de tout ça ... putain je suis juste en larmes depuis ce passage! D'habitude, j'aime pas le Torg, mais là je sais pas, y avait pas de relations dominé/dominé, mais Tom était vraiment le dominé et Geo le dominant, et ça, ça m'a plut. J'ai adoré ce Tom fragile, et je sais pas c'était juste une ambiance tellement speciale mais c'était juste tellement... magnifique, franchement bravo, t'as réussi à me faire passer tant d'émotions, vraiment bravo!
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Sasha
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Lun 1 Juin - 3:12

Quand j'ai lu cet OS, tu avais la tête sur mes genoux et j'avais le cœur qui battait à la chamade.
Je savais certaines choses, mais j'en ignorais beaucoup d'autres. Dès que je gloussais un peu tu relevais la tête pour en savoir la cause, et j'avais beau râler en réalité c'était magique de partager ça avec toi.
Et puis tout à coup ça a basculé, tu étais toujours là mais j'avais le cœur qui battait trop fort pour vraiment te sentir près de moi.
Ça faisait mal parce que même si l'univers de Tom au début était parfois douloureux et cruel, il était compréhensible. La suite était trop sombre, trop dure.
J'ai continué de lire jusqu'à la dernière ligne.
Et tu m'as demandé ce que j'en avais pensé et j'ai dis des mots qui n'ont pas de sens. Parce que je sentais déjà que les larmes que j'avais retenues menaçaient de sortir.
Mais j'ai attendu, j'ai attendu que tu t'endormes pour pleurer doucement la mort de personnages qui m'avaient touchée au plus profond de moi-même.
J'ai pleuré ce Tom trop fragile, trop banal, trop peu doué, qui cherchait un peu de reconnaissance et surtout beaucoup d'amour.
J'ai pleuré la mort de son frère, j'ai pleuré la mort de son ami, j'ai pleuré sa mort et puis celle de Georg.

Et après je m'en suis voulue. Beaucoup. Pour les mots que je t'avais dis. Mais surtout pour ceux que je ne sais pas te dire.
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Mar 9 Juin - 14:30

Bordel!

Putain, mais +1 à Gab ''Nooooooooooooooooooooooooooooooooooon!!, mais à la fois ouiiiiiiiiiiiiiiiii''

Arg, mais , oh gosh *tente de se calmer*

*Fait des bruits de frustrations aigus parce qu'elle a aucune idée de quoi dire*

Ok. C'était plus que magnifiquement bien, j'ai plus que grandement adoré, je suis pire qu'amoureuse de cet OS. Même si, putain ;_;
Le pire c'est que, dès que j'ai lu l'apparition du collier, j'y ai tellement pensé, mais je me disais à la fois que ''Noon, c'est impossible, elle tournera pas l'OS vers cette direction'' . Et puis, au fur et à mesure que je lisais la deuxième partie, je lâchais des ''Oh non...'', parce que je me rendais compte que c'était vraiment ce que tu t'apprêtais à faire. Oh gosh. Et puis, je sais pas, comme d'hab, sentiments brièvement décrits mais qui nous font ressentir tellement de chose <3 Et tu mets toujours juste les bons détails. Les lemons étaient parfaits, Geo était parfait pendant les lemons bordel *-* Et Tom, Toooom, comme toujours t'as fais un Tom que j'adore
Ugh, et je sais pas, j'ai adoré toutes les petites scènes, celle où Tom et Gus s'embrassent <3 J'ai pas aimé Lorelei dès le début èé, je la déteste maintenant èé La fin est putain de triste et oh mon dieu quand Bill s'en va, la réaction, l'inquiétude de Tom est juste putain de poignante, mais surtout quand Georg se retrouve seul, c'est...déchirant =| C'est là qu'il réalise à quel point Tom est important et...oh gosh ;_;

C'était juste merveilleux, magique, magnifique, tout ce que tu veux, j'admire le fait que tu puisses nous prendre par surprise comme ça avec un tel revirement de situation, à installer peu à peu les éléments vers la fin, sans qu'on puisse prévoir ce qui allait arriver tant qu'on a pas lu certains passages. J'ai pleuré comme une débile à la fin. Et l'ambiance que t'instaure est vraiment juste poignante <3

Merci for this :') I love you
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Jess
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Mer 10 Juin - 17:34

ouai bon le torg moyen j'aime pas XD
mais l'os en lui-meme est génial!Ce genre d'histoire j'en suis fan *-*
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Mer 10 Juin - 20:00

J'suis un peu partagée et c'est la première fois que ça m'arrive avec un écrit de Stern =( Du coup j'ai un peu attendu avant de donner mon avis, j'ai lu hier, relu un peu aujourd'hui...

J'adore la première partie, avant l'arrivée du collier. J'aime bien Tom intégré au groupe mais plutôt suiveur, un peu effacé, et désespérément amoureux de Georg.
Et puis quand Gus découvre tout xD Ce passage est génial !!
Les indices qui montrent que Lorelei n'est pas vraiment normale (le halo...) j'm'en suis rendu compte en relisant et j'aime =)
J'comprends pas trop l'intérêt du baiser Tom/Gus... Gustav serait amoureux de Tom ?? (vu qu'il parle de "coucher avec quelqu'un qu'on aime"... ) M'enfin j'aime bien ce passage, leur maladresse ^^
J'ai un peu de mal à comprendre Georg aussi, qui aime à la fois Lorelei et Tom, sans avoir l'impression de devoir choisir...
le "c'est vrai ?" "non" et le bluff de Bill au poker xD

Et puis à partir du médaillon "putain, c'est trop bizarre" comme dit Bill =P Ca veut pas dire que j'aime pas hein, d'ailleurs tu décris la solitude de Tom puis de Gerog magnifiquement bien, j'avais super mal au coeur en lisant...
Et puis la fin... C'est superbe, mais bizarre. J'sais pas, y'a un truc qui m'embète et je sais pas quoi. Ce passage est sublime, mais y'a quelque chose qui cloche, je comprend pas ce que c'est =/

Donc en fait dans l'ensemble j'aime beaucoup, mais il m'a quand même fallu une deuxième lecture pour vraiment apprécier, la première fois j'ai trouvé que c'était vraiment trop bizarre =P
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Ven 12 Juin - 23:26

Après du GG's, tu me fait apprécier du TORG. Mais mon dieu, Stern qui es tu?

Hum, ton OS m'a toute chamboulé. Tu réussis à donner tellement de caractère et de vie à tes personnages qu'ils en deviennent vrais et au combien attachants; à manier si bien les mots et nous faire ressentir nombre d'émotions...

Et j'aime ta fin, au contraire des autres, je trouve que ça finit « bien » et elle m'a redonné le sourire.

Bref, magnifique OS


Par contre les extraits, aucune idée.
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Pitch'
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Sam 13 Juin - 5:12

Oooh Putain de merde.
Bon je vais reflechir a un truc correct a ecrire, je reviens ici demain soir.Lul.

hehe tu l'as voulu tu vas l'avoir, ne vient pas te plaindre !

Spoiler:
 


Dernière édition par Pitch' le Mer 17 Juin - 17:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   Mer 17 Juin - 17:03

Suite
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MessageSujet: Re: [Cache-Cache] Le chant de la sirène   

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[Cache-Cache] Le chant de la sirène
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