AccueilPortailS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 I wanna be a rockstar, de Sextonik

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Chachouille
Duchesse du Forum
avatar

Féminin
Nombre de messages : 5960
Age : 25
Localisation : Nancy :9
Date d'inscription : 23/10/2008

MessageSujet: I wanna be a rockstar, de Sextonik   Dim 18 Juil - 20:38

I wanna be a rockstar,
par Sextonik

Je pourrais commencer par noircir ces quelques pages en disant que jamais nous n'aurions imaginé que cela se passe ainsi, que jamais nous n'aurions imaginé vivre cela de cette façon. Je pourrais vous dire que j'aurais préféré ne pas perdre ces personnes, que j'aurais préféré les voir faire partie de ma vie. Mais c'est faux, je n'avais pas envie d'elles, pas besoin d'elles. Nous étions 2 au départ, au temps de Devilish, deux petits gamins de treize ans qui pensaient pouvoir devenir des Rock Star! Et au final, c'est ce qui s'est passé. Ces deux petits gamins ont trouvé deux véritables amis, qui ont tout partagé, les peines, les peurs, l'amour, l’ascension de cette gloire. Des vrais amis, toujours présents, quoiqu'il se passe, quoiqu'il arrive, quoique les autres en pensent. Ces autres, ce ne sont pas les inconnus, certainement pas, parce que l'avis des inconnus ne blesse pas, il est juste présent et vous fait vous remettre en question, mais il ne blesse pas, il ne vous anéantit pas. Alors que l'avis des proches, de votre famille et de vos anciens amis fait mal. C'est peut-être pour cela que nous nous sommes tant cachés, tant séparés d'eux. C'est peut-être pour cela qu'à seulement 15 ans ; nous avons laissé nos parents, notre famille, parce que plus rien ne comptait, parce qu'à part Tom, Georg et Gustav, rien ne pouvait compter, c'était notre monde, notre monde à 15 ans, et c'est aujourd'hui encore, notre monde, à 21 ans. Rien n'a changé, sauf notre façon de nous voir, nous ne sommes plus seulement des amis, mais des vrais frères, autant Gustav que Georg, autant Tom que moi. Nous sommes, unis, inséparables. Peut-être trop pour certaines personnes, mais jamais assez pour nous. C'est certainement pour cela, que nous avons décidé de nous unir encore plus fort. Georg à remplacé Tom, Gustav est l'égal de Georg, et Tom est devenu l'essentiel, le tout. L'unique.

Aujourd’hui, j'ai 21 ans, un frère jumeau, un amant, et deux meilleures amis, deux frères. C'est cette vie que je vais essayer de vous raconter parmi ces quelques lignes, parmi ces quelques mots. La vérité, ce que personne ne sait, ou ce que certaines personnes soupçonnent. Oui, la vérité, ce qui se passe derrière le rideau, ce que tout le monde à toujours voulu savoir. Et je vous le raconte, non pour me sentir mieux, parce que je me sens bien, bien mieux qu'à treize ans. Mais je vous raconte cela, parce que Tokio Hotel, ça n’existe plus, ce n'est plus que poussière et néant. C'est vrai, si vous nous connaissez, si vous nous aimez, vous avez du vous rendre compte que plus rien n'est comme avant. Nos show sont millimétrés, nos réactions aussi, nos larmes sont commandées et nos remerciements sont toujours les mêmes. Juste pour vous donner l'illusion que nous vous aimons. Mais nous ne vous aimons pas, non, nous aimons le succès, l'argent, la renommée et les retombés du show business, seulement cela, et rien d'autre. De Devilish à Tokio Hotel, nous avons changé, en bien ou en mal selon les personnes. D'avant à aujourd'hui, plus rien n'est pareil.

I Wanna Be A Rock Star ! Et grâce à vous, ce rêve est devenu une réalité de tous les jours.

[...]

POV Omniscient

« Non. »

Bill articula cet unique mot froidement, sèchement, mais surtout, très sûr de lui. La réponse était claire, nette, précise, et claqua dans l’air.

Non, ils n’iraient pas à ce gala.

« Bill…

- David … »

Bill lançait des regards noirs à David, qui lui, avait juste l’air… blasé.

« Ca vous ferait sortir un peu, voir du monde. Avec la préparation de votre nouvel album, vous passez votre vie en studio, tous les quatre…

- Le monde est si barbant… »

David soupira et tourna les talons. Il ne pourrait pas le faire changer d’avis, de toutes manières, et il le savait.

Ledit Bill ferma la porte du studio en levant les yeux au ciel.

« Encore David qui voulait nous déconcentrer. »

Pour unique réponse, il eut un grognement général et quelques coups d’œil. Il retourna s’asseoir sur le tabouret face à son micro et positionna son casque sur ses oreilles, l’air concentré.

Il attendit que quelques accords de son jumeau se fassent entendre, puis que Gustav donne le rythme, pour commencer à chanter. Georg commença bien vite à faire vibrer les cordes de sa basse acoustique, et le morceau emplissait la pièce.

Bill chantait, encore et encore, cherchant la perfection. Il cherchait constamment cette perfection dans leur carrière. Il était terriblement fier de ce qu’ils avaient accompli, seuls. Les fans, l’argent, la confiance, tout cela, ils l’avaient acquis seulement grâce à leur talent. Et maintenant, maintenant qu’ils avaient percé dans le métier, ils passaient leur temps ensemble, à se perfectionner encore et encore. Après tout, il ne fallait sous aucun prétexte décevoir les fans. Bill avait toujours cru à l’avenir du groupe, depuis le début, et c’est en chantant dans ce studio qu’il pouvait contempler le résultat de leurs efforts. Bill semblait alors laisser son âme vagabonder dans le studio, admirant le groupe enregistrer une énième chanson.

Il se voyait, lui, assis sur son habituel tabouret, fin, maigre, voire même rachitique, mais tellement beau. Oui, Bill était beau, et il en jouait. Peut-être qu’il tenait cela de sa mère, de son père, ou même des deux. Mais il ne pourrait le dire, maintenant, se souvenant à peine de leur figure. Bien sûr ils s’appelaient de temps en temps, mais cela était toujours trop… Compliqué, comme il aimait dire. Ses parents n’avaient pas supporté leur succès, Bill et Tom avaient interprété cela comme un refus de les voir voler de leurs propres ailes, mais ne s’étaient pas formalisés. Seulement, il avait ensuite été de plus en plus dur de rester en contact, après un petit accrochage comme celui-ci, qui avait dont eu des conséquences immenses. Presque plus aucun contact, les garçons s’étant réfugiés dans la musique. Il s’attardait ensuite sur ses longs cheveux d’un noir de jais, et les détaillait, lisses avec quelques mèches blondes qui les éclaircissaient légèrement. Son visage quant à lui était pâle, blafard les mauvais jours, mais tellement fin qu’il en devenait hypnotisant. Ses traits étaient presque féminins, voire totalement, et ses yeux cerclés de noir confortaient ce côté androgyne. Ses vêtement près du corps et toujours plus excentriques le rendaient original, et participaient très certainement à son charme actif. S’il tournait la tête il apercevait Georg, cheveux longs et bruns, style assez classique, le bassiste légèrement en retrait mais qui était un vrai ami pour lui. Un des seuls qu’il lui restait à vrai dire, avec Gustav, le batteur, tout aussi discret, et son jumeau Tom. Tom. Qui représentait absolument tout pour le brun. Il admirait ses dreadlocks blondes, trouvait que ses vêtements larges le rendaient foutrement beau, et était fasciné de manière presque malsaine par sa façon de jouer de la guitare. Oui, Tom était son frère, son jumeau, son meilleur ami, sa moitié, son âme-sœur, sa vie.

Puis il se reconcentrait sur la mélodie qui s’échappait de sa bouche, et continuait de chanter, stoïque.

« C’était bien, je crois. » Affirma Georg en posant sa basse sur son pied.

« Ca ira pour aujourd’hui oui. » Assura Tom, rangeant également son instrument.

Bill aurait bien continué plus longtemps, il était persuadé d’avoir loupé une note, mais personne ne semblait s’en soucier. Il lança un regard implorant vers son jumeau qui posa sa main sur son épaule de manière rassurante.

« C’était très bien Bill, t’inquiète. »

Le dreadé le gratifia d’un immense sourire et Bill pensa que la perfection pouvait certainement attendre demain dans ce cas là.

Ils se dirigèrent tous vers la porte de leur studio un minimum luxueux d’Hambourg et arrivèrent dans un petit couloir sombre. Ils ne sortiraient pas ce soir, ils monteraient directement à leur appartement où ils vivaient tous les quatre.

Non, ils n’iraient pas en boîte comme n’importe quel jeune de leur âge, ils ne sortiraient pas se « boire quelque chose » à une heure tardive, et ils n’iraient pas non plus s’acheter un fast food, ils se poseraient juste devant la télévision, avec une pizza surgelée et de la discussion tournant toujours autour du même sujet : Leur job.

Et c’était la même chose tous les soirs. Ils passaient la journée en studio, tous les quatre, discutaient musique. Ils rentraient à leur appartement, tous les quatre, discutaient musique. Puis ils se réveillaient le lendemain, tous les quatre, discutaient musique. Et lorsqu’ils partaient en tournée, ils passaient la journée ensemble, tous les quatre, discutaient musique, donnaient un concert, rentraient à leur hôtel, tous les quatre, et se retrouvaient le lendemain, tous les quatre, pour discuter musique, toute la journée, tous les quatre, dans leur tourbus, tous les quatre, à discuter musique. Un cercle infernal.

En fait, ils se coupaient littéralement du monde. Ils s’enfermaient dans une solitude à quatre, en quelques sortes. Bien sûr ils étaient entourés, stylistes, maquilleurs, coiffeurs, managers, gardes du corps, mais de manière superficielle. Ces gens étaient là, semblaient les aider, mais n’avaient au fond que des rapports purement cordiaux avec quatre allemands à la carrière fulgurante. Leur cage dorée ne les dérangeait pas, en fait, ou peut être voulaient-ils seulement s’en persuader.

« Putain Gus t’abuses ! J’allais prendre cette part ! » Pesta Bill vainement

Ledit Gus secoua la tête en souriant.

« Il voulait quoi David tout à l’heure ? » Questionna le bassiste, la bouche à moitié pleine et de la sauce tomate déjà séchée sur le menton. A cette vue, Tom étouffa un ricanement et répondit évasivement.

« Nous déconcentrer, comme dirait Bill.

- Ouais. Nous inviter à un stupide gala avec plein de gens en costumes surfaits et un air dramatique qui auraient voulu discuter de notre ‘sublime carrière’. Un truc chiantissime quoi. » Ajouta l’intéressé.

« En même temps, on a encore des choses à prouver, ça aurait pu nous aider… »

Gustav ponctua sa phrase d’un haussement d’épaules et mordit fermement dans sa pizza. Un silence pesant s’était installé mais Bill parla d’une voix claire.

« Tout ça se fera avec le nouvel album, besoin de personne d’autre. On est des rockstars, merde.

- On espère Bill. On espère… »

Bill déglutit et s’essuya la bouche presque rageusement.

« Ce sera le cas. On n’a besoin de personne, on est quatre et c’est suffisant.

- Oui mais..

- Pas de mais. Ces gens auraient voulu nous donner des conseils, nous dire quoi faire. On n’en veut pas de leurs conseils non ? On a toujours été indépendants… »

Ses amis hochèrent la tête, conquis par son discours.

« Bill a raison. »

La bouche de l’androgyne se fendit en un imperceptible sourire. Il aimait avoir raison.

« Et puis, tant qu’on est là les uns pour les autres, on peut tout affronter… » Assura-t-il, pour se convaincre lui-même.

Les quatre musiciens s’échangèrent des sourires rassurant et quelques paroles réconfortantes.

Oui, tout irait bien. Ils étaient là les uns pour les autres après tout… Mais pour combien de temps ?

Une heure plus tard, ils se levèrent successivement pour rejoindre les trois chambres de l’appartement. Trois chambres. Ils n’en n’avaient pas demandé une de plus, Bill et Tom jugeant inutile de faire une chambre pour chacun d’eux alors qu’ils passent leur vie ensemble. Ils ne se plaignaient pas de dormir ensemble de toute façon. Tom était le Tout de Bill, et inversement. A partir de là, se séparer même pour une unique nuit les rendait presque fous.

« Je suis crevé.

- T’es toujours crevé, Tom. »

Bill termina sa phrase par un rictus et un regard malicieux vers son homologue.

« Moi je ne suis jamais fatigué. » Ajouta l’androgyne en baillant fortement.

« C’est ce que je vois. » Rigola Tom.

Le brun se glissa dans leur lit, après avoir soigneusement enlevé son tee-shirt et son jean trop serré. Il enfouit sa tête dans l’oreiller et grogna sourdement.

« Il va marcher l’album ? Hein Tomi ? »

Il sentit un corps chaud se coller au sien, et des bras nus l’envelopper doucement.

Bill sortir la tête de son agréable coussin et nicha sa tête dans le cou de son frère.

« Il marchera. On n’a pas le droit à l’erreur de toutes manières… Alors oui il marchera. »

Le chanteur releva les yeux vers son jumeau et fit la moue.

« Promis. »


[...]


Bill poussa un énième soupire angoissé et continua son chemin régulier dans la pièce.

Il tournait en rond depuis maintenant plus d’une heure, sous l’œil agacé de ses seuls amis.

Il se triturait les doigts, se pinçait les lèvres jusqu’au sang, et faisait raisonner chacun de ses pas un peu plus lourdement sur le plancher de la loge.

« Il faut qu’on réussisse les gars… »

Cette fois-ci, c’est Tom qui soupira, ulcéré.

« Bill, on y arrivera. On a tout pour y arriver. »

L’androgyne respira fortement et s’écroula sur un fauteuil mis à la disposition de son « séant de star ». Il était affreusement angoissé, oui. Ils étaient aujourd’hui les invités d’une émission à succès diffusée en direct, pour promouvoir leur premier single, et Bill était une vraie boule de nerfs. Leur album sortait deux semaines après la diffusion de cette émission, et s’ils se plantaient, alors l’album était susceptible de subir le même sort.

La porte de leur loge s’ouvrit, et un homme d’une quarantaine d’années pénétra dans la pièce. Inconnu au staff, pensa Gustav en lui jetant un coup d’œil furtif. Il s’adressa à eux, leur demandant de venir sur le plateau, mais ne reçut aucune réponse. Pas même un regard sincère, rien. Bill, Tom, Georg et Gustav l’avaient juste royalement ignoré, plutôt mal à l’aise à cause de sa présence qu’autre chose. L’homme quitta la pièce perplexe, et les garçons firent leur entrée quelques minutes plus tard sur la petite scène improvisée pour eux.

Le morceau était bien, c’était indéniable. Les accords se tenaient, la voix de Bill collait avec le thème du single, et leur présence était déconcertante.

Mais une fois leur prestation finie, c’est vers les loges qu’ils se dirigèrent de nouveau.

Ils avaient refusé une quelconque interview, prétendant vouloir garder le plus de surprises possible pour la sortie de l’album.

En fait, cela faisait plusieurs mois qu’ils refusaient les interviews, prétextant un entretient du mystère.

Par réflexe, pour « ne pas être dérangés », ils verrouillèrent la porte en rentrant, et s’assirent tous autour de la petite table basse placée au milieu de la pièce.

C’était le temps du debriefing habituel. Parlons musique.

« Bien ? » Questionna Bill, anxieux.

« On s’en est sortis...

- Ouais, sauf au dernier refrain, j’ai merdé un accord, mais ça s’est pas entendu je crois..

- On était dans le rythme, en tout cas. »

Les remarques fusaient à une vitesse hallucinante, les garçons ayant toujours quelque chose à ajouter sur leur prestation. Ils étaient leurs uniques critiques, et d’ailleurs, c’étaient les seules –critiques- qu’ils acceptaient. Des Rockstars, qui n’ont définitivement besoin que d’eux et de leur talent pour réussir, encore un peu plus.

La poignée de la porte s’abaissa plusieurs fois, sous l’œil taquin du groupe. La pièce étant verrouillée, il s’amusait à imaginer les personnes se heurter à une porte fermée, peu décidée à s’ouvrir. Mais ils n’y faisaient pas plus attention, et reprenaient leur discussion agitée sur comment se perfectionner un peu plus pour le prochain show.

Voir du monde ne les intéressait pas, eux seuls pouvait jauger leurs prestations.

Ils étaient tous les quatre, et encore une fois, ils discutaient musique.

Lorsqu’ils quittèrent la loge, ils ignorèrent évidemment toutes les questions qui s’enchaînaient et s’engouffrèrent dans le van après avoir signé de manière succincte quelques autographes.

Un dernier regard vide pour le chauffeur et ils sortirent du van comme quatre fantômes. Ce monde extérieur les énervait plus qu’autre chose, à vrai dire. Toujours là pour les freiner sur la route qui les mènerait au succès assuré, pour poser des questions, les distraire de leur but.

Alors, peu à peu, ils commençaient à s’en éloigner, à ignorer les remarques, questions, voire à n’être que des entités vis à vis d’eux.

Ce soir, ils dormaient à l’hôtel. Un hôtel excessivement cher, ou tout était mis en place pour les satisfaire le plus possible. Un rapide regard et un minuscule signe de la main pour les fans, et ils pénétraient dans le hall doré.

Ils se dirigèrent communément vers l’ascenseur, ayant récupéré, toujours tels des fantômes, les clés des chambres réservées au nom de « Jost ».

Nom qui désormais était vide de sens pour eux. « David Jost ». Purement fabriqué et prétentieux, pensaient-ils. Les hommes chargés de leur amener leurs bagages se traînaient comme ils pouvaient derrière eux, et attendirent sagement, comme on leur avait demandé, un autre ascenseur avant de monter.

Arrivés à leur étage, une dernière accolade et ils gagnèrent leurs chambres –trop- luxueuses.

Les nuits dans les hôtels les avaient un temps distrait, ils s’amusaient du Room Service (le faisant surtout tourner en bourrique), profitaient avec plaisir des baignoires sur-décorées, et draguaient même parfois, toujours pour rire, les femmes de chambres.

Mais aujourd’hui, et depuis un certain temps, cette routine les lassait presque, et le Room Service semblait moins crétin, les baignoires moins belles, et les femmes de chambres moins taquines.

A vrai dire, ils se lassaient de tout. Les gens n’étaient plus intéressants face à eux, qui avaient, au moins, toujours un sujet de conversation.

« Les gens sont tellement blasants… J’ai l’impression qu’on est les seuls à avancer dans notre vie. » Dit Bill, dépité.

Peut être avait-il pris la grosse tête, peut être était-il juste lucide, ou peut-être y avait-il un réel problème derrière tout ceci. Cette lassitude, ces attitudes hautaines, et ce désintérêt croissant pour les autres.

« Viens là Bill… »

Tom, déjà allongé sous les couettes, ouvrit les bras vers Bill, lui proposant de venir s’y réfugier.

Le brun ôta son t-shirt et son pantalon, pour se lover dans les bras de son âme-sœur. Ce dernier lui embrassa la tempe distraitement en lui caressant le dos calmement.

« Te prends pas la tête. Tout est cool…

- Je n’sais pas… Gustav & Georg me manquent presque déjà.

- Ca fait une heure qu’on les a quittés, Bill.

- Ouais, mais je suis tellement habitué à leur présence, ça ferait presque vide. »

Le torse de Tom se secoua en un petit éclat de rire qui raisonna dans la chambre. Il resserra un peu plus l’étreinte avec son chanteur et respira doucement dans son oreille.

Bill, pris d’une énième angoisse, presque habituelle, planta son regard dans celui de Tom.

« Demain on rentre au studio et on enregistre une nouvelle chanson hein ?

- Oui Bill, c’est ce qui est prévu… »

Les mains de Bill s’accrochèrent plus fermement aux hanches dénudées de Tom et il reposa sa tête au creux de son cou.

« Promis. »


[...]


Il était 3h39 du matin, et c’était évident, Gustav Klaus Wolfgang Schäfer n’arrivait pas à dormir. Il n’avait pas envie de dormir, n’était pas fatigué, et s’ennuyait clairement dans sa chambre.

Rien à faire. Il avait déjà pris une douche, refait le lit, fumé sur le balcon, et compté les carreaux de carrelage de la salle de bain. Il pouvait bien regarder la télé, mais seul, cela présentait vraiment peu d’intérêt.

Il se décida donc à rejoindre la chambre voisine à la sienne, celle de Georg. Il sortit rapidement, se retrouva quelques minutes plus tard dans la chambre de son ami.

« Tu dormais pas non plus ? »

Il devina la réponse bien vite aux yeux gonflés de Georg.

« Si. Mais bon, je suis extrêmement gentil alors je t’accueille. »

Gustav lui frappa sur l’épaule en riant et alla s’affaler sur le lit du bassiste.

« J’ai envie de regarder la télé, ça va peut être m’endormir. »

Georg haussa les épaules et rejoignit le blond sur l’immense lit –King Size-, en tentant tant bien que mal de camoufler un bâillement exagéré. Gustav avait pris possession de la télécommande depuis quelques minutes et zappait désespérément. Qui dit hôtel de luxe dit beaucoup de chaînes, mais ne dit pas forcément beaucoup de programmes passionnants –surtout à 3h52 du matin-, c’est pourquoi la pièce était illuminée par des flashes toutes les trois secondes, dus aux changements de chaînes à répétition.

Gustav finit par ne même plus regarder le petit écran, et tourna la tête vers Georg, qui avait l’air à moitié endormi contre son épaule. Ses yeux étaient ouverts, et il se soutenait de manière convenable, mais il était probablement au stade de sieste éveillée.

Tout en continuant de changer de chaînes, il détailla avec intérêt son visage. Les flashes de la télévision le laissait apercevoir son ami de manière relativement floue, et assez sombre, ce qui ajoutait un côté plutôt intéressant au visage du bassiste. Son menton carré et ses yeux marron apparaissaient en effet ici comme de réels atouts, et à cette heure avancée de la nuit –ou du matin-, Gustav semblait y être particulièrement sensible. La lumière laissait juste apparaître la forme des lèvres charnues du bassiste, et son nez légèrement retroussé se dessinait de manière abstraite. Oui, Georg était foutrement attirant dans cette situation, à 3h57 du matin, l’air absent et le regard inexpressif.

Georg ne cilla pas un temps, puis tourna le regard vers le batteur, toujours plongé dans sa contemplation.

« Ca va Gus’ ? »

Tout se passa très vite. Il posa sa question, entendit quelqu’un frapper à la porte, et ferma les yeux la seconde d’après au contact de lèvres –un tantinet gercées- s’écrasant contre les siennes. Gustav était en train de l’embrasser ? Il sentit la langue du batteur tenter de s’insinuer dans sa bouche. Gustav était en train de l’embrasser. Ses lèvres s’ouvrirent presque par automatisme, et il se laissa faire, sans vraiment répondre, pendant toute la durée du baiser. Il était relativement court, mais sembla relativement long au bassiste.

« Merde Gus’, tu viens d’me rouler un patin. »

Ledit Gus soupira un grand coup et baissa les yeux.

« Ouais. C’était bizarre. »

Georg ouvrit la bouche pour répondre que oui, effectivement, c’était « bizarre », mais fut couper par des nouveaux coups contre sa porte. Sans réfléchir, il se leva vers la porte, et l’ouvrit pour trouver un Bill écroulé devant, se tenant la tête, comme s’il lui demandait de ne pas imploser.


[...]


Bill ouvrit les yeux difficilement, surpris de ne pas être réveillé par un quelconque rayon de soleil qui aurait percé la fenêtre.

Il tourna la tête vers son portable posé sur la table basse et l’attrapa mollement afin de regarder l’heure. 3h51. Etrange.

Il s’extirpa discrètement de l’emprise des bras de Tom et s’assit sur le rebord du lit. C’est à ce moment là qu’il sentit une douleur abominable au crâne. Il posa ses coudes sur ses genoux et plongea sa tête dans ses mains. Il avait tout bonnement l’impression qu’on lui martelait la tête.

« Fait chier. »

Il soupira d’agacement et se leva doucement, sa vue devenant un peu plus floue à chaque mouvement trop brusque.

Ces migraines le prenaient souvent quand il était stressé, agacé, ou juste fatigué (inutile de préciser qu’en ce moment elles étaient quasiment constantes), mais elles étaient rarement assez puissantes pour le réveiller. A priori, cette nuit là, elles avaient eu raison de lui.

Il avança doucement jusqu’à la salle de bain, ayant l’impression que chaque pas le rapprochait de la mort tant la douleur était lancinante. Arrivée à la porte de la salle d’eau, qui lui avait paru s’être éloignée d’au moins quatre cent mètres entre le moment où il était parti et le moment où il l’avait atteinte, il s’appuya contre le mur, cherchant l’interrupteur.

« Putain de migraines, vous voulez me tuer ou quoi ? ! »

La lumière s’alluma, bien trop fort selon Bill, et il retroussa le nez en plissant les yeux face au lavabo. Il farfouilla bien cinq minutes dans sa trousse de maquillage avant de se souvenir.

« Et merde, c’est Georg qui a les médicaments… »

Deux solutions s’offraient à lui : Traverser le couloir de l’hôtel aussi bien qu’il le pourrait, frapper à la chambre de Georg et lui demander les médicaments mais culpabiliser de le réveiller en plein milieu de la nuit, ou alors mourir sur place à cause de la douleur (il avait toujours eu une fâcheuse tendance à exagérer les choses), et culpabiliser de délaisser la Terre entière qui s’ennuierait très certainement sans son indispensable présence. Malgré la douleur et l’incapacité à réfléchir sérieusement, la première solution lui sembla plus appropriée.

Il sortit, toujours en traînant les pieds, de la salle d’eau, et enfila un des nombreux tee-shirts de Tom qui jonchait le sol.

Une fois dans le couloir, se tenant la tête, il frappa à la porte de Georg, sans grande conviction. Il se laissa glisser le long de celle ci, et respira calmement.

« Ca va passer…Ca va passer… C’est bon… »

Il ferma les yeux et croisa les bras contre son torse, allongeant ses jambes nues dans le couloir. Il songea à la situation. Lui, Bill Kaulitz, était avachi devant la porte d’un de ses amis, à 3h57 du matin, attendant un foutu doliprane pour soulager une de ses migraines.

Dieu qu’il se trouvait minable. Mais peu importe, s’il n’avait pas un médicament dans les 10 minutes qui venaient, il en était certain : il allait décéder, dans le couloir de cet hôtel, vêtu seulement d’un t-shirt de Tom, et sans aucune dignité.

« Bordel mais il va l’ouvrir cette putain de porte ? » maugréa-t-il, les yeux toujours fermés et la tête appuyé contre la paroi qui le séparait de la chambre du bassiste, sa pomme d’Adam tressautant anormalement vite.

Bill regarda de nouveau son portable qu’il avait pris soin d’emmener, et constata : 3h59. Cela faisait donc précisément 8 minutes qu’il était en train d’agoniser à cause de sa migraine, et 2 minutes qu’il moisissait devant la porte de Georg.

Il releva le bras, et trouva la force insoupçonnée de frapper de nouveau à la porte de son FEU-ami s’il ne se décidait pas à ouvrir dans la minute. Réflexion idiote, Bill mourrait –tout est dans l’exagération- s’il n’ouvrait pas dans la minute, il ne pourrait donc pas le tuer. L’androgyne nota qu’il était encore temps de se lever, et de laisser un mot à Tom lui demandant de tuer Georg s’il ne lui administrait pas une dose de Doliprane avant 4h00 (bien que Bill soit présentement persuadé qu’une dose de morphine serait plus adaptée). Il se trouvait décidément de plus en plus idiot, mais fût tout de même surpris de sentir la porte qui le soutenait se dérober derrière son dos. Il se releva promptement en rassemblant toute la force qui lui restait et lança un regard mi-implorant mi-furieux à Georg.

« Georg ça fait une éternité (exagération, souvenez-vous) que je poireaute devant ta putain de porte alors que je suis au bord de la mort ! » Siffla-t-il sans même réussir à hurler, la tête bien trop lourde.

Le bassiste le toisa un instant avant de l’intimer de rentrer.

Bill se précipita à la salle de bain, avec pour unique but de trouver LE médicament. La tête dans le placard, il hurla à travers la chambre (notons qu’il avait retrouvé la force de le faire.)

« OU TU AS MIS CES FOUTUS DOLIPRANES ? ! »

Et de continuer de marmonner pour lui-même.

« Mais on veut me tuer, on veut me tuer ce soir ! Ce n’est pas vrai… » Il grogna et jeta à moitié la trousse par terre. Le bassiste n’avait même pas encore totalement relevé sa présence et le laissa donc fouiller en toute tranquillité, sachant que lorsque Bill frôlait l’hystérie, rien ne le calmait.

Il retourna donc s’asseoir sur son lit, aux côté de Gustav qui n’avait à priori toujours pas trouvé le sommeil.

« Pourquoi tu m’as embrassé ?

- ‘Sais pas. » Répondit le blond avec désinvolture. Il enchaîna :

- « Je voulais… Je ne sais pas, tester quoi. Ca fait quatre ans que je n’ai pas roulé une pelle, j’avais presque oublié c’que c’était. puis t’étais sexy alors bon. » Il haussa les épaules, n’attachant pas plus d’importance à son geste et se reconcentra sur la télévision.

Georg songea qu’après tout, entre amis, ce sont des choses qui arrivent (il tenta de s’en persuader, en tout cas). Il avait juste été là quand Gustav avait eu une soudaine envie de redécouvrir une cavité buccale, et il l’avait aidé à calmer ses pulsions, quoi de plus normal ? Georg était un de ses seuls amis (en comptant les jumeaux), alors qui pouvait être mieux placé que lui pour cela ? Personne. Peut être également parce que Gustav n’avait en fait personne d’autre, et qu’au point de non retour où ils se trouvaient tous les quatre, il allait falloir commencer à se satisfaire de ce qu’ils avaient. Georg frissonna un instant tout de même. S’ils ne s’étaient pas enfermés dans ce monde à quatre, Gustav aurait eu tout le loisir de jouer avec la langue de quelqu’un d’autre. Il resta stoïque une seconde face à ses réflexions, et c’est précisément à ce moment là que Bill fit une entrée qu’on aurait pu qualifier de … Fracassante. En effet, il avait trouvé son –ses- doliprane(s), les avait avalé d’un air décidé, et avait bien sûr profité de la conversation entre ses deux amis. Bon, il lui avait fallu quelques secondes pour comprendre que Gustav était dans la chambre –sa migraine l’empêchant de réfléchir habilement -, mais le reste ne l’avait pas trompé : Georg & Gustav s’étaient embrassés, et Bill trouva cela grisant.

Il sortit donc en trombes de la salle de bain, oubliant temporairement sa migraine et… S’étala devant le lit, en se prenant les pieds dans un tee-shirt de Georg.

Les deux pouffèrent, mais Bill s’empressa de se relever de crier encore tout excité comme un enfant dans un magasin de jouets :

« VOUS VOUS ETES EMBRASSES ! »

Un sourire ne quittait plus ses lèvres. Il était –anormalement- joyeux à l’idée que ses deux amis se soient roulé une pelle, et ne se privait pas de leur montrer.

Gustav haussa de nouveau les épaules.

« Ouais. C’était bizarre. » Grommela-t-il, à l’identique d’il y a quelques minutes.

Bill sourit toujours aussi niaisement, et quitta la chambre en sautillant presque. Limite s’il ne chantonnait pas une chanson qui ressemblerait à « Georg et Gustav se sont embrassééééés » sur un air guilleret et entraînant.

Il rentra dans la chambre, le moins discrètement possible, et s’affala avec la délicatesse d’un éléphant –quasi mort- sur Tom après avoir enlevé son t-shirt tout en courant.

Ce dernier grogna de mécontentement et ouvrit les yeux au bout de quelques secondes à sentir Bill gesticuler sur lui.

« Bill tu fous quoi là ? »

Le brun s’installa à califourchon sur son double et posa ses mains bien à plat sur son torse.

« Il est 4h00 et quelques du matin, et Georg et Gustav viennent de s’embrasser ! » Dit-il sur un ton rieur. Il affichait un air enfantin et remua un peu sur les hanches de Tom.

« C’est trop cool. » Continua-t-il toujours aussi joyeux.

Tom commençait seulement à y voir clair et posa ses mains sur les hanches de son frère.

« Je ne vois pas en quoi mais…Si tu le dis, c’est trop cool. »Souffla-t-il sur un ton monotone.

Il contempla Bill, qui lui semblait d’ailleurs particulièrement bien réveillé pour cette heure avancée de la nuit, et sourit sans s’en rendre compte. Avec cette moue rieuse et ces yeux pétillants, il avait l’impression de voir Bill retomber en enfance. Et pourquoi déjà ? Parce que leurs deux amis s’étaient embrassés. Etrange.

« Juste, il est 4h00 comme tu m’as dit, et tu étais parti de la chambre ? Je suis si insupportable que ça ? » Il rigola furtivement et planta ses iris dans celles de Bill.

« Non, je me suis réveillé avec une affreuse migraine et c’est Georg qui a les médicaments … D’ailleurs j’ai encore super mal mais bon, ça va passer je crois… »

Tom sourit sincèrement, attendri par la mine embêtée de son frère. Bill se pencha près de son oreille et le dreadé réprima un frisson.

« Si Gustav a embrassé Georg juste parce qu’il avait envie, j’ai le droit de t’embrasser aussi. » Susurra-t-il le plus naturellement du monde.

Tom posa ses paumes sur les joues de son homologue et le fixa une seconde.

« T’es mon frère…

- Et alors ? »

Et alors ? Cela semblait pourtant évident pour Tom. Mais au fond, et alors ? Bill avait certainement raison à bien y penser. Tom s’accorda quelques minutes de réflexion. Bill était son frère, mais pas seulement. Ils passaient leur vie ensemble, se réveillaient ensemble, passaient la journée ensemble, exerçaient leur métier ensemble, et dormaient ensemble. Ils avaient instauré cette notion de tout partagé, et ils étaient les seuls à pouvoir choisir ou ce partage s’arrêtait. Tom contempla la moue innocente de Bill et décida rapidement qu’à cette vue, leur partage ne pouvait pas s’arrêter à une simple relation fraternelle. A bas la morale, qu’ils avaient en fait déjà oubliée, ils n’avaient de toutes façons aucun entourage pour les juger, ils étaient maîtres d’eux mêmes maintenant, et eux seuls pouvait décider de leur vie.

« Et alors rien, en fait… »

Il marqua une courte pause et Bill prit la parole à sa place.

« Je suis toi. » Souffla-t-il tout près de ses lèvres. Tom lâcha un soupir et sourit discrètement.

« Tu es moi.

- Et tu es moi aussi. »

Ils se détaillèrent un instant et semblaient réfléchir à leurs propos. Leur bouche se tordit et Tom reprit :

« Tu veux t’embrasser toi même ? » Il sourit dans sa phrase.

« Si moi c’est toi, alors oui, j’en ai très envie. » chuchota-t-il contre les lèvres de Tom.

Cette conversation semblait dénuée d’intérêt, et pourtant ils y attachaient de l’importance. Leurs yeux ne décrochaient pas de l’autre, et le torse nu de Tom soulevait Bill au moindre soupir. Ce dernier sentait distinctement le cœur de son frère battre contre lui, et posa en un instant ses lèvres finement dessinées sur celles de Tom.

Le temps sembla s’arrêter. N’en déplaise à Tom, la langue de Bill caressa son piercing au labret avant de s’insinuer dans sa bouche.

Bill était le frère de Tom, son jumeau, sa moitié et son double, son âme sœur, et encore toutes les autres choses qui s’assemblaient à la perfection avec d’autres. Ils étaient leur Tout, et en un baiser ils se mirent d’accord : « Tout » pouvait bien englober Amant.

Il fixa de nouveau son attention sur la langue de Bill jouant encore délicieusement dans sa bouche.

Ils mirent communément fin au baiser, à contre cœur, et l’androgyne roula doucement sur le côté, se calant contre le flan de son jumeau.

Ils se regardèrent les yeux pétillants et un sourire ne quittant pas leurs lèvres, et ils joignirent leurs mains dans une étreinte on ne peut plus chaleureuse.

« Tu sais que je t’aime plus que tout hein ? » Interrogea Bill, l’air presque hésitant.

Tom resserra son emprise sur lui et fit la moue.

« Ouais, je sais… Bien sûr que je sais. Et tu sais que c’est pareil pour moi… Putain t’es toute ma vie Bill.

- Tu me le promets ?

- Promis. »


[...]


« Bill ? »

Le concerné ne broncha pas.

« Bill … »

Il cilla un instant et se retourna.

« Debout Bill, on a des trucs à faire… »

L’androgyne ouvrit finalement un œil et se renfrogna sous ses couvertures.

« Genre un putain de concert à donner ? »

Un rictus se dessina sur le visage angélique de Tom et il posa sa main sur son épaule.

« Quelque chose comme ça ouais.

- Je suis fatigué. Je décrète que je suis en congé. »

Tom s’allongea aux côté de son frère qui se retourna pour lui faire face et il embrassa goulûment son épaule. Bill frissonna au délicieux contact de la bouche divine de Tom sur sa peau diaphane et il enfonça un peu plus sa tête dans l’oreiller.

« T’as pas le droit… Des fans sont devant la salle depuis des jours… » Souffla Tom joyeusement, sur le ton de la blague.

« M’en fous. Je suis un humain, et je suis un humain crevé. Elles ont jamais eu de migraines ces pucelles ? Je n’ai quasiment pas dormi de la nuit. » Dit-il la mâchoire serrée.

Tom le contempla et réfléchit à l’argument qui le ferait obligatoirement changer d’avis.

« Pas de concert, pas de fans. Pas de fans, pas de vie. Je doute que tu veuilles vivre dans la pauvreté, pour dormir dans des hôtels abjects, des draps sales… Ou même pire, retourné vivre chez maman…» Conclut-il, volant toujours au passage des baisers brûlants au brun.

Bill releva ses yeux noisette vers son frère.

« Ca change tout… »

Il ne se demanda pas comment sa passion avait pu être aussi… Détruite. Il ne réfléchit pas un instant à pourquoi c’était l’argent qui l’avait fait changer d’avis. Tout lui semblait purement élémentaire. Il ne sembla même pas nostalgique de l’époque où il se levait le matin, avec Tom, pour aller donner un concert devant 20 personnes, sans cachet, mais avec une passion dévorante pour la scène. Il aurait, à cette époque, tué pour voir des gens crier son nom, et admirer son travail. Aujourd’hui, tout lui semblait différent. Certains se réveillaient le matin pour aller au bureau, lui se réveillait le matin pour faire de la musique. Il gagnait son argent comme cela, et s’en contentait. De toute façon, tant qu’il avait Georg, Gustav, et surtout Tom, il se contentait de Tout.

Bill releva donc nonchalamment le drap de son corps rachitique et se dirigea vers la salle de bain.

Tom le contempla juste assez longtemps pour le trouver diaboliquement attirant puis se releva afin de rejoindre Georg et Gustav qui attendaient dans la chambre de ce dernier.

Il poussa la porte sans gêne et lança un vague « Salut » accompagné d’un signe de main. Lui non plus n’était pas particulièrement du matin.

« ‘Lut Tom. »

Le dreadé les regarda et la vision de Bill lui sautant dessus en criant comme un gamin lui revint en tête.

« Ho mais merde ! Vous avez un truc à me dire vous ! »

Georg roula des yeux et Gustav soupira. Tom enfonça ses mains dans les poches de son baggy, un brin déçu d’avoir provoqué des réactions si peu … enthousiastes.

« Vous connaissez Bill… Il sait être un véritable hystérique alors… Il m’a juste dit vite fait… Enfin…bref. » Bredouilla-t-il à l’attention de ses deux amis.

Georg étira ses lèvres discrètement et s’adressa à lui.

« Non mais c’est bon, t’inquiète. Ce fou, rigola-t-il en pointant Gustav du doigt, m’a embrassé. Rien de plus.

- Ouais. C’était bizarre.

- Gus’, t’es blasant. » Soupira Georg, en lui donnant une petite frappe sur l’épaule.

Bill entra dans la chambre, coiffé, maquillé, habillé, et toujours aussi beau, se surprit à penser Tom.

« Bonjour les amoureux. »

En réponse, il eut trois regards très distincts. Tom lui en adressa un gêné, Georg un rieur, et Gustav un totalement indifférent. Avait-il dit quelque chose de mal ?

« Quelle ambiance…

- Bill, t’es con.

- Merci Georg, depuis le temps qu’on se fréquente, tu aurais pu me le dire avant. » S’indigna-t-il, faussement offusqué.

Finalement, l’ambiance se détendit assez rapidement. Tout avait été clair, le baiser était juste un échange anodin, qui ne méritait pas d’être le centre d’attention.

Bill et Tom, par contre, s’était envoyés des regards entendus et un tantinet lubriques, lorsque l’événement avait été évoqué. Leur complicité semblait être sans limite, et leurs rapports apparaissaient clairement plus charnels.

Ils sortirent de la chambre d’un commun accord, et attendirent l’ascenseur patiemment. Les portes s’ouvrirent et une femme d’une trentaine d’années en tailleur stricte leur adressa un petit regard, attendant qu’ils pénètrent à leur tour dans la machine.

Les garçons se regardèrent une seconde avant de hocher la tête pour eux même. Ils pouvaient bien attendre le prochain. Les portes se refermèrent, laissant la femme seule.

« Elle nous aurait regardés, dévisagés, elle nous aurait peut être même posé des questions ! » Grommela Bill.

« Pire, elle nous aurait peut être demandé un autographe. » Ajouta Gustav, l’air absent.

Ils affichèrent tous une mine mi-dégoutée mi-dépitée et se postèrent devant la machine, prêts à attendre aussi longtemps que nécessaire un ascenseur vide, sans personne pour les disperser et les distraire.

Devant l’hôtel, le temps glacial les avait dissuadés de signer aux quelques fans kamikazes qui persistaient malgré la neige finement tombée.

Chacune d’elle afficha une mine triste, mais après tout, Bill Tom Georg & Gustav étaient des RockStar, ils n’avaient pas que cela à faire… L’indulgence des fans face à leur changement était touchante tant elle était démesurée. Ces filles qui ne juraient que par eux se contentaient de tout ce qu’ils faisaient, même lorsque que justement ils ne faisaient rien. Mais pour combien de temps pourraient-elles se voiler la face ainsi ?

Tout avait changé. Désormais ils étaient Quatre, et seulement Quatre.

Arrivés à la salle de concert, le refrain avait été le même. Ils avaient tracé tels des automates entre les couloirs, s’enfermant dans leur loge comme à leur habitude.

Au début, ils prétextaient un besoin de faire le point avant le show tous ensemble. Seulement ensemble. Puis, ce prétexte était devenu un réel besoin. Oui, ils vivaient au travers des autres, et ils ne pouvaient être calmes si d’autres personnes étaient présentes avec eux avant le show.

Ils s’échangeaient des regards tendus, une goutte de sueur perlant même le front de Bill, toujours angoissé à l’idée de décevoir un de ses amis.

Il devait être parfait, pour eux.

« Prêts ? » Questionna Georg, la tête baissée.

Il eut en réponse un vague « Toujours », lâché entre deux soupirs.

Tom s’efforçait de penser à l’après concert, quand il aurait accompli sa tâche pleinement, et quand il pourrait embrasser Bill tranquillement.

Ils sortirent de leur loge, ignorant tous les encouragements qu’ils entendaient.

« Putain, personne n’est foutu de comprendre que leurs encouragements nous foutent la trouille ? » Maugréa le chanteur pour lui même.

Il vit les lumières s’éteindre dans la salle, devant lui, et entendit une foule crier. Cependant, il réalisa en un clignement d’yeux qu’il avait changé. Il afficha un sourire sur son visage fin, et prit soudain du recul face à la situation.

Il était angoissé, il avait le traque, mais pas à cause des 20 000 personnes présentes devant lui, mais à cause de ses trois « frères ». Qu’est ce que cela pouvait bien lui faire qu’ils déçoivent ces quelques filles ? Leur avis ne pourrait qu’être positif de toutes les façons, il en était sûr. Elles vivaient pour eux, et savaient pertinemment que les « Tokio Hotel » allaient donner un show d’enfer.

Mais si Tom, Georg ou même Gustav s’avisait de lui faire comprendre que peut être, il aurait pu mieux faire, alors il ne s’en remettrait certainement pas. Toujours en quête de cette perfection, il se reconcentra, et entra sur scène. Prêt à en mettre plein la vue à ses musiciens. Il se l’était….

Promis.


[...]

_________________
Trust me, I'm the Doctor

http://theboggartinthewardrobe.tumblr.com/
http://acatintheusa.wordpress.com
http://chachouilletraductions.skyrock.com
Revenir en haut Aller en bas
http://www.chach-ouille.skyblog.com
Chachouille
Duchesse du Forum
avatar

Féminin
Nombre de messages : 5960
Age : 25
Localisation : Nancy :9
Date d'inscription : 23/10/2008

MessageSujet: Re: I wanna be a rockstar, de Sextonik   Dim 18 Juil - 20:47

Les semaines avaient passées, et les choses ne faisaient qu’empirer. Les shows devenaient simplement trop… Parfaits. Plus aucune place à l’improvisation, tout était réglé pour faire pleurer les fans à telle ou telle chanson, et le groupe en était plus que fier. Bill quant à lui savourait la perfection qu’il avait enfin atteinte sur scène. C’est avant les concerts, par contre, que le groupe était lassé de voir défiler ces fans, toutes plus exaspérantes de bonheur les unes que les autres.

Bill n’arrivait quasiment plus à camoufler ses bâillements à répétition et ses clignements d’yeux se rapprochaient dangereusement.

Gros coup de fatigue.

Il enserra la taille d’une fan, et s’efforça de sourire hypocritement face au flash qui crépitait une fois de plus.

La fan quitta le groupe, et Bill se retourna vers son frère.

« C’était la combientième ? La 100e au moins » –n’oublions pas ce sens de l’extrapolation- , se plaignit le brun à bout de nerfs.

« Il en reste à peu près autant Bill, d’ailleurs il y en a une qui attend là… » Souffla Tom, découragé lui aussi.

Ou était passé cet amour pour les fans ? Depuis quand étaient ils fatigués rien qu’en pensant aux Meet & Greet habituels des concerts ? Mais une fois de plus, la seule motivation semblait être l’argent, et un avenir tranquillement assuré.

Ils en prenaient conscience, mais ne voyaient pas vraiment, pour l’instant, où était le problème.

La dernière fan s’agrippa à Bill, qui n’arrivait même plus à sourire. Il croisa le regard de la jeune fille, il lui semblait profondément déçu. Comme s’il lui criait de sourire, au moins pour la photo. Bill n’en fût qu’énervé. Cette fille n’avait pas le droit de le faire douter, pas le droit de le faire culpabiliser, et encore moins le droit de juger sa façon d’être.

Il ne sourira pas sur cette photo. Une de plus pensa-t-il, sans réaliser que c’était l’acte manqué en trop.

Ils attrapèrent quelques cadeaux rapidement avant de quitter la salle froidement.

Tout avait changé. Désormais ils étaient Quatre, et seulement Quatre.

Rentrés à leur hôtel, les visages étaient pourtant rayonnants. Ils discutaient de tout, entre bons amis. David se rapprocha d’eux, et le silence se fit. Personne d’autre n’a le droit de partager leurs moments complices, c’était une des règles qui s’était fixé toute seule. Le manager leva les yeux au ciel et passa entre eux, ne manquant pas de soupirer.

Georg et Gustav rejoignirent leurs chambres respectives, et Bill et Tom la leur, s’affalant sur le lit d’un même mouvement sur le lit. Tout était parfaitement parfait. Tout leur semblait comme tel, en tout cas.

« Bill ? » Tom parla d’une voix claire, tout en câlinant affectueusement son jumeau.

« Moui ?

- Ten pense quoi de ce qu’il s’est passé la nuit dernière ? »

Bill releva des yeux rêveurs vers son jumeau.

« J’en pense que t’es le seul qui mérite mes baisers. Et que tu es le seul qui ait le droit de m’embrasser. Tu sais… Les autres…Les gens extérieurs à notre bulle… Ils n’y comprendraient rien. Ils ne te méritent pas, eux. » Expliqua l’androgyne.

Il ponctua sa phrase d’un baiser appuyé sur les lèvres de Tom et ajouta :

« Et toi ? T’en pense quoi ?

- Jen pense que c’est bien. Je t’aime, et je ne vois pas l’utilité de me poser plus de questions. » Conclut Tom, les pupilles déjà légèrement dilatées par le désir.

Un autre baiser, puis un autre, et un autre. Tous plus désireux du corps de l’autre. Pourquoi perdraient-ils du temps à se poser des questions alors qu’ils étaient tous les deux conscients et consentants ? Les conséquences de cet amour, c’est exactement ce qu’ils oubliaient, s’enfermant dans cette bulle de bonheur n’appartenant qu’à eux. . .

« Tu m’aimes ?

- Je t’ai toujours aimé que je sache. » Rétorqua le dreadé.

Et c’était vrai, ils s’étaient toujours aimés. Pourquoi chercher à savoir de quelle façon, tant que les sentiments étaient là.

« Je t’aime Bill.

- Moi aussi je suppose. » Songea le brun.

Ce n’était pas de la confusion, juste une évidence qui le frappait soudainement. Rien n’était normal, mais peu importe, ils s’aimaient, et à partir de là, tout devenait parfait. Bill réalisa la facilité avec laquelle il disait cela, la facilité avec la quelle il se laissait embrasser et répondait aux baisers délicieux de son amant. Rien ne clochait, il était juste sûr de tout ça, et sans se poser plus de questions, il embrassa encore et encore Tom, laissant vagabonder sa langue partout sur ses lèvres. Les mains de Tom étaient fermement accrochées aux pans du tee-shirt de Bill, alors que celles de ce dernier parcouraient son torse dans tous les sens possible. Parfois même sous son tee-shirt trop large.

Leur cœur battait certainement beaucoup trop vite, et leurs mains s’activaient probablement trop, mais sur le moment, rien ne comptait.

L’autre était là, la moitié était là. Leurs deux corps se mouvaient sensuellement ensemble, s’emboîtant parfaitement, ce qui leur semblait normal, vu qu’ils vivaient l’un pour l’autre.

La chaleur dans la pièce semblait ne pas vouloir s’arrêter de grimper, et les gémissements suggestifs de Tom n’arrangeaient en rien les choses.

Ils étaient extrêmement doux, savourant seulement la présence de l’autre. Leur souffle était court, et toujours dans cette optique de ne faire qu’un, de se compléter, ils se mêlaient, celui de Bill s’écrasant sur les lèvres de Tom et inversement.

Le brun embrassait tantôt la mâchoire de son jumeau, tantôt ses clavicules, juste chaque parcelle de peau qui se présentait à lui.

« Tom, tu sens bon. » En retour, le blond gémit au énième contact de la bouche de son jumeau sur sa peau brûlante. Bill semblait aussi submergé par les émotions et l’envie de dévorer le blond, mais son self control habituel lui permettait encore d’articuler les choses clairement. Contrairement à Tom qui semblait déjà loin.

« Toi au… » Il avait réunit tout l’esprit qu’il lui restait pour exprimer l’idée que Bill aussi sentait bon, mais le brun l’avait encore un peu –beaucoup- surpris et dérouté en se mettant à califourchon sur lui. Il faisait toujours cela, c’était une habitude qu’il avait prise, il s’installait à son aise sur les hanches de Tom, le plus naturellement du monde.

Mais la situation actuelle était un tantinet différente, et cette fois-ci le souffle de Tom se coupa.

Leurs baisers s’intensifiaient, de plus en plus mouillés, de plus en plus insistants…


[...]


« C’est quoi CA ? ! » Cracha David entre ses dents.

Le magasine claqua sur la table, et les quatre amis sursautèrent discrètement. Bill se pencha sur l’objet du délit et analysa la couverture en un coup d’œil.

Il s’y voyait, le bras encerclant la taille d’une fan l’air las, la mine déconfite voire même en colère.

Il se souvint de cette fan qui l’avait tant exaspéré avec son regard navré et déçu, et il fronça les sourcils à ce souvenir.

Il haussa ensuite les épaules nonchalamment et releva la tête vers David, qui ne l’avait pas lâché du regard.

« Ben c’est moi et une fan à un Meet & Greet tu vois bien… » Grommela-t-il à l’attention du manager, qui le trouvait bien trop détaché et détendu face à la situation.

David attrapa le magazine fermement, dans un mouvement brusque, et se massa l’arrête du nez de sa main libre. Il respira un grand coup et reprit :

« Je vois bien oui… » Grogna le manager.

Il relut la couverture pour lui même et annonça rageusement :

« ‘Bill Kaulitz, lassé par ses fans.’ Tu trouves ça normal, Bill ? ! »

ll aboyait plus qu’il ne parlait maintenant, et Bill semblait lui aussi décidé à s’énerver. Il secoua la tête, le regard dur.

« Ce n’est pas la première fois qu’on fait la une hein ! Puis cette fille m’avait vraiment saoulé ! » S’offusqua le chanteur.

Les trois amis assistaient à la scène sans ciller, leur regard se baladant successivement entre David, le magazine, Bill, David, puis le magazine, et Bill…

« Pardon ? Elle t’a ‘saoulé’ ? Mais on te demande juste de sourire ! » Hurla presque David.

Le brun se releva subitement, commençant à trouver David bien trop insistant, et s’apprêtait à rétorquer une remarque cinglante mais le regard qu’il reçut le glaça sur place. David le dévisageait, l’air d’abord haineux puis totalement abattu. Il se ravisa et se rassit promptement sur le modeste canapé du Tourbus, ne baissant cependant toujours pas les yeux.

Tom, Georg et Gustav ne participaient toujours pas, estimant que la situation concernait seulement l’androgyne.

David souffla, encore, et continua.

« Il se passe quoi les gars ? » A la réflexion, peut être qu’ils étaient tous concernés en fait.

Ils relevèrent donc tous le menton vers le manager, attendant que ce dernier implose une fois pour toutes. Bill n’avait pas perdu son air vexé, et il soupirait un peu trop.

« Je ne comprends plus… » Se plaignit d’abord David.

Il regarda tour à tour chaque membre du groupe et enchaîna.

« Vous rêviez d’être reconnus pour votre talent, d’être des RockStars. Et aujourd’hui, vous y êtes parvenus, et vous laissez tout filer à cause d’une attitude totalement inexplicable. »

Il marqua une pause, et observa Bill qui restait interdit, alors que Georg se triturait les doigts nerveusement. Tom semblait parfaitement absent, et Gustav écoutait simplement d’une oreille attentive.

« Dès que vous êtes tous les quatre, vous irradiez la joie ! Mais à partir du moment ou quelqu’un tente de vous parler, ou même juste de vous approcher, vous vous enfermez dans votre monde qui n’appartient qu’à vous. Vous devenez prostrés et ignorez tout le reste. Et aujourd’hui vous payez les pots cassés.. » Soupira-t-il, l’air presque embarrassé pour eux.

Georg fut le premier à baisser la tête aux dires de David, peut être car c’est celui qui en avait le plus pris conscience. Il s’était rendu compte de cette lassitude du monde extérieur, et ne s’en n’était pas plus soucier que cela. Jusqu’à cette nuit ou Gustav l’a embrassé sans raison apparente. Il avait bien essayé d’en parler aux autres, mais cela était voué à l’échec, ils avaient perdu tout sens commun. Gustav le gratifia d’un regard désolé, et baissa les yeux à son tour, se mettant à tortiller ses doigts lui aussi.

« Vous… Je ne sais pas, vous pensez que les gens sont tous là pour vous-

- Eloigner de notre but…Que l’on a déjà atteint… » Coupa Tom, qui avait enfin semblé faire de nouveau partie de la petite assemblée tassée autour de la table.

David hocha la tête, tristement.

Le dreadé eut à ce moment une pensée qui ne lui avait plus effleuré l’esprit depuis bien longtemps, il pensa à sa mère. Il se dit qu’elle, elle saurait quoi faire dans cette situation gênante. Comme lorsqu’ils se faisaient prendre étant petits, et qu’elle leur apprenait comment garder la tête haute sans être insolents. Il avait une furieuse envie de l’appeler, de lui demander conseil… Mais cela était impossible, ils avaient délibérément coupé les ponts avec leurs familles, il serait donc mal venu de s’en plaindre maintenant.

David laissa un court silence planer se lança dans de nouvelles explications.

« L’album ne marche pas du tout comme prévu. Et je suis prêt à parier que c’est à cause de cette attitude et tout ce qui va avec. Ca se voit que vous êtes lassés, et les fans ne sont pas idiotes. » Il appuya la fin de sa phrase en regardant Bill de manière accusatrice.

Le concerné soupira une centième fois et s’adressa à David calmement, une pointe d’anxiété dans la voix.

« Pas du tout marché comme prévu ?

- Disons qu’il a marché, mais pas comme prévu. »

David avait lâché l’information de manière posée, et Bill ne pouvait plus garder son calme. C’était une catastrophe, son manager venait presque de lui reprocher d’avoir fait couler le groupe, et tout le monde restait amorphe et parfaitement stoïque.

Il se releva et posa les mains sur la table, prenant un air mi-dramatique, mi-furieux.

« Et c’est de ma faute ? ! » S’enquit-il de demander.

« Je n’ai pas dis cela, Bill. J’ai dis que votre attitude à tous y était certainement pour quelque chose. Je vais vous laisser un peu seuls, on est arrivés à la salle, on se retrouve tout à l’heure. »

David fit volte face et quitta le bus d’un pas lourd.

Bill se laissa tomber sur le canapé, tiraillé entre le dépit et la rage.

Il se saisit du magazine qui traînait encore sur la table et relut encore et encore la couverture, détaillant son air blasé.

« Conneries. » Cracha-t-il, ulcéré.

Georg, Tom et Gustav quant à eux se regardaient penauds. Il fallait soulever le problème, et cette fois-ci, ce ne serait certainement pas Bill qui le ferait, renfrogné comme il l’était, enfoncé dans le canapé les bras croisés sur le torse.

« Bon, quand est ce qu’on a commencé à merder comme ça ? » Débuta Georg, la voix presque emplit de mélancolie.

Bill souleva un sourcil piercé et répondit avant que personne n’ait le temps.

« On n’a pas merdé… » Geignit-il. Il ne reçut aucune réponse, se faisant exactement ignoré par tout le monde, même Tom, pensa-t-il.

« Quand David nous a demandé d’aller à ce gala, et qu’on a Encore refusé… Ouais, là on commençait à aller loin. » Conclut Gustav, sur le ton de la discussion sérieuse. Très, sérieuse.

Bill soupira encore et ajouta, d’une voix lointaine.

« Ce Gala craignait obligatoirement. » Siffla-t-il entre ses dents. Il s’enfonça encore un peu plus dans le canapé.

« Et puis après… Après je crois que ça n’a fait qu’empirer. » Ajouta Gustav, les coudes posés sur la table.

Bill suivait la conversation attentivement, ajoutant à chaque fois un commentaire que tout le monde ignorait. Il faisait éperdument l’autruche, et était bien le seul à ne pas s’en rendre compte. Tom ne participait pas beaucoup, tiraillé entre l’envie d’acquiescer les dires de ses amis ou soutenir Bill, qui n’avait en somme pas totalement tort.

Plusieurs points étaient soulevés, exaspérant chacun un peu plus Bill. Il allait très certainement exploser, il attendait juste le bon moment, telle une bombe à retardement.

« On a certainement passé trop de temps ensemble. » Nota Gustav. C’est cette remarque que choisit Bill pour répondre sur un ton railleur.

« Mais on est payés pour passer du temps ensemble ! » Rit-il à moitié.

Gustav lâcha un grand soupir à son tour et se tourna rapidement vers l’androgyne qui le défiait misérablement du regard.

« Bill, on est payé pour faire de la musique ensemble, pas partagé chaque seconde de notre vie ! C’est bon pour personne je pense… » Dit le blond en tordant sa bouche de manière pensive.

Bill s’enquit de répondre, très fier de ses positions sur lesquelles il campait.

« Et je te signale que ‘faire de la musique’ c’est ma vie. »

Il aurait juré entendre les dents de Tom grincer, lui qui semblait se contenir depuis tout à l’heure. Pour la première fois depuis le début de la conversation, le blond se tourna vers son jumeau et le regarda profondément. Un regard que Bill était incapable d’interpréter, ce qui ne manqua pas de le troubler. Seul Tom pouvait certainement le faire réaliser qu’ils étaient allée trop loin, et que leurs attitude étaient en train de ruiner leur carrière. Il prit la parole posément, sous l’œil perplexe de Georg et Gustav.

« Si c’est ta vie Bill, alors tu es en train de totalement la foutre en l’air. Tu te voiles la face depuis le début de la conversation et tu le sais. On fait tous des erreurs, admet que notre comportement des derniers mois en était une, et le sujet sera bientôt clos. » Il ponctua sa phrase d’un petit geste amical envers son frère, qui était resté interdit devant la petite tirade de son jumeau.

Aucune réaction ne semblait vouloir se montrer, et Tom prit place juste à côté de lui, son bras lui serrant gentiment l’épaule. Il lui chuchota doucement.

« Bill… S’il te plait… » Il n’en fallut pas plus au brun pour attraper son jumeau dans une étroite étreinte.

« J’ai tout gâché… » Jura-t-il contre lui même. Il venait de se prendre toute la réalité en pleine face, et ce n’était vraiment, mais alors vraiment pas agréable.

Après ces mois d’ignorance, ils payaient leurs erreurs bien plus qu’ils ne le voulaient, et Bill sentit un énorme poids s’écraser au fond de son estomac. L’énorme poids de la culpabilité.

Il gémissait dans le coup de Tom, qui tentait de le rassurer tant bien que mal en caressant son dos de manière rassurante.

« C’est bon Bill, tu n’as…. tu n’as rien fait de mal okay ? On a tous été bornés, on va arranger ça… »

Il entortillait les mèches blondes de Bill entre ses doigts, et aurait juré l’entendre souffler de plaisir au moment ou il caressait juste les extrémités de son tee-shirt, effleurant sa peau nue.

Il releva la tête, le regard coupable vers Tom, et se retourna vers Georg et Gustav qui assistaient à la scène.

« On n’a pas merdé… » Grogna-t-il à la surprise de tous.

« J’ai merdé. Et je trouverai une solution de nous sortir de là… Ce n’est pas irrémédiable, et personne n’est mort… »

Il tentait de se persuader que cela n’était pas irrémédiable. Mais en voyant le nombre de fans devant leurs hôtels chuter, les ventes des albums dégringoler, il n’en était absolument pas sûr.

Ils se resserrèrent autour de la table, et se regardèrent froidement. Bill prit de nouveau la parole, en posant ses coudes sur les tables.

« Le réel problème, c’est qu’on est seuls pour se sortir de là maintenant…

- Terriblement seuls.

- Cruellement seuls.

- Totalement seuls. » conclut Tom, à la suite de ses deux amis.

Ils s’échangèrent un regard alarmé, et tournèrent la tête pour apercevoir les grilles devant la salle. Ils avaient espéré y voir des fans, attendant patiemment leur sortie, mais rien. Comme s’ils réalisaient soudain que tout s’était évaporé, d’un coup, alors que cela fait des mois que tout ceci se trame.

Ils prirent conscience de la situation, et Bill retourna s’affaler sur le canapé. Il frappa furieusement sur le premier coussin qui se présentait à lui, et laissait la panique l’envahir totalement. Ses yeux étaient totalement noirs, et des gouttes de sueur commençaient à perler son front.

Il ferma les yeux dans un éclair de lucidité et hurla.

« ON EST PUTAIN DE SEULS ! »


[...]


Les pages se sont noircis au fil du temps, des moments passés, des absences de joie répété. Je ne serais pas vous dire, si les fans se sont lassés de nous, de notre attitude, ou si c’est nous qui les avons éloignés. Ne pensant plus que markéting, que commercial, ne voyant en notre musique, plus un moyen de rendre les gens heureux, ou de faire passer un message qui nous tient à cœur, qui nous pend au tripes, mais plutôt un moyen de gagner de l’argent. Parce qu’au final, c’est certainement ça qui nous à tuer, cette envie d’avoir des sous, encore et toujours plus de sous. Parce que plus les stars sont riches, plus elles sont reconnues au pays du showbiz ! Mais pas dans le cœur de ses fans. Je pense, que le changement c’est fait au moment où nous avons compris, que les ventes explosaient lorsque les albums étaient en anglais, alors qu’elles étaient juste bonnes quand ils étaient en allemand. Et là, tout c’est enchainé, au début c’était une chanson en anglais dans un album, puis un album en anglais, puis une télévision allemand en anglais, puis des chansons anglaises pendant nos concerts en Allemagne, en France, en suisse, alors que l’on savait pertinemment, que l’allemand marchait bien dans ses pays, parce que c’est comme ça que tout à commencé, mais c’est également comme cela que tout a fini.

Aujourd’hui, nous avons 23 ans Tom & Moi, et tout à changé, on ne vit plus de nos tournées, ni de nos émissions télé, mais plutôt des quelques albums qui se vendent par an et des chanson passées à la radio, on ne vit également plus avec Georg & Gustav, on se voit, de temps en temps, quelques fois par mois, comme de simple amis, et plus comme avant, quand ils semblaient qu’ensemble nous pouvions réellement vivre. On a reprit tout du début, comme de simple apprenti, comme si Tokio Hotel n’avait jamais existé, on rêve au temps ou tout allait bien, en jouant pour nous, simplement pour nous deux. On ne vit pas avec maman, mais on l’a voit, parce qu’on lui a fait beaucoup de mal pendant ses années succès de Tokio Hotel, oui, on lui a fait énormément de mal. Notre sortie, notre fin, c’est fait naturellement, à la fin de notre tournée, avec notre dernière concert à Paris Bercy, après encore une multitudes de faux sourires, de fausses larmes et d’émotion caché, abimé, le dernier salut d’un public qui nous a tant aimé, et que nous avons aimé un certain temps, avant d’être dépassé par tout cela. C’était une fin écrite, comme le début de la haine de nos fans, de ses conspirations envers Tom et moi ou maman. Oui, notre fin était écrite depuis bien longtemps ; mais personne ne semblait vraiment s’en rendre compte, et encore moins nous quatre.

A jamais à vous nos fans qui nous avez tant donné, et à qui on a tant prit.

Bill Kaulitz.


Fin

Les semaines avaient passées, et les choses ne faisaient qu’empirer. Les shows devenaient simplement trop… Parfaits. Plus aucune place à l’improvisation, tout était réglé pour faire pleurer les fans à telle ou telle chanson, et le groupe en était plus que fier. Bill quant à lui savourait la perfection qu’il avait enfin atteinte sur scène. C’est avant les concerts, par contre, que le groupe était lassé de voir défiler ces fans, toutes plus exaspérantes de bonheur les unes que les autres.

Bill n’arrivait quasiment plus à camoufler ses bâillements à répétition et ses clignements d’yeux se rapprochaient dangereusement.

Gros coup de fatigue.

Il enserra la taille d’une fan, et s’efforça de sourire hypocritement face au flash qui crépitait une fois de plus.

La fan quitta le groupe, et Bill se retourna vers son frère.

« C’était la combientième ? La 100e au moins » –n’oublions pas ce sens de l’extrapolation- , se plaignit le brun à bout de nerfs.

« Il en reste à peu près autant Bill, d’ailleurs il y en a une qui attend là… » Souffla Tom, découragé lui aussi.

Ou était passé cet amour pour les fans ? Depuis quand étaient ils fatigués rien qu’en pensant aux Meet & Greet habituels des concerts ? Mais une fois de plus, la seule motivation semblait être l’argent, et un avenir tranquillement assuré.

Ils en prenaient conscience, mais ne voyaient pas vraiment, pour l’instant, où était le problème.

La dernière fan s’agrippa à Bill, qui n’arrivait même plus à sourire. Il croisa le regard de la jeune fille, il lui semblait profondément déçu. Comme s’il lui criait de sourire, au moins pour la photo. Bill n’en fût qu’énervé. Cette fille n’avait pas le droit de le faire douter, pas le droit de le faire culpabiliser, et encore moins le droit de juger sa façon d’être.

Il ne sourira pas sur cette photo. Une de plus pensa-t-il, sans réaliser que c’était l’acte manqué en trop.

Ils attrapèrent quelques cadeaux rapidement avant de quitter la salle froidement.

Tout avait changé. Désormais ils étaient Quatre, et seulement Quatre.

Rentrés à leur hôtel, les visages étaient pourtant rayonnants. Ils discutaient de tout, entre bons amis. David se rapprocha d’eux, et le silence se fit. Personne d’autre n’a le droit de partager leurs moments complices, c’était une des règles qui s’était fixé toute seule. Le manager leva les yeux au ciel et passa entre eux, ne manquant pas de soupirer.

Georg et Gustav rejoignirent leurs chambres respectives, et Bill et Tom la leur, s’affalant sur le lit d’un même mouvement sur le lit. Tout était parfaitement parfait. Tout leur semblait comme tel, en tout cas.

« Bill ? » Tom parla d’une voix claire, tout en câlinant affectueusement son jumeau.

« Moui ?

- Ten pense quoi de ce qu’il s’est passé la nuit dernière ? »

Bill releva des yeux rêveurs vers son jumeau.

« J’en pense que t’es le seul qui mérite mes baisers. Et que tu es le seul qui ait le droit de m’embrasser. Tu sais… Les autres…Les gens extérieurs à notre bulle… Ils n’y comprendraient rien. Ils ne te méritent pas, eux. » Expliqua l’androgyne.

Il ponctua sa phrase d’un baiser appuyé sur les lèvres de Tom et ajouta :

« Et toi ? T’en pense quoi ?

- Jen pense que c’est bien. Je t’aime, et je ne vois pas l’utilité de me poser plus de questions. » Conclut Tom, les pupilles déjà légèrement dilatées par le désir.

Un autre baiser, puis un autre, et un autre. Tous plus désireux du corps de l’autre. Pourquoi perdraient-ils du temps à se poser des questions alors qu’ils étaient tous les deux conscients et consentants ? Les conséquences de cet amour, c’est exactement ce qu’ils oubliaient, s’enfermant dans cette bulle de bonheur n’appartenant qu’à eux. . .

« Tu m’aimes ?

- Je t’ai toujours aimé que je sache. » Rétorqua le dreadé.

Et c’était vrai, ils s’étaient toujours aimés. Pourquoi chercher à savoir de quelle façon, tant que les sentiments étaient là.

« Je t’aime Bill.

- Moi aussi je suppose. » Songea le brun.

Ce n’était pas de la confusion, juste une évidence qui le frappait soudainement. Rien n’était normal, mais peu importe, ils s’aimaient, et à partir de là, tout devenait parfait. Bill réalisa la facilité avec laquelle il disait cela, la facilité avec la quelle il se laissait embrasser et répondait aux baisers délicieux de son amant. Rien ne clochait, il était juste sûr de tout ça, et sans se poser plus de questions, il embrassa encore et encore Tom, laissant vagabonder sa langue partout sur ses lèvres. Les mains de Tom étaient fermement accrochées aux pans du tee-shirt de Bill, alors que celles de ce dernier parcouraient son torse dans tous les sens possible. Parfois même sous son tee-shirt trop large.

Leur cœur battait certainement beaucoup trop vite, et leurs mains s’activaient probablement trop, mais sur le moment, rien ne comptait.

L’autre était là, la moitié était là. Leurs deux corps se mouvaient sensuellement ensemble, s’emboîtant parfaitement, ce qui leur semblait normal, vu qu’ils vivaient l’un pour l’autre.

La chaleur dans la pièce semblait ne pas vouloir s’arrêter de grimper, et les gémissements suggestifs de Tom n’arrangeaient en rien les choses.

Ils étaient extrêmement doux, savourant seulement la présence de l’autre. Leur souffle était court, et toujours dans cette optique de ne faire qu’un, de se compléter, ils se mêlaient, celui de Bill s’écrasant sur les lèvres de Tom et inversement.

Le brun embrassait tantôt la mâchoire de son jumeau, tantôt ses clavicules, juste chaque parcelle de peau qui se présentait à lui.

« Tom, tu sens bon. » En retour, le blond gémit au énième contact de la bouche de son jumeau sur sa peau brûlante. Bill semblait aussi submergé par les émotions et l’envie de dévorer le blond, mais son self control habituel lui permettait encore d’articuler les choses clairement. Contrairement à Tom qui semblait déjà loin.

« Toi au… » Il avait réunit tout l’esprit qu’il lui restait pour exprimer l’idée que Bill aussi sentait bon, mais le brun l’avait encore un peu –beaucoup- surpris et dérouté en se mettant à califourchon sur lui. Il faisait toujours cela, c’était une habitude qu’il avait prise, il s’installait à son aise sur les hanches de Tom, le plus naturellement du monde.

Mais la situation actuelle était un tantinet différente, et cette fois-ci le souffle de Tom se coupa.

Leurs baisers s’intensifiaient, de plus en plus mouillés, de plus en plus insistants…


[...]


« C’est quoi CA ? ! » Cracha David entre ses dents.

Le magasine claqua sur la table, et les quatre amis sursautèrent discrètement. Bill se pencha sur l’objet du délit et analysa la couverture en un coup d’œil.

Il s’y voyait, le bras encerclant la taille d’une fan l’air las, la mine déconfite voire même en colère.

Il se souvint de cette fan qui l’avait tant exaspéré avec son regard navré et déçu, et il fronça les sourcils à ce souvenir.

Il haussa ensuite les épaules nonchalamment et releva la tête vers David, qui ne l’avait pas lâché du regard.

« Ben c’est moi et une fan à un Meet & Greet tu vois bien… » Grommela-t-il à l’attention du manager, qui le trouvait bien trop détaché et détendu face à la situation.

David attrapa le magazine fermement, dans un mouvement brusque, et se massa l’arrête du nez de sa main libre. Il respira un grand coup et reprit :

« Je vois bien oui… » Grogna le manager.

Il relut la couverture pour lui même et annonça rageusement :

« ‘Bill Kaulitz, lassé par ses fans.’ Tu trouves ça normal, Bill ? ! »

ll aboyait plus qu’il ne parlait maintenant, et Bill semblait lui aussi décidé à s’énerver. Il secoua la tête, le regard dur.

« Ce n’est pas la première fois qu’on fait la une hein ! Puis cette fille m’avait vraiment saoulé ! » S’offusqua le chanteur.

Les trois amis assistaient à la scène sans ciller, leur regard se baladant successivement entre David, le magazine, Bill, David, puis le magazine, et Bill…

« Pardon ? Elle t’a ‘saoulé’ ? Mais on te demande juste de sourire ! » Hurla presque David.

Le brun se releva subitement, commençant à trouver David bien trop insistant, et s’apprêtait à rétorquer une remarque cinglante mais le regard qu’il reçut le glaça sur place. David le dévisageait, l’air d’abord haineux puis totalement abattu. Il se ravisa et se rassit promptement sur le modeste canapé du Tourbus, ne baissant cependant toujours pas les yeux.

Tom, Georg et Gustav ne participaient toujours pas, estimant que la situation concernait seulement l’androgyne.

David souffla, encore, et continua.

« Il se passe quoi les gars ? » A la réflexion, peut être qu’ils étaient tous concernés en fait.

Ils relevèrent donc tous le menton vers le manager, attendant que ce dernier implose une fois pour toutes. Bill n’avait pas perdu son air vexé, et il soupirait un peu trop.

« Je ne comprends plus… » Se plaignit d’abord David.

Il regarda tour à tour chaque membre du groupe et enchaîna.

« Vous rêviez d’être reconnus pour votre talent, d’être des RockStars. Et aujourd’hui, vous y êtes parvenus, et vous laissez tout filer à cause d’une attitude totalement inexplicable. »

Il marqua une pause, et observa Bill qui restait interdit, alors que Georg se triturait les doigts nerveusement. Tom semblait parfaitement absent, et Gustav écoutait simplement d’une oreille attentive.

« Dès que vous êtes tous les quatre, vous irradiez la joie ! Mais à partir du moment ou quelqu’un tente de vous parler, ou même juste de vous approcher, vous vous enfermez dans votre monde qui n’appartient qu’à vous. Vous devenez prostrés et ignorez tout le reste. Et aujourd’hui vous payez les pots cassés.. » Soupira-t-il, l’air presque embarrassé pour eux.

Georg fut le premier à baisser la tête aux dires de David, peut être car c’est celui qui en avait le plus pris conscience. Il s’était rendu compte de cette lassitude du monde extérieur, et ne s’en n’était pas plus soucier que cela. Jusqu’à cette nuit ou Gustav l’a embrassé sans raison apparente. Il avait bien essayé d’en parler aux autres, mais cela était voué à l’échec, ils avaient perdu tout sens commun. Gustav le gratifia d’un regard désolé, et baissa les yeux à son tour, se mettant à tortiller ses doigts lui aussi.

« Vous… Je ne sais pas, vous pensez que les gens sont tous là pour vous-

- Eloigner de notre but…Que l’on a déjà atteint… » Coupa Tom, qui avait enfin semblé faire de nouveau partie de la petite assemblée tassée autour de la table.

David hocha la tête, tristement.

Le dreadé eut à ce moment une pensée qui ne lui avait plus effleuré l’esprit depuis bien longtemps, il pensa à sa mère. Il se dit qu’elle, elle saurait quoi faire dans cette situation gênante. Comme lorsqu’ils se faisaient prendre étant petits, et qu’elle leur apprenait comment garder la tête haute sans être insolents. Il avait une furieuse envie de l’appeler, de lui demander conseil… Mais cela était impossible, ils avaient délibérément coupé les ponts avec leurs familles, il serait donc mal venu de s’en plaindre maintenant.

David laissa un court silence planer se lança dans de nouvelles explications.

« L’album ne marche pas du tout comme prévu. Et je suis prêt à parier que c’est à cause de cette attitude et tout ce qui va avec. Ca se voit que vous êtes lassés, et les fans ne sont pas idiotes. » Il appuya la fin de sa phrase en regardant Bill de manière accusatrice.

Le concerné soupira une centième fois et s’adressa à David calmement, une pointe d’anxiété dans la voix.

« Pas du tout marché comme prévu ?

- Disons qu’il a marché, mais pas comme prévu. »

David avait lâché l’information de manière posée, et Bill ne pouvait plus garder son calme. C’était une catastrophe, son manager venait presque de lui reprocher d’avoir fait couler le groupe, et tout le monde restait amorphe et parfaitement stoïque.

Il se releva et posa les mains sur la table, prenant un air mi-dramatique, mi-furieux.

« Et c’est de ma faute ? ! » S’enquit-il de demander.

« Je n’ai pas dis cela, Bill. J’ai dis que votre attitude à tous y était certainement pour quelque chose. Je vais vous laisser un peu seuls, on est arrivés à la salle, on se retrouve tout à l’heure. »

David fit volte face et quitta le bus d’un pas lourd.

Bill se laissa tomber sur le canapé, tiraillé entre le dépit et la rage.

Il se saisit du magazine qui traînait encore sur la table et relut encore et encore la couverture, détaillant son air blasé.

« Conneries. » Cracha-t-il, ulcéré.

Georg, Tom et Gustav quant à eux se regardaient penauds. Il fallait soulever le problème, et cette fois-ci, ce ne serait certainement pas Bill qui le ferait, renfrogné comme il l’était, enfoncé dans le canapé les bras croisés sur le torse.

« Bon, quand est ce qu’on a commencé à merder comme ça ? » Débuta Georg, la voix presque emplit de mélancolie.

Bill souleva un sourcil piercé et répondit avant que personne n’ait le temps.

« On n’a pas merdé… » Geignit-il. Il ne reçut aucune réponse, se faisant exactement ignoré par tout le monde, même Tom, pensa-t-il.

« Quand David nous a demandé d’aller à ce gala, et qu’on a Encore refusé… Ouais, là on commençait à aller loin. » Conclut Gustav, sur le ton de la discussion sérieuse. Très, sérieuse.

Bill soupira encore et ajouta, d’une voix lointaine.

« Ce Gala craignait obligatoirement. » Siffla-t-il entre ses dents. Il s’enfonça encore un peu plus dans le canapé.

« Et puis après… Après je crois que ça n’a fait qu’empirer. » Ajouta Gustav, les coudes posés sur la table.

Bill suivait la conversation attentivement, ajoutant à chaque fois un commentaire que tout le monde ignorait. Il faisait éperdument l’autruche, et était bien le seul à ne pas s’en rendre compte. Tom ne participait pas beaucoup, tiraillé entre l’envie d’acquiescer les dires de ses amis ou soutenir Bill, qui n’avait en somme pas totalement tort.

Plusieurs points étaient soulevés, exaspérant chacun un peu plus Bill. Il allait très certainement exploser, il attendait juste le bon moment, telle une bombe à retardement.

« On a certainement passé trop de temps ensemble. » Nota Gustav. C’est cette remarque que choisit Bill pour répondre sur un ton railleur.

« Mais on est payés pour passer du temps ensemble ! » Rit-il à moitié.

Gustav lâcha un grand soupir à son tour et se tourna rapidement vers l’androgyne qui le défiait misérablement du regard.

« Bill, on est payé pour faire de la musique ensemble, pas partagé chaque seconde de notre vie ! C’est bon pour personne je pense… » Dit le blond en tordant sa bouche de manière pensive.

Bill s’enquit de répondre, très fier de ses positions sur lesquelles il campait.

« Et je te signale que ‘faire de la musique’ c’est ma vie. »

Il aurait juré entendre les dents de Tom grincer, lui qui semblait se contenir depuis tout à l’heure. Pour la première fois depuis le début de la conversation, le blond se tourna vers son jumeau et le regarda profondément. Un regard que Bill était incapable d’interpréter, ce qui ne manqua pas de le troubler. Seul Tom pouvait certainement le faire réaliser qu’ils étaient allée trop loin, et que leurs attitude étaient en train de ruiner leur carrière. Il prit la parole posément, sous l’œil perplexe de Georg et Gustav.

« Si c’est ta vie Bill, alors tu es en train de totalement la foutre en l’air. Tu te voiles la face depuis le début de la conversation et tu le sais. On fait tous des erreurs, admet que notre comportement des derniers mois en était une, et le sujet sera bientôt clos. » Il ponctua sa phrase d’un petit geste amical envers son frère, qui était resté interdit devant la petite tirade de son jumeau.

Aucune réaction ne semblait vouloir se montrer, et Tom prit place juste à côté de lui, son bras lui serrant gentiment l’épaule. Il lui chuchota doucement.

« Bill… S’il te plait… » Il n’en fallut pas plus au brun pour attraper son jumeau dans une étroite étreinte.

« J’ai tout gâché… » Jura-t-il contre lui même. Il venait de se prendre toute la réalité en pleine face, et ce n’était vraiment, mais alors vraiment pas agréable.

Après ces mois d’ignorance, ils payaient leurs erreurs bien plus qu’ils ne le voulaient, et Bill sentit un énorme poids s’écraser au fond de son estomac. L’énorme poids de la culpabilité.

Il gémissait dans le coup de Tom, qui tentait de le rassurer tant bien que mal en caressant son dos de manière rassurante.

« C’est bon Bill, tu n’as…. tu n’as rien fait de mal okay ? On a tous été bornés, on va arranger ça… »

Il entortillait les mèches blondes de Bill entre ses doigts, et aurait juré l’entendre souffler de plaisir au moment ou il caressait juste les extrémités de son tee-shirt, effleurant sa peau nue.

Il releva la tête, le regard coupable vers Tom, et se retourna vers Georg et Gustav qui assistaient à la scène.

« On n’a pas merdé… » Grogna-t-il à la surprise de tous.

« J’ai merdé. Et je trouverai une solution de nous sortir de là… Ce n’est pas irrémédiable, et personne n’est mort… »

Il tentait de se persuader que cela n’était pas irrémédiable. Mais en voyant le nombre de fans devant leurs hôtels chuter, les ventes des albums dégringoler, il n’en était absolument pas sûr.

Ils se resserrèrent autour de la table, et se regardèrent froidement. Bill prit de nouveau la parole, en posant ses coudes sur les tables.

« Le réel problème, c’est qu’on est seuls pour se sortir de là maintenant…

- Terriblement seuls.

- Cruellement seuls.

- Totalement seuls. » conclut Tom, à la suite de ses deux amis.

Ils s’échangèrent un regard alarmé, et tournèrent la tête pour apercevoir les grilles devant la salle. Ils avaient espéré y voir des fans, attendant patiemment leur sortie, mais rien. Comme s’ils réalisaient soudain que tout s’était évaporé, d’un coup, alors que cela fait des mois que tout ceci se trame.

Ils prirent conscience de la situation, et Bill retourna s’affaler sur le canapé. Il frappa furieusement sur le premier coussin qui se présentait à lui, et laissait la panique l’envahir totalement. Ses yeux étaient totalement noirs, et des gouttes de sueur commençaient à perler son front.

Il ferma les yeux dans un éclair de lucidité et hurla.

« ON EST PUTAIN DE SEULS ! »


[...]


Les pages se sont noircis au fil du temps, des moments passés, des absences de joie répété. Je ne serais pas vous dire, si les fans se sont lassés de nous, de notre attitude, ou si c’est nous qui les avons éloignés. Ne pensant plus que markéting, que commercial, ne voyant en notre musique, plus un moyen de rendre les gens heureux, ou de faire passer un message qui nous tient à cœur, qui nous pend au tripes, mais plutôt un moyen de gagner de l’argent. Parce qu’au final, c’est certainement ça qui nous à tuer, cette envie d’avoir des sous, encore et toujours plus de sous. Parce que plus les stars sont riches, plus elles sont reconnues au pays du showbiz ! Mais pas dans le cœur de ses fans. Je pense, que le changement c’est fait au moment où nous avons compris, que les ventes explosaient lorsque les albums étaient en anglais, alors qu’elles étaient juste bonnes quand ils étaient en allemand. Et là, tout c’est enchainé, au début c’était une chanson en anglais dans un album, puis un album en anglais, puis une télévision allemand en anglais, puis des chansons anglaises pendant nos concerts en Allemagne, en France, en suisse, alors que l’on savait pertinemment, que l’allemand marchait bien dans ses pays, parce que c’est comme ça que tout à commencé, mais c’est également comme cela que tout a fini.

Aujourd’hui, nous avons 23 ans Tom & Moi, et tout à changé, on ne vit plus de nos tournées, ni de nos émissions télé, mais plutôt des quelques albums qui se vendent par an et des chanson passées à la radio, on ne vit également plus avec Georg & Gustav, on se voit, de temps en temps, quelques fois par mois, comme de simple amis, et plus comme avant, quand ils semblaient qu’ensemble nous pouvions réellement vivre. On a reprit tout du début, comme de simple apprenti, comme si Tokio Hotel n’avait jamais existé, on rêve au temps ou tout allait bien, en jouant pour nous, simplement pour nous deux. On ne vit pas avec maman, mais on l’a voit, parce qu’on lui a fait beaucoup de mal pendant ses années succès de Tokio Hotel, oui, on lui a fait énormément de mal. Notre sortie, notre fin, c’est fait naturellement, à la fin de notre tournée, avec notre dernière concert à Paris Bercy, après encore une multitudes de faux sourires, de fausses larmes et d’émotion caché, abimé, le dernier salut d’un public qui nous a tant aimé, et que nous avons aimé un certain temps, avant d’être dépassé par tout cela. C’était une fin écrite, comme le début de la haine de nos fans, de ses conspirations envers Tom et moi ou maman. Oui, notre fin était écrite depuis bien longtemps ; mais personne ne semblait vraiment s’en rendre compte, et encore moins nous quatre.

A jamais à vous nos fans qui nous avez tant donné, et à qui on a tant prit.

Bill Kaulitz.


Fin

Demande de Clarinett
Spoiler:
 

_________________
Trust me, I'm the Doctor

http://theboggartinthewardrobe.tumblr.com/
http://acatintheusa.wordpress.com
http://chachouilletraductions.skyrock.com


Dernière édition par Chachouille le Ven 6 Aoû - 19:56, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://www.chach-ouille.skyblog.com
Clarinett
Icone du forum
avatar

Féminin
Nombre de messages : 2495
Age : 24
Date d'inscription : 20/11/2008

MessageSujet: Re: I wanna be a rockstar, de Sextonik   Lun 26 Juil - 0:35

C'était trop ma demaaaaaaaaande !

Et j'ai trop aimé **

Enfin, en fait, j'm'attendais pas du tout, du tout à ça :'O
J'm'attendais pas à une fin, enfin un split du groupe, et j'm'attendais pas à ce qu'ils prennent conscience du truc, et qu'ils essayent de sauver le bateau quoi.
Mais en fait, ça colle bien, et ci biiiien **

C'est biiiiien triiiisste, c'est biiiien badant, citait.... merciiii **
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: I wanna be a rockstar, de Sextonik   

Revenir en haut Aller en bas
 
I wanna be a rockstar, de Sextonik
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» With such confusions don’t it make you wanna scream
» I wanna shout
» Wanna Be Startin' Somethin' 2008
» Why You Wanna Trip On Me?
» Chuck jackson - I wanna give you some love 1980 EMI america

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Between The Lines :: Campeuses de l'Humanoid City Tour-
Sauter vers: