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 Coup de foudre au soleil, de Lou

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Chachouille
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MessageSujet: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 15:24

Coup de foudre au soleil,
par Lou

« Allez quinze minutes de pause, vous l'avez bien mérité ! »

Bill soupire et balance sa ceinture à outils dans la grande caisse à ses pieds. Pourquoi ces machins doivent-ils être si lourds ? Son corps n'a certainement pas été conçu pour supporter de telles charges. Ses pauvres hanches vont sûrement se creuser sous le poids de cette horrible ceinture jaune foncée, et tous les efforts qu'il a fait pour obtenir ses si jolies courbes n'auront servi à rien.
Il soupire et éponge son front avec son avant-bras. Il fait un soleil de plomb, et il n'y a pas un seul nuage dans le ciel bleu. Il n'y a pas de vent non plus d'ailleurs. D'habitude, Bill raffole de ce temps, mais aujourd'hui, alors qu'il sue à grosses gouttes et qu'il n'a pas mis de crème solaire avant de s'exposer aux rayons ultraviolets, il l'aime un peu moins. Sacré mois de juin.

Bill a dix-huit ans. Il est grand et brun. Il aime les vêtements près du corps... - bien qu'en porter en cette saison soit du suicide – ainsi qu'écouter les effusions de voix au loin en fermant les yeux. Il a toujours aimé écouter les autres. Une chanson, un mot. La voix de quelqu'un peut se révéler fascinante, quand on l'écoute les yeux fermés, sans se préoccuper de l'aspect physique. Et aussi se maquiller, les yeux surtout. Bill adore l'ombre à paupières.
Ancien étudiant en droit, il a abandonné sa licence au bout du premier semestre. Les cours sur le système politique du Guatemala ou autres du genre, non vraiment, ce n'est pas pour lui.

Que fait donc un jeune homme de son âge sous un tel soleil à cogner comme un damné avec un marteau ? Il monte un stand. En réalité, il monte un stand sur l'hippodrome de Longchamps, à Paris. Là où se tient annuellement le festival Solidays. Il s'est laissé entraîner par une de ses anciennes camarades de classe. Il fait donc partie de l'équipe d'organisation et se retrouve avec les tâches les plus ingrates qu'il puisse exister. Mais le chèque qu'il recevra à la fin en vaut la peine. Rien de bien mirobolant, mais assez pour passer de bonnes soirées avec ses copains cet été.
Le festival commence demain soir, et les esprits sont en ébullition. Il faut finir de monter chaque stand : celui de la Croix rouge, celui des objets perdus, et tout un tas d'autres dont le brun ne se souvient même plus. A force d'enfoncer des clous et de manier le bois, il a récolté plusieurs échardes dans les mains, et n'a qu'une seule envie : se saisir de sa pince à épiler et d'ôter de sa peau les intruses.
Il faut aussi mettre en place les barrières du concert du soir, et passer chez l'imprimeur récupérer les tracts des différents groupes à distribuer sur place ainsi que les plans du terrain. Bref, tout un tas de choses plus fatigantes les unes que les autres.

Si Bill monte les stands ce jour, le lendemain on lui trouvera autre chose à faire. Mais pour le moment, c'est avec son marteau qu'il a passé le plus clair de son temps.

Il s'approche de la grande tente blanche plantée à l'écart du champ de bataille, où sont gardées au frais les boissons et friandises. Il s'assoit sur un banc et se cache la tête dans les bras. Pourquoi n'y a-t-il que vingt-quatre heures dans une journée, et pourquoi n'est-il pas plus résistant ?

« Bah alors Bill on fatigue ? »

Il maudit la voix qui a prononcé cette phrase. Il grogne en agitant la main. Mais cela ne semble pas effrayer la personne qui s'approche encore un peu de son oreille.

« Ca va pas ? Tu veux à boire ? »

Bill sourit et relève la tête cette fois, se trouvant nez à nez avec la responsable de tous ses malheurs : une vietnamienne du nom de Tu Anh. Bill a du mal avec les filles. En cours, il avait un mal fou à s'entendre avec elles, encore moins à supporter leurs tentatives de drague. Mais avec elle, le courant passe inexplicablement bien.
« Non t'inquiète. Il fait juste... trop chaud... » geint-il misérablement avant de balancer sa tête en arrière. Il a les cheveux longs, et assez épais qui plus est. L'idéal pour l'été, si on veut mourir à la moindre poussée de température.

« Tiens ! » dit la petite brune avec compassion en lui tendant une bouteille de Sprite.

Bill se redresse et s'empare de la boisson, avant d'en boire la moitié avec soulagement. C'est le péché mignon de Bill ça, le Sprite. Et les schtroumpfs aussi.

« Merci. » soupire-t-il en refermant la bouteille.

Il caresse son nez, et elle se dégage en riant. Il n'y a aucune gêne entre eux. Elle est au courant depuis bien des années de son orientation sexuelle, et essaie par tous les moyens de lui trouver un copain pour l'été.

« On y retourne ? »

On sent dans la voix de la jeune fille que la motivation n'est pas au rendez-vous non plus. Bill regarde sa montre. La pause est terminée, il faut se remettre au travail.

« Allez... c'est fini ce soir y a plus grand-chose à faire ! »

On se motive comme on peut hein ? Bill ferme les yeux et se lève, prenant difficilement appui sur ses mains endolories. Ces vilaines échardes attendront, tant pis. Il pense aussi à ses pieds, baignant dans le lac d'à côté une fois le travail achevé. Et cette pensée étire ses lèvres dans un sourire rêveur. Plus que quelques petites heures, et il pourra enfin se reposer.

[...]

La queue s'entasse à partir de l'entrée, jusqu'à plusieurs centaines de mètres. Les préparatifs sont terminés depuis deux bonnes heures, mais déjà toutes les équipes sont assignées à de nouvelles tâches. Bill se retrouve ainsi chargé de fouiller les sacs des premiers arrivants. Enfin, il les fouillera jusqu'à la fin de la soirée. Le festival commence demain, mais le camping ouvre la veille. Il jette un rapide coup d’œil à sa montre, le signal ne devrait pas tarder...

Son talkie grésille, c'est bon. Les premiers visiteurs entrent. On en voit de toutes sortes, et Bill rit en voyant arriver devant lui un petit Chinois avec une crête sur la tête. Il songe que cette coiffure lui irait bien. Il range dans un coin de son esprit cette idée, ses longs cheveux commençant à vraiment l'ennuyer.
Les visiteurs tendent leurs billets, ouvrent leurs sacs. Du moins leurs sacs à dos, parce que fouiller un duvet convenablement plié n'est pas du tout dans l'ordre des choses pour Bill. Le brun tâte le fond et les laisse passer en leur souhaitant de bien s'amuser. Il répète ses gestes mécaniquement et se perd vite dans le compte qu'il a entrepris au premier participant.

Un peu plus loin, un groupe de cinq adolescents chahutent joyeusement. Un d'entre eux porte un étui à guitare à l'épaule, et tente par tous les moyens d'empêcher les autres de s'en emparer. Ils ont décidé de passer les trois jours sur place, même s'ils n'habitent qu'à quelques stations de métro de là. C'est toujours plus sympa de pouvoir dormir à la belle étoile avec ses copains, plutôt que de rentrer sagement à l'heure chez soi non ?

« Allez Tom, laisse-nous la voir ! »

Ledit Tom éclate de rire, ses tresses noires s'entrechoquant contre ses épaules. Il serre son bien contre lui et réplique :
« Vous la verrez ce soir, si on a le temps. C'est qu'une guitare les mecs arrêtez ! Si quelqu'un ose y toucher pendant la journée, il aura affaire à moi. »

Son ton est menaçant, et ses yeux lancent des éclairs. Enfin, métaphoriquement parlant bien entendu. Si les yeux pouvaient vraiment lancer des éclairs, la planète ne serait pas en grave cas de surpopulation...

« Au lieu de faire le malin, prépare-toi. On arrive aux fouilles. »

Tom tire la langue à son ami, et se retourne pour poser ses affaires sur la table. Ses yeux tombent sur la silhouette élancée de Bill en face de lui. Ses pupilles refusent de se détacher de ce jeune homme qui ne lui accorde pas encore un regard. Il a soudain très chaud, et il sait que ce n'est pas dû à la chaleur.
Il observe les mains gracieuses fouiller ses affaires. Le brun lui tend ses sacs et lui sourit :

« Et la guitare ? »

Tom sent un énorme frisson remonter tout le long de sa colonne vertébrale. Vague de fraîcheur dans cet océan de chaleur. Il n'a connu cette sensation que deux fois dans sa vie. Il avait presque oublié ce qu'on ressentait quand une voix nous envoûtait dès le premier mot.

« Hm... elle est fragile. Je préfère ne pas l'exposer au soleil. »

Bill hoche la tête. Il capte les regards déçus de ses compagnons, et devine qu'il veut certainement la leur cacher.

« Jolie pirouette. Passez un bon séjour ! »

Il lui adresse un sourire éclatant et se retient de rire face à son air surpris. Tom ne comprend pas bien la remarque du jeune mais se reprend rapidement.

« Tom. » complète-t-il en récupérant son sac. « A toi aussi, j'espère qu'on se reverra. »

Bill se retient d'ouvrir la bouche de surprise. Tom esquisse un rictus et le dépasse. Il va se poster quelques mètres plus loin et attend ses amis. Il en profite pour laisser ses yeux détailler le brun correctement. Il est complètement sous le charme. C'est peut-être un peu étrange, mais il ne peut détacher son regard de ses hanches fines ou de ses mains. Il ne se rappelle presque plus de la couleur de ses yeux, ni des traits de son visage. Tout est soudain embrouillé dans son esprit et il pose la main sur sa tête. Elle n'est pas trop chaud pourtant.

« Tom ? Tom ? Julien, je crois qu'on l'a perdu là. »
« Gabriel mon pote, je crois que tu as raison. Et quelque chose me dit que le brun là-bas y est pour quelque chose... »

Perdu dans sa contemplation, Tom n'a même pas remarqué que deux de ses amis l'ont rejoint. Gabriel, le rouquin apparemment perspicace, agite une main devant les yeux marron désespérément accrochés au corps de Bill.

« Hein ? » se ressaisit Tom.

Les deux complices éclatent de rire.

« Rien rien. On va attendre que Ben et Marco aient fini pour te harceler. »

Tom ne comprend pas tout. Il secoue la tête et marche doucement vers la grande table sur sa gauche.
Il dévisage la jeune fille assise un soda à la main et lui lance un sourire mal assuré.

« Excuse-moi, le camping c'est par où ? »

Elle délaisse sa boisson et se lève. Elle attrape un bout de papier et lui répond amicalement :

« Tiens voilà le plan du terrain. Le camping est sur ta droite, environ à cent mètres. »
« Merci. Dis, je peux te poser une question ? »
« Oui bien sûr. »

Sa voix le met en confiance, mais il hésite à se lancer. Il n'a jamais vraiment fait ce genre de choses (enfin c'est ce qu'il essaie de lui faire croire), et il redoute un peu sa réaction. Mais après tout, il n'est là que pour trois jours, alors autant tenter le tout pour le tout.

« Le brun à l'entrée là, avec les cheveux longs, tu connais son prénom ? »

La jeune fille comprend tout de suite de qui il parle, et réprime un sourire. Elle a peut-être enfin trouvé quelqu'un qui fera l'affaire pour son ami. Des idées lui viennent à l'esprit à une vitesse vertigineuse. Comment s'y prendre pour... et aussi comment faire ça... Oh oui, c'est vraiment parfait.

« Je savais bien que tu le matais tout à l'heure... »

Tom rougit. Il s'est fait démasquer. Il amorce un demi-tour pour rejoindre ses amis. Il est un peu déçu de repartir bredouille, mais tant pis, au moins il a essayé.

« Il s'appelle Bill. Pourquoi ? »

Le tressé pivote à nouveau et sourit timidement.

« Comme ça, il avait l'air sympa alors j'me suis dit... Ouais bon il est super canon, t'es contente ? »

La brunette sourit.

« Oui très. Alors comme ça, il est canon hein ? »

Au moment où Tom s'apprête à répondre, Julien s'approche et le saisit par l'épaule.

« C'est pas qu'on s'impatiente, mais on aimerait bien pouvoir poser nos affaires et planter nos tentes ! Bonjour vous. »

Il adresse un signe de la tête à la jeune fille qui rougit légèrement. Tom se racle la gorge. Dommage, il aurait bien aimé continuer cette conversation.

« Oui oui on y va c'est bon. Merci pour les renseignements en tout cas... »

Ils se sourient.

« Je t'en prie. Et si t'as besoin de quoique ce soit, demande Tu Anh ! »

Tom sourit plus fort alors qu'ils rejoignent les autres. Julien le tient toujours par l'épaule, et il sent soudain ses doigts glisser sous la sangle de son étui. Il se dégage vivement en éclatant de rire.

« Vire tes mains de là putain ! Au fait, c'était quoi ça avec la fille ? »
« De quoi tu parles voyons ? »
« Oui Tom de quoi tu parles ? »

Les cinq amis se défient tous du regard.

« Je propose qu'on aille monter nos tentes, conseil de guerre juste après ? »

Tout le monde approuve et le petit groupe se met en marche. Ils se connaissent tous depuis le collège, et ne se sont jamais séparés. Ils forment une joyeuse bande d'amis, où personne n'a jamais pu entrer et dont personne n'est jamais sorti non plus. Quand ils étaient plus jeunes et que l'un d'eux avait un souci, ils se réunissaient et discutaient longuement afin de trouver une solution au problème. En jeunes aventuriers de treize ans, ils avaient appelé ces réunions « le conseil de guerre », et le nom était finalement resté.

Ils parlent distraitement tout en marchant et arrivent enfin à l'endroit indiqué par Tu Anh. Ils laissent tomber leurs sacs dans l'herbe et s’assoient un instant. Ils ont bien mérité un peu de repos. Après tout, ils s'apprêtent à monter trois tentes sous un soleil de plomb.
Tom s'allonge et garde le poing serré autour de la sangle de son étui à guitare. Personne ne verra sa petite merveille avant ce soir. Il la couve du regard. Sa toute nouvelle Gibson acoustique est fabuleuse, et il a simplement envie de la garder pour lui quelques heures encore. On peut dire que Tom est sentimental, en ce qui concerne la musique du moins.
Ce n'est pas ce que son apparence physique laisse penser pourtant. Nombreux sont ceux qui se sont lourdement trompés sur son compte, s'arrêtant à ses vêtements trop larges et à son air dur. Si Tom a l'air d'un gangster des rues, il en est le parfait opposé. Comme tous les garçons de vingt-deux ans (ou bien avant), il aime sortir, faire la fête, boire, coucher. Cela ne fait pas de lui pour autant un bourreau des cœurs, ni un truand.
Gabriel se lève et s'empare de son sac avant de l'ouvrir et de le vider sur l'herbe.

« Allez au travail ! Je veux savoir ce que Tom mijote... »
« La ferme Gabi. » grogne le concerné avant de se lever à son tour.

Toute la troupe finit par se lever et les tentes sont montées une petite demi-heure plus tard. Les cinq compagnons s'écroulent au sol, en nage. Tom fouille son sac et en sort une bouteille d'eau.

« Ca fait du bien... » soupire-t-il en buvant à grosses gorgées.

Les autres lui arrachent la bouteille des mains et la vident en un rien de temps. Une fois tout le monde désaltéré, ils s’assoient en tailleur. Le silence se fait. Leurs regards sont braqués sur le tressé qui a le plus grand mal du monde à ne pas lever les yeux au ciel.

« Quoi encore ? »

Son ton est grognon. Il sait qu'il est sur le point de subir un interrogatoire et il n'aime pas ça. Il s'attend presque à voir Marco sortir sa lampe torche de sa poche pour la lui braquer dans la figure, comme dans ces séries policières américaines. Il n'a pas envie qu'on le questionne. Ses amis ne peuvent-ils pas s'occuper de leurs affaires pour une fois ?

Bien sûr que non, ce ne serait pas des amis sinon.
« Comment ça quoi encore ? Tu t'fous de nous ? Tu crois qu'on t'a pas vu tout à l'heure en train de mater le mec de l'entrée ? » s'exclame Julien.
« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. » affirme Tom.

Voilà, tout nier en bloc. Parfait comme solution non ? Il déchante vite quand Ben revient à l'attaque.

« Mais bien sûr ! Et ton petit sourire en coin quand il t'a fouillé et quand tu lui as dit que tu t'appelais Tom... C'était rien peut-être ? »

Tandis que les quatre autres éclatent de rire, Tom laisse échapper un sourire contre sa volonté.

« Okay. Démasqué. Mais vous l'avez vu un peu ? »
« Nous non, puisque laisse-nous te le rappeler, nous ne sommes pas intéressés par les mecs... mais à en croire ton air niais, toi tu l'as vu. Et bien même. »

Cette dernière phrase de Julien fait éclater de rire le petit groupe au complet. Tom arrache un brin d'herbe et caresse sa lèvre avec, attendant la suite.

« Et donc, tu vas faire quoi ? »

La question reste en suspens quelques instants. Les garçons semblent suspendus aux lèvres de Tom. Lèvres qui s'étirent en un sourire joueur.

« Je vais voir. Je connais déjà son prénom. Il s'appelle Bill. Et apparemment j'ai rencontré quelqu'un qui peut m'aider à l'approcher... »

Julien, Gabriel, Ben et Marco se lancent un regard entendu. Ils connaissent Tom depuis assez longtemps pour affirmer que quand il désire quelque chose ou quelqu'un, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour l'obtenir. Et ce Bill ne va sûrement pas faire exception à la règle...

« Tiens tiens, quand on parle du loup, on en voit la queue... Tom fais-toi beau, Bill arrive. »

En effet, le brun arrive vers eux en souriant. Tom rosit un peu, sous le charme du mouvement de balancement des hanches du jeune homme. Bill se poste devant le groupe, une main posée sur son côté droit, et parcourt le terrain des yeux.

« Bonjour ! » dit-il en souriant.

Les autres lui répondent chaleureusement, attendant la suite.

« Je viens juste vous faire un topo rapide. Vous avez réservé pour les trois jours c'est bien ça ? Okay. Alors, vous vous trouvez dans la partie ZAP du camping. Ce qui veut dire que vous pouvez passer vos soirées à boire, à chanter ou à danser dans cette section. Vous êtes séparés de l'autre côté où campent les ZEN, les campeurs qui préfèrent se relaxer ou dormir un peu plus tard, veillez donc à ne pas trop les déranger en fin de soirée. Le petit déjeuner vous est offert, et sur le plan sont indiqués les douches et les toilettes ou encore l'infirmerie. Je crois que c'est à peu près tout... Passez un bon séjour ! »

Il leur sourit une dernière fois et fait demi-tour, afin de répéter ce petit discours à de nouveaux arrivants. Cette fois-ci, c'est de ses fesses que Tom n'arrive pas à éloigner ses yeux.

Il est tombé sous le charme.

[...]

Le soleil se lève paresseusement et étend ses longs bras dorés sur la pelouse où la tente Quechua de nos cinq compagnons est plantée. Il est encore très tôt, tout le monde dort. Le camping est silencieux, seul un jogger perturbe le silence environnant avec le bruit de ses baskets crissant contre le sable. Aujourd'hui est aussi le jour du début du festival. C'est donc la mise en application du plan machiavélique du petit groupe. Ils ont discuté très tard la veille, élaborant mille et une hypothèses afin de trouver une bonne technique pour réussir à faire succomber le beau Bill.

Tout y est passé. D'abord, Bill est-il gay ? Ou au moins bi ? Ils ont conclu que oui, sinon Tu Anh n'aurait pas pris la peine de proposer d'aider Tom. Ensuite, est-il là sur toute la durée du festival ? Et si oui, où le trouver tous les jours ? Car la solution est très simple quand on y réfléchit bien. Pour charmer Bill, Tom doit passer le plus de temps possible avec lui. Il doit donc connaître son emploi du temps sur le bout des doigts, et être capable de le trouver en claquant des doigts.
Julien a même émis l'idée de poser un émetteur sur le brun, sûrement sous le coup de la fatigue harassante. Car bien sûr, il est bien connu que tout le monde se balade avec un émetteur et un traqueur sur soi.
Enfin, le moyen pour arriver à ses fins... Tu Anh. La petite Vietnamienne a eu l'air plus qu'enclin à aider le tressé la veille, il compte donc sur elle pour en apprendre le plus possible sur Bill. Ce qu'il aime, ce qu'il écoute, ce qu'il mange... Tout. Il le veut, et il l'aura. Un être aussi fascinant, aussi attirant, ne peut pas passer à côté de quelqu'un comme Tom. Du moins, c'est la philosophie qu'a adoptée le groupe de combattants.
Un seul problème subsiste pourtant : ce garçon est-il célibataire ? Il serait plus que compréhensible que non. Mais Tom n'est pas prêt de s'arrêter à un détail aussi futile.

Ils ont décidé que dès le lendemain (c'est-à-dire le jour-même), Tom irait trouver cette fameuse brunette pour lui soutirer toutes les informations dont il a besoin.

Quelques heures plus tard, Tom émerge enfin. Il a mal au dos, ça fait longtemps qu'il n'a pas dormi dans un simple duvet. Tant pis pour les courbatures, ils se masseront tous mutuellement ce soir. Il se dégage de sa prison de tissu et sort de la tente sans faire de bruit. Il attrape une serviette, un gant, son savon, et se dirige vers les douches. Son cerveau fonctionne déjà à cent à l'heure. Il a hâte de trouver la jeune fille de la veille, et de pouvoir mettre son plan à exécution. C'est plus fort que lui, il ne peut pas s'empêcher de penser à Bill. A Bill, et à ses yeux bruns et sombres, ou bien encore à ses mains féminines alors qu'il a des avants bras typiquement masculins.

Tom est, avec le temps, devenu un expert en caractéristique masculine. Les veines ressortant de la peau des avants-bras et des dos de la main est quelque chose de totalement viril, et qui l'a toujours attiré. Bill a définitivement des avants-bras à tomber. Et une nuque affolante aussi. Une nuque parfaitement dessinée, et qui semble appeler sa bouche. Il ne l'a aperçue que quelques secondes hier, quand le brun a relevé ses cheveux pour se faire de l'air, mais elle est restée gravée dans sa tête depuis.

Le tressé se lave la tête ailleurs. Le cadran digital de sa montre indique 9h32. C'est tard. Enfin, n'importe quel étudiant lui aurait répliqué qu'en vacances, se lever à cette heure-ci relève de la folie, et lui aurait ordonné de retourner se coucher après avoir éteint la lumière. Mais pas ici. Il aperçoit déjà l'agitation à la sortie du camping. Ses yeux se posent sur une silhouette familière. Il sourit en reconnaissant Tu Anh. Si en plus le destin est de son côté...
Oubliant qu'il est encore en pyjama, enfin en bas de survêtement et torse nu, il court vers la jeune fille.

« Salut ! »

Elle se retourne vers lui en l'entendant et éclate de rire.

« Bonjour ! Ca va, bien dormi ? »

Tom acquiesce et décide de passer à l'attaque directement.

« Tu sais ce que fait Bill aujourd'hui ? »
« Le moins qu'on puisse dire c'est que t'y vas pas par quatre chemins toi ! »

Le tressé secoue la tête de gauche à droite, attendant sa réponse. Elle pose le sac qu'elle tient et enroule une mèche de cheveux autour de son index.

« Je crois que, justement ce matin, il est sur le camping... Tu as de la chance dis-moi ! »
« Ah ça on dirait oui ! Je peux te poser une question ? »
« Tu m'as dit ça hier, et tu voulais savoir son prénom. Tu veux quoi cette fois-ci ? Son âge ? Dix-sept ans, presque dix-huit. Et oui, il est célibataire. Maintenant tu m'excuses, je dois retourner travailler. Y en a qui bossent ici Monsieur. Ah une dernière chose, il va sans doute résister au début, mais baisse pas les bras. Il en vaut la peine. Et fais attention, si tu lui brises le cœur, je m'occuperai personnellement du tien. »

Et elle tourne les talons, le laissant planté là. Tom reste muet devant cette tornade brune qui, en à peine trente secondes, a réussi à lui donner quelques informations bien utiles et à le menacer de mort à la fois. Cette fille est vraiment étrange, songe-t-il. Etrange, mais utile. Et apparemment plus que déterminée à l'aider. Alors, il ne rechigne pas.
Comme ça, Bill va passer la matinée tout près de sa tente ? Mais c'est merveilleux ! Tom retourne à sa maison de fortune pour réveiller ses amis. Il a hâte de leur raconter ce qui vient de se passer. Bill a donc quatre ans de moins que lui... Tom n'est pas du genre à s'arrêter à un tel détail, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde. Il faudra qu'il soit prudent avec Bill, s'il ne veut pas l'effrayer et le faire fuir trop vite.

Plusieurs mètres plus loin, Bill s'affaire en bâillant. Il n'a pas beaucoup dormi la nuit dernière. Il fait trop chaud, et il a toujours du mal à trouver le sommeil quand il fait une chaleur pareille. Il soulève une caisse pleine de bouteilles d'eau péniblement. Et dire qu'il ne peut même pas les boire. Non non, elles sont pour les spectateurs du concert de ce soir. Il porte son fardeau sous le chapiteau blanc, et se pose quelques secondes sur le même banc que la veille.

« Alors on lézarde déjà ? »
« Mais va voir derrière le rideau de la scène si j'y suis oui !»

Bill et Tu Anh se lancent un regard complice. Ils savent que la journée va être éreintante, alors autant profiter des derniers moments de calme. Les yeux de la petite brune pétillent. Elle brûle de lui parler de Tom, consciente que du côté du tressé, les choses sont plutôt bien engagées.

« Dis, t'as pas vu hier, un grand brun avec des tresses et un étui à guitare par hasard ? »
« Si si, je crois qu'il s'appelle Tom. » répond Bill.

Il sourit en repensant à lui. Le jeune homme à la guitare. Il se retourne vers Tu Anh.

« Mais au fait pourquoi tu me demandes ça ? »
« Pour rien, pour rien... »

Bill fronce les sourcils. Il n'aime pas, mais alors pas du tout la lueur malicieuse qui danse dans les yeux de la Vietnamienne. Qu'est-ce qu'elle prépare encore ? Il se souvient de l'année précédente, pour son anniversaire. Elle lui a présenté un de ses amis, un grand blond aux yeux verts, profondément amoureux de lui-même. Il a passé la soirée à parler de lui et de sa vie. Super plan.
Au fond de lui, Bill a un peu peur de son amie. Il sait de quoi elle est capable, et son intérêt pour sa vie sentimentale commence sérieusement à l'inquiéter.

« Je vais te croire. Tu Anh qu'est-ce que tu as encore fait ? »
« Mais rien je te dis ! Enfin, moi non... Lui en tout cas oui. Définitivement. »

Le brun lève les yeux au ciel.

« Développe ? »
« Il a flashé sur toi. Je dirais même qu'il est mordu. »

Bill éclate de rire et perd l'équilibre. Il glisse brusquement de son banc et se retrouve sur les fesses. La douleur lui tire une grimace mais son rire persiste.

« Bien sûr ! Et comment sais-tu ça Sherlock ? »

Tu Anh lui tend une main et l'aide à se relever. Une fois Bill remis sur pieds, elle pose un doigt sur son torse et déclare dans un sourire éclatant :

« C'est simple. Parce que je l'ai vu se rincer l’œil cinq bonnes minutes sur tes fesses hier, et qu'il est venu me demander ton prénom... »

« Pardon ? »

Bill est abasourdi. Le tressé a vraiment fait ça ? Mais pourquoi ? Il n'a rien de si spécial pour que l'on s'intéresse autant à lui. Il rougit en sentant presque les yeux de Tom sur son corps. Ne pas se faire de film. Surtout, ne pas se faire de film.

« Et c'est pas tout. Ce matin il voulait savoir où tu travaillais aujourd'hui, et si tu étais célibataire... »
« Et bien sûr toi tu lui as tout balancé n'est-ce pas ? »

La petite feint une moue innocente. Elle sait très bien que nier est inutile.

« Evidemment. Tu sais Bill, tu me remercieras plus tard j'en suis sûre. »

Bill fulmine. D'où s'octroie t-elle le droit de se mêler ainsi de sa vie ? Nan mais oh, il est assez grand pour prendre soin de lui ! Même s'il n'a pas eu de relation depuis deux ans, elle n'a pas à s'occuper de ça. Le brun s'élance hors de la tente, en colère. Alors comme ça Tom s'intéresse à lui ? Parfait. Il aime ses fesses ? Encore mieux. Qu'il profite bien du spectacle alors, parce que Bill ne cédera pas. Et les beaux plans des deux traîtres, enfin de la fourbe Tu Anh surtout, tomberont à l'eau.

Bill avance rapidement et avise un coin à l'ombre. Il s’assoit et attrape un brin d'herbe avant de le mâchouiller avec énergie. Il ne cédera pas. Pourquoi ? Pas parce que Tom ne lui plaît pas, non. Bien que cela lui arrache presque la bouche de l'admettre, lui aussi a trouvé le tressé attirant la veille. Et cette histoire de guitare a refusé de quitter son esprit. Non, si Bill refuse de céder, c'est uniquement pour ne pas donner raison à ce vieux cliché qu'il déteste. Le tombeur qui réussit à séduire sa proie grâce à l'aide d'une des amies de la pauvre victime. Au début, la pauvre jeune fille, enfin ici jeune homme, refuse de se faire des idées mais ne peut s'empêcher de penser au beau garçon, puis grâce à l'aide perfide d'une de ses connaissances, le chasseur finit par la faire tomber dans ses bras.
Bill renifle dédaigneusement tout en secouant la tête. Hors de question qu'il rejoigne la liste interminable de ces jeunes et innocentes personnes naïves. Et aussi, il a horreur que l'on complote dans son dos. Bill est parfois quelqu'un d'étrange.

Il se relève et se dirige vers le camping, se rappelant soudainement que Tom sait qu'il y sera.

« Et merde. » s'écrie-t-il.

Il s'arrête d'un coup. Depuis quand attache-t-il autant d'importance à de telles choses ? Ce n'est pas du tout son genre de se torturer l'esprit pour un garçon, encore moins pour un inconnu. Pourquoi est-ce le cas pour Tom alors ? Il reprend sa marche plus sereinement. Il n'a qu'à éviter le tressé. Il se lassera bien assez rapidement. Après tout, le festival ne dure que trois jours, et Bill ne s'est jamais laissé tourner la tête facilement. Que Tom essaie un peu. Qui s'y frotte s'y pique, dit-on.


[...]


« Mesdames et Messieurs, sous vos yeux émerveillés, voici le grand, le beau, le sexy, le seul et unique... Tom ! »

La joyeuse troupe applaudit en riant. Ils sont tous debout, habillés et prêts à s'amuser depuis un moment. Tom leur a rapporté sa discussion avec Tu Anh, et ils ont convenu de se retrouver ce soir, juste avant le concert, pour faire un point sur l'état de la situation.
Ils savent que Bill ne va pas tarder à arriver. Tom est surexcité. Il a hâte de pouvoir passer du temps avec le brun. A bien y regarder, il ressemble à un lycéen ayant le béguin pour quelqu'un.

« Merci merci ! On se retrouve plus tard les mecs ? Gardez vos téléphones allumés surtout. »

Ils approuvent tous et s'en vont dans la même direction. Tom tourne la tête et aperçoit son brun arriver à l'entrée du camping. Il souffle pour se donner du courage et affiche un sourire parfait alors qu'il s'apprête à le rejoindre. Il est encore plus beau que la veille, encore plus attirant. Tout son corps se met à vibrer, et il surprend son cœur à s'emballer dans sa poitrine.

« Bah alors qu'est-ce qui t’arrive à toi ? » demande-t-il à haute voix en posant une main sur sa poitrine.

Il attend que les battements se calment, mais rien n'y fait. Et le corps du brun se mouvant devant lui n'aide pas. Il décide de laisser tomber et de le rejoindre. Quelques foulées plus tard et il est planté devant lui.

« Bonjour Bill ! » s'exclame-t-il sur un ton enjoué.

Bill pose le regard sur lui et son cœur accélère encore. Bordel mais que se passe-t-il ? C'est fou l'effet que le brun lui fait en quelques secondes.

« Salut... Tom. Ca va ? »
« Bien depuis que je t'ai vu... Et toi ? C'est dingue de se trouver là ! »
« Oh oui, surprenant, vraiment. Ca va bien merci, un peu fatigué. » dit-il en étouffant un bâillement.
« On ne dirait pas. Tu es parfait. »

Tom se mord la langue, il va trop vite. Beaucoup, beaucoup trop vite. Mais cette fois ce n'est pas sa faute. Il n'arrive pas à réfléchir correctement quand il se trouve en présence du jeune homme. Son cerveau s'emmêle tout seul, et son estomac semble déterminé à faire des loopings digne d'une attraction démente.

« Euh... Merci, je pense. »

Un silence inconfortable s'installe entre eux. Bill ne sait pas où poser les yeux. Une chose est sûre, ce ne sera pas sur Tom. A la seconde où le tressé s'est approché de lui, Bill a su que ses belles résolutions allaient flancher plus facilement que prévu. L'adolescent était trop grand, trop bien habillé, trop musclé, trop bronzé, trop... Il n'a pas envie de céder. Pas comme ça. Pas pour deux jours merde.

« Hm.. Je vais y aller alors. »
« Je peux t'aider ? » demande Tom abruptement.

Bill écarquille les yeux. Tom lui propose son aide. Il n'a donc vraiment pas l'intention de le laisser tranquille alors. Il marmonne quelque chose dans sa barbe inexistante et articule :

« Ouais, si tu veux. »

Tom lui adresse un sourire éblouissant qui le désarçonne un peu. S'éloigner, et reprendre ses esprits. Voilà ce dont il a grandement besoin.

« D'accord. Qu'est-ce que je peux faire ? »
« Tu prends une feuille. On va se partager le camping. Tu vois les cases ? » montre-t-il en se rapprochant de lui.

Tom se mord la lèvre. Il adore le sentir aussi près de lui. Ce corps chaud presque collé au sien l'appelle, il peut entendre sa voix lascive murmurer son prénom. Il colle sa hanche à celle du brun, justifiant son geste par sa mauvaise vue l'empêchant de correctement voir les motifs noirs imprimés.
Bill papillonne un instant. Tom n'est pas le seul à apprécier la chaleur de leurs corps si proches. Le brun descend ses yeux sur ses lèvres piercées et les fixe un instant. Il oublie la feuille, les cases, et le camping. Il n'arrive même pas à se maudire de lentement rapprocher son visage de celui de Tom. Ils plongent leur regard dans celui de l'autre et s'arrêtent. La logique aurait voulu qu'ils s'embrassèrent. Mais non, à la place, ils se retrouvent incapables de détourner les yeux.

« Et je fais quoi avec ces cases ? » dit Tom d'une voix étranglée.

Bill revient à la réalité et s'éloigne de lui. Il secoue la tête pour se ressaisir et reporte son attention sur la feuille. Bordel, c'était quoi ça ?

« Les cases... ah oui ! Tu relèves les noms inscrits sur le petit panneau à côté de chaque tente, et tu l’inscris en face du numéro de l'emplacement. »
« Ca a pas l'air trop compliqué... »
« Sauf que chaque tente n'est pas dans l'ordre. » ajoute Bill un air moqueur aux lèvres.
« Pardon ? »
« Tous les ans les gens déplacent leurs tentes. Pas tous, mais la plupart oui. Trop de cailloux, pas assez d'ombre ou trop justement... Bon courage ! » finit-il en commençant à s'éloigner.

« Attends ! » le rattrape Tom. « Si je finis avant toi, je t'invite à déjeuner okay ? »

La bonne humeur s'envole du visage de Bill. Il a presque oublié que Tom cherche désespérément à le mettre dans son lit. Enfin, oui /si /si, on peut dire ça comme ça. Il cligne des yeux. Le regard suppliant du tressé le fait doucement craquer. Quel salaud, il s'y connaît en plus ! Bill se retrouve coincé entre la voix sur son épaule droite qui lui explique avec raison que Tom a tout l'air d'être un tombeur qui veut juste avoir la possibilité de l'épingler à sa collection de conquêtes, et que le mieux à faire est sûrement de l'envoyer promener, et celle sur son épaule gauche qui lui murmure que bien que Tom soit possiblement un Don Juan, il reste avant tout un garçon à tomber, et que « gâcher une telle chance pour la simple raison que devenir soi-même un cliché c'est pas bien, n'est pas une excuse valable, alors fonce Coco ! ».

Tom, inconscient du dilemme intérieur auquel le jeune homme fait face, se balance sur ses pieds et ne peut empêcher une nouvelle fois ses yeux de le détailler de la tête aux pieds. Là aussi, son rythme cardiaque accélère. Il faut vraiment qu'il se calme.

« On verra. Mais franchement, ça m'étonnerait que tu y arrives. »

Et Bill s'éloigne vite, avant de revenir sur sa décision. Il est déterminé à ne pas laisser Tom gagner. Il n'a pas envie de se laisser draguer, mais n'a pas eu non plus le cœur à le repousser trop brutalement. Il a donc préféré laisser entendre que manger avec lui ne le dérangerait pas, tout en excluant la possibilité. C'est bien comme mélange non ?

Il sort une deuxième feuille de sa poche et commence son travail. Il a horreur de ça, écrire encore et encore des chiffres. Il finit par ne plus savoir ce qu'est un deux ou un trois. Comment faire la différence entre un six et un neuf ? Il ne sait plus. Les formes noires dansent sur le papier et lui donnent le tournis. Il jure et siffle entre ses dents. Pourquoi les campeurs ne peuvent-ils pas respecter l'ordre établi au préalable ? Ce serait beaucoup plus simple pour tout le monde... Surtout pour les pauvres petits bénévoles qui doivent tout répertorier et qui ont à peine dormi plus de quatre heures la nuit passée. Non vraiment, les gens n'ont pas de cœur. Bill soupire et continue son inspection. Il grogne en découvrant une crotte de chien. Ils sont pourtant interdits sur le site... Il note mentalement de devoir en faire part au responsable de son équipe. Il jette un coup d’œil aux alentours et est satisfait de voir que Tom n'est pas aussi avancé que lui. Bien fait.
Il se remet au travail et arrive à la tente du tressé.

« On fait du repérage pour venir me retrouver dans la nuit ? »

Bill sursaute et lâche sa feuille. Tom a murmuré dans le creux de son oreille, déclenchant une vague de frissons bien trop agréables au goût du brun.

« Nan. »

Son ton masque sa gêne. Il n'aime pas les sensations qui le parcourent quand Tom est à ses côtés. Ou peut-être a-t-il peur de trop les aimer justement. Ses poils se hérissent sur ses bras alors qu'il sent le souffle de Tom effleurer sa peau. Il a l'impression que des dizaines de piques se plantent dans son épiderme au même moment, le faisant doucement chavirer. Et la voix de Tom aussi. Il a un mal fou à résister aux frissons qui parcourent son corps quand le tressé lui adresse la parole. Il est bien loin, le Bill déterminé à combattre le cliché. Mais cette fois, il n'y peut rien.

« Maintenant que tu sais où je crèche, tu m'emmènes chez toi ? »

Bill sursaute et Tom a envie de se jeter dans le lac d'à côté. Le sens de l'expression « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler » lui échappe apparemment.
Bien sûr, Bill se dégage un peu et secoue la tête. Ses joues sont un peu rouges et il ne souhaite qu'une chose : aller se terrer dans sa tente et ne plus croiser Tom de la journée.

Le tressé lui se mordille la lèvre supérieure. Il est vraiment trop con. Flirter avec Bill est une chose, le draguer sans vergogne en est une autre. Il se gratte la nuque et balance son poids sur son pied droit.

« Excuse-moi... »

Bill relève les yeux vers lui et l'ombre d'un sourire apparaît sur ses lèvres. Il est vraiment trop craquant comme ça, l'air gêné et les yeux rivés sur ses chaussures.

« Je te pardonne pour cette fois... Au fait j'ai gagné ! »

Tom lui lance un regard perdu.

« J'ai fini ma fiche avant toi non ? Donc pour le déjeuner, une autre fois peut-être ? »

Tom lève les mains, faisant semblant de se rendre. Bill sourit timidement et tend la main pour attraper la feuille que tient le tressé. Leurs peaux se caressent à peine mais déjà la chair de poule remonte le long de leurs avants-bras.

« Euh... oui, oui voilà une autre fois ! » bégaie Bill, répondant à sa place.

Le jeune homme en face lui rigole un peu de sa gêne, récoltant un pincement à la hanche. Cela le surprend. Bill n'a jamais tenté de le toucher depuis qu'il l'a rencontré.

« Hey ! »
« Ca c'était pour t'être moqué de moi. Maintenant tu m'excuses mais j'ai à faire. »
« Attends ! Je peux te demander un service ? »

Bill se raidit.

« Dis toujours. »
« J'aimerais cacher ma guitare. Tu vois, les autres sont capables de revenir faire un tour dans la journée après m'avoir envoyé Dieu sait où, pour pouvoir fouiller mes affaires. Et j'ai vraiment, vraiment pas envie qu'ils la voient avant ce soir. »

Le brun observe le tressé longuement. Il hésite. Accepter le met en position de faiblesse, et il le sait. C'est permettre à Tom de venir lui parler quand ça lui chante. Et surtout, c'est lui montrer qu'il ne peut pas lui dire non, par simple politesse ou par faiblesse, et il déteste ça.

« Si tu refuses je comprendrai... »
« Non non c'est bon tu peux ! »

Bill se mord violemment la langue. Merde qu'est-ce qu'il vient de faire là ? Tom a l'air satisfait. Cet air suffisant qui apparaît sur son visage ne plaît pas au brun qui se renfrogne immédiatement.

« Okay laisse-moi trente secondes. » demande Tom avant de s'accroupir.

Il ouvre la fermeture éclair de sa tente et plonge dedans la tête la première, dévoilant une vue imprenable sur ses fesses. Bill déglutit difficilement et essaie de détourner les yeux. Mais c'est plus fort que lui, son regard reste glué au postérieur ferme du jeune homme qui se dandine au sol. Bill a des frissons. Des putain de frissons qui le font trembler de la tête aux pieds. D'accord, Tom est super attirant. Mais après ? Après ? Il est aussi très attiré par Bill. Et après ? Oh et puis rien du tout après, voilà.

Tom se relève, guitare à la main. Il referme sa tente et dit :

« On y va ? Je voudrais pas te retenir plus longtemps. »
« D'accord, suis-moi ! »

Tom acquiesce et lui emboîte le pas. Ils délaissent la partie ZAP du camping et traversent l'hippodrome. Les membres des équipes techniques dorment dans une aire plus grande et plus confortable que les invités. En réalité, ils ont une caravane pour deux. Bill partage la sienne avec Tu Anh. Ils discutent très tard le soir, se rappelant de vieux souvenirs d'école ou faisant des plans pour l'avenir. Ils passent quelques caravanes et arrivent devant celle du brun. Il sort une petite clef argentée de sa poche et la glisse dans la serrure.
Au même moment, cette dernière s'ouvre à la volée. Bill se prend violemment l'arrête en plein nez et chute sous la force du coup.

« Oh merde Bill pardon ! »

Tu Anh se répand en excuses et se précipite sur lui. Tom fait de même et l'aide à se relever, gardant une main autour de sa taille pour le maintenir en équilibre. Bill s'appuie sur lui, il monte sa main à son nez et gémit quand il se rend compte qu'il saigne abondamment. Sa tête tourne et il chancèle contre le tressé.

« Pardon pardon j't'avais pas vu ! »
« Est rien t'inquiète bas ! »

Tom pouffe en l'entendant parler de cette manière.

« Je vais m'occuper de lui, ça va aller. »

La petite brune lui lance un regard brillant de sous-entendus et se met sur la pointe des pieds pour embrasser Bill sur la joue. En temps normal, elle lui arrive à l'épaule.

« Encore pardon mon chéri.... Au fait cette aprem' tu es de surveillance chez les enfants ! »

Bill tente de lui asséner un coup mais elle est plus rapide et l'évite aisément.

« Moi aussi je t'aime va. Encore désolée, à ce soir ! »

Elle s'en va en courant, laissant les deux autres sur le palier.

« Butain cha fit bal ! »
« Tout à fait Bill. Allez entre je vais m'occuper de ça. »
« Bui. »

Il le tient toujours par la taille et pour une fois, Bill ne s'en plaint pas. En réalité, la douleur qui transperce son nez est telle que la chaleur qui irradie sa peau collée à celle du tressé lui fait du bien. Il se laisse guider à l'intérieur et s’assoit avec précautions sur la banquette en velours vert. Il appuie sa tête contre la fenêtre derrière lui et ferme les yeux. Son nez continue de déverser des flots de sang et il est sûr qu'à ce rythme, dans quelques heures il sera mort, vidé de toute hémoglobine.

Tom l'observe du coin de l’œil et fouille les différents placards à la recherche d'une trousse de secours. Il finit par la dénicher sur une étagère, à côté d'une dizaine de paquets de bonbons bleus. Il éclate de rire en en sortant un.

« J'ai trouvé. Retire ta main que je vois un peu de quoi il en retourne. »

Bill s'exécute à contre-cœur, grimaçant en sentant le liquide chaud s'échapper de ses narines.

« Ah ouais, elle t'a pas raté putain. »

Tom s'empare d'un coton et éponge le sang sur sa bouche. Il la caresse avec une lenteur troublante. Un soupir passe la barrière des lèvres du brun et Tom esquisse une moue victorieuse. Il jette le coton imbibé à présent et en saisit un autre. Il s'attaque à son nez maintenant. Il l'essuie méticuleusement avec un peu de salive, prenant bien soin de ne pas blesser Bill plus qu'il ne l'est déjà. Il roule deux boules de ouate et les enfonce délicatement dans les narines du brun. Ce dernier gémit involontairement et penche la tête en avant. Leurs visages ne sont éloignés que par d'infimes centimètres, et tous deux ont d'un coup très chaud. Bill se perd dans la contemplation du visage du tressé alors que ce dernier plonge dans ses grands yeux marrons.

« Je t'ai sauvé la vie, ça vaut bien un déjeuner non ? » murmure-t-il.

Cette phrase, pas aussi anodine qu'elle pourrait paraître, casse l'humeur douce qui régnait juste avant. Bill semble prendre conscience de ce qu'il vient de se passer, et rougit encore une fois. Tiens, il lui reste du sang, et il a l'air bien décidé à se concentrer dans les vaisseaux de ses pommettes. Bill pense qu'il devrait exister des vaccins contre le rougissement. C'est vrai après tout, rougir ne sert à rien, c'est même très embêtant.

« Mh... oui. » acquiesce-t-il après quelques secondes de réflexion. « Dieu merci je ne parle pas trop comme un canard ! »
« Même comme ça, tu as la voix de canard la plus sexy que j'ai jamais entendue. »
« Tom, t'es lourd là. »

Bill n'a plus envie d'être gêné tout à coup. Il a envie d'envoyer Tom se faire voir pour qu'il cesse enfin ses insinuations embarrassantes. Il se lève et quitte la caravane, Tom sur ses talons. La guitare est à l'abri, le nez de Bill plus ou moins réparé. Tout va bien.

Les deux jeunes se mettent en route vers l'un des stands de restauration du site, et s'achètent deux sandwiches.

« Je t'invite. C'est la moindre des choses que je puisse faire. Après tout, si je ne t'avais pas demandé de garder ma guitare, ton nez serait sûrement en meilleur état. »

Bien que Bill ait furieusement envie de répliquer, il ne peut qu'admettre que Tom a raison sur ce coup-là. Il le laisse donc payer et l'emmène s'asseoir dans un coin d'ombre, sous un bouleau.
Ils déjeunent en silence, mais rapidement, Tom prend la parole :

« Qu'est-ce que ta copine a voulu dire par « les enfants » ? »
« Oh ça ? Y a un coin spécial pour les petits, les parents les déposent là et vont s'amuser, et nous on distrait les bambins jusqu'à ce qu'ils reviennent les chercher. »

Bill grimace.

« Ca n'a pas l'air de te réjouir dis donc ! »
« C'est pas ça... J'adore les enfants, mais quand il fait chaud ils deviennent insupportables. S'occuper d'eux par ce temps est impossible. Ils vont me faire tourner en bourrique toute l'après-midi je le sens. Et je n'ai pas du tout envie de passer des heures à faire de la peinture, un énorme bonnet sur la tête pour ne pas finir teint en rouge. »

Tom éclate franchement de rire, attendri. Il découvre en Bill une personne très amusante, attrayante. Sous son apparence déjà fantastique se cache quelqu'un d'encore plus distrayant à l'intérieur. Tom aime ça.

« Tu veux que je t'aide ? » propose-t-il naturellement.

Bill fronce les sourcils. C'est encore une de ses techniques pour lui coller aux basques et le draguer pendant des heures ?

« J'ai trois petits frères et sœurs de huit à douze ans, je sais y faire avec les gosses ! »

Le brun réfléchit, pensant le pour et le contre. Pourquoi pas après tout ? Il a la nette impression que même s'il refuse, Tom ne lâchera pas l'affaire. A quoi bon lutter ?

« Okay alors. »

Ils se regardent d'un air complice. Le premier regard débarrassé de tout trouble ou de toute envie. Non, ce regard-là est rempli de complicité, d'amusement.
Ils terminent assez vite et se relèvent déjà.

« J'en ai marre. Je fais que courir à droite et à gauche à longueur de journée ! »
« Te plains pas va. Ca dure pas longtemps. En cours aussi tu me diras, on fait que ça. »
« J'ai arrêté la fac, mais oui je vois très bien ce que tu veux dire. »

Tom hausse un sourcil surpris.

« Comment ça tu as arrêté la fac ? »
« J'étais étudiant en droit. Et on va dire que... j'ai pas accroché. Donc au bout de six mois j'ai arrêté. Et toi ? Tu fais quoi dans la vie ? Médecine ? »
« Comment tu as deviné ? »

Bill rit en shootant dans un caillou.

« Sais pas. T'as une tête de médecin. »
« Ah. En tout cas t'as vu juste. Je suis en deuxième année, je passe en troisième l'an prochain. »
« Quel âge tu as ? »

Bill s'interdit de rougir en prononçant cette phrase. Il sait que si Tom s'en aperçoit, ce côté antipathique du tressé va très vite ressortir, et c'est la dernière chose qu'il désire.

« Vingt-deux ans. »

Bill tique. Il est un peu plus vieux que ce qu'il a imaginé. C'est peut-être aussi pour cela qu'il le rend aussi nerveux. Mais ce côté plus âgé lui donne aussi un charme fou.

« Ah d'accord. Mais tu sais que tu t'embarques pour des années là ? » dit-il simplement, sans relever sa dernière phrase.

Ils arrivent enfin à l'aire destinée aux petits et Bill soupire en les entendant brailler. Il aime les voix humaines d'accord, mais pas quand elles ne font que hurler à tout bout de champs. Tom se rend compte de son désarroi et tente une nouvelle approche :

« T'inquiète pas va. Je suis là pour t'aider. Je vais t'apprendre à jouer au papa et à la maman. »

Bill lève les yeux au ciel mais ne peut retenir un sourire. Tout ceci l'amuse malgré lui. Tom le trouble de plus en plus et il a de plus en plus de mal à se retenir de rentrer dans son jeu. Cependant, c'est encore une fois sa raison et son côté trop timide qui l'emportent. Il remue la tête, faisant virevolter avec légèreté ses longs cheveux bruns, envoyant par la même occasion des effluves de son shampoing droit dans les narines de Tom.

« Bill te voilà enfin ! » s'exclame une voix.

Un grand blond s'approche d'eux et leur adresse un sourire désespéré.

« Dieu soit loué tu es là, et tu as ramené de l'aide en plus ! Je n'en peux plus, ils me rendent dingue. Une gamine s'est battue avec une autre dans la piscine à boules, non mais je vous jure que si à cet âge elles commencent à se rouler dans des jouets en plastique, je refuse de savoir où elles le feront plus tard ! Bref, et un môme a failli avaler un petit pot de peinture. »
« Super. »

Bill veut mourir, regagner son lit et allumer son I-pod. Ecouter la musique à fond, boire trois bouteilles de soda et avaler cinq paquets de schtroumpfs. Mais le monde est contre lui, et le jeune homme en face de lui tend le bras vers une table et lui dit :

« Tiens allez là-bas, moi je vais prendre une petite pause d'accord ? Bonne chance ! »

Et il s'enfuit en courant avant qu'ils aient la chance de répliquer.

« Allez, c'est parti. J'espère que tu es doué avec les marionnettes, parce qu'on en a pour un bon moment. Guignol, ça fait partie de ton répertoire ? »
« Je crois pouvoir me débrouiller... »

Ils s'encouragent mutuellement avant de rejoindre les garnements qui chahutent sur leurs sièges. Une mini scène de théâtre est installée à même l'herbe, et le carton plein de poupées en chiffon les attend bien sagement derrière. Ils s'en emparent et les enfilent. Ils lèvent les bras et soufflent en souriant :

« Petits et grands, bienvenus au théâtre de Guignol ! »

[...]
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 15:25

« Merci Mesdemoiselles et Messieurs ! Et n'oubliez pas de revenir voir Guignol et ses amis ! »

Les petits applaudissent à tout rompre, riant aux éclats. Cela fait bientôt plus d'une heure que Bill et Tom les distraient grâce aux marionnettes. La version classique a cependant dévié à de nombreuses reprises. Le tressé a essayé d'embarquer Bill dans des histoires de princesses et de princes, finissant toutes par un doux baiser. Le brun s'est laissé faire en riant, au plus grand plaisir des plus jeunes. Pourtant, au moment où la poupée de Tom allait enfin embrasser celle de Bill, les obligeant à s'embrasser eux-mêmes (enfin, surtout d'après Tom), l'androgyne a détourné la tête ainsi que celle de sa marionnette. La bouche de Tom s'est donc posée sur sa joue, le faisant rosir. Tom a les lèvres douces.

Ils se relèvent et se débarrassent des chiffons.

« On fait quoi maintenant ? »
« Je sais pas... Hey les enfants ! Vous avez une idée de jeu ? » demande Bill aux petits.
« Saute-moutons ! »
« Cache-cache ! »
« Colin maillard ! »
« Non, la marelle ! »

Des voix fusent de partout et Bill a le tournis. Oui, il préfère vraiment les enfants quand ils sont endormis, ou suspendus à ses doigts, mourant d'envie de savoir ce qui va arriver à la princesse Eglantine. Une fois qu'ils sont réveillés et surexcités, c'est tout de suite une autre affaire.

« Bill tu peux aller me chercher ma guitare s'il te plaît ? »
« Pardon ? »

Il lance à Tom un regard ahuri.

« Va juste me la chercher s'il te plaît, je crois que j'ai une idée. »

Bill obéit, trop content de pouvoir s'échapper. Il revient rapidement, l'instrument à la main.

« Merci. »

Tom s'en empare et ouvre la protection, dévoilant sa toute nouvelle merveille. Il s’assoit à même l’herbe et demande aux enfants de faire un cercle autour de lui. Ils sont dociles et s'installent à leur aise. Tom accorde rapidement sa guitare et leur demande quelle chanson ils ont envie d'entendre :

« Une souris verte ! »
« Au clair de la lune ! »

Là encore, les idées s'entrechoquent. Tom rit et entame la berceuse que ses parents lui chantaient quand il était petit. Les bambins ne tardent pas à se balancer, suivant le rythme. Un peu en retrait, Bill le regarde attendri. Le tressé sait y faire avec les enfants.

Il profite qu'il soit trop occupé pour se soucier de lui pour s'éclipser. Avec un peu de chance, il laissera tomber.

[...]

Le concert du vendredi soir est sur le point de commencer, et Bill est à nouveau très occupé. Après avoir abandonné Tom, il est tombé sur son référant qui l'a envoyé s'occuper d'un des stands de boissons. Il soupire en pensant qu'il aurait pu l'éviter. Après tout il n'est pas si difficile à repérer, il porte un tee-shirt aux couleurs du festival, un énorme disque entouré de spermatozoïdes.
La nuit ne va pas tarder à tomber, le ciel vire du bleu à l'orange. Bill se demande comment il peut y avoir autant de nuances de couleur dans l'univers. Il a longtemps rêvé d'être un artiste, pour être capable de manier les essences et de donner vie à ses idées. Mais sa mère a préféré lui acheter un ordinateur, même s'il ne s'en est jamais plaint, plutôt qu'un appareil photo ou des cours de dessins.
Il n'a pas eu de nouvelles de Tom. C'est presque dommage dans un sens, il commençait vraiment à l'apprécier. Si on met de côté le fait qu'il passe son temps à fixer ses fesses, bien sûr. Enfin, il a même fini par s'en trouver flatté. C'est toujours bon pour l'égo de se sentir désiré et de voir la personne tout mettre en œuvre pour vous avoir non ?

« Une vodka-orange s'il vous plaît. »

Une voix tire Bill de ses pensées. Il se tourne vers l'étagère, saisit deux bouteilles et fait le mélange d'une main de maître.

« Votre carte d'identité s'il vous plaît. »

Le jeune la lui tend et Bill vérifie qu'il a bien dix-huit ans et lui donne son gobelet, en échange de sa monnaie. Il s'éloigne et le brun se perd à nouveau dans ses songes. Il pense à Tom. C'est bête n'est-ce pas ? Maintenant qu'il a réussi à lui échapper, il ne peut s'empêcher de penser à lui. A lui et à son sourire avec les enfants cette après-midi. A sa façon presque tendre de jouer de la guitare pour les calmer. A ses mains sur son visage et à sa bouche si près de la sienne alors qu'il soigne son nez.
Ses joues se colorent de rouge et il tente par tous les moyens d'éloigner ses pensées de Tom. Il souffle de dépit. Il est stupide. Ce maudit tressé en baggy ne vaut pas la peine de se mettre dans un tel état. Mais merde, qu'est-ce qu'il est mignon.

[...]

Les groupes se succèdent assez vite, c'est au tour des Pony Pony Run Run de jouer et Tom craint de ne pas remettre la main sur son bel androgyne. Il est vexé d'avoir été abandonné de cette manière, alors qu'il lui rendait service.
Il a fait le tour de hippodrome entier : l'entrée, l'aire des petits, l'infirmerie, les stands de distribution de préservatifs... Il a demandé à chaque membre des différentes équipes qu'il a rencontré, mais aucun n'a su le renseigner.

Il bouscule quelqu'un, et leurs épaules se heurtent avec violence.

« Excusez-moi ! »

Il regarde d'un air penaud la jeune femme qui se masse la peau douloureusement.

« C'est rien c'est rien. Je vais mettre de la crème et ça va aller. Je peux vous aider peut-être ? Vous aviez l'air de chercher quelque chose. »
« Quelqu'un, en fait. Je cherche un membre d'une équipe bénévole, Bill. »
« Bill ? Cheveux noirs ? Maquillage ? »
Un vent d'espoir balaie le tressé.

« Oui ! »
« Stand de boissons à droite de la scène. »
« Merci ! Et encore pardon pour votre épaule. » lui lance Tom avant de reprendre sa course dans la direction indiquée.

Il ralentit l'allure quand il le voit enfin. Adossé à une barre de fer avec une nonchalance que nombre de mannequins lui envieraient, Bill se délecte du spectacle offert sur scène. Tom sent son cœur reprendre une course folle. Il pose une main dessus et lui ordonne :

« Ah ça suffit toi ! »

Mais rien n'y fait. Il continue de tambouriner dans sa poitrine à mesure qu’il s'approche de lui. Bill ne l'a pas vu. Il en profite donc pour passer derrière le faux comptoir.

« Encore en train de penser à moi ? »

Bill fait un bond de quelques centimètres avant de frissonner en reconnaissant la voix de Tom. Il reste muet et le tressé continue sur sa lancée, cherchant à le faire réagir.

« Tu sais, c'était pas très sympa de ta part de m'avoir lâché tout à l'heure. »

Bill ne répond pas, intriguant Tom. En vérité, il a bu quelques verres depuis le début de son service. Le monde tangue autour de lui, et l'haleine de Tom contre sa joue n'arrange rien. Il veut répliquer, rougir, tripoter son jean de manière maladroite... Mais toute la gêne qu'il a ressentie tantôt est paralysée par les effets de l'alcool. Au lieu de cela, il se penche vers lui et embrasse sa joue.
Tom se fige. Où est passé l'androgyne timide et un brin agressif ? Il ne s'en plaint pas cependant.
Le moment est étrange, lourd. Aucun des deux ne comprend vraiment ce qui se passe. Tom en particulier. Alors qu'il est censé saisir sa chance et embrasser le brun, il est incapable de se jeter sur sa bouche. Non, tout a l'air de se dérouler au ralenti. Leurs visages se rapprochent doucement. Bill louche sur les lèvres de son vis-à-vis. Il ne se pose plus de questions et les effleure sans plus attendre. Elles ne se touchent qu'à peine quand Tom est brusquement tiré en arrière.

« Tom mon pote t'étais où ? » s'exclame Julien.

Tom rugit et lance un regard noir à ses quatre amis. Enfin amis... à cet instant ce sont plus des empêcheurs de tourner en rond que des amis.

« Ouais, on t'a cherché partout ! »

Bill redescend sur Terre et se rend compte de ce qui a failli se passer. Heureusement que les amis de Tom sont arrivés. Quelle connerie était-il sur le point de faire ?
Alors que Tom tente de se dégager de l'emprise de sa bande, Bill saisit sa chance et file. Il sent le mal de crâne poindre, et a soudain envie de retrouver son lit. Il se fera sûrement engueuler mais tant pis. Ce soir il n'est plus en état de faire quoique ce soit.

« Putain les mecs vous faites chier ! » s'écrit Tom quand il découvre que l'objet de ses convoitises a disparu.
« Calme-toi Tomi. Tu le reverras demain ! Raconte-nous plutôt comment ça s'est passé aujourd'hui. »
« Ouais, qu'on sache pourquoi tu nous as laissé tomber toute la journée. »
Le ton de Ben est amer et Tom se sent coupable. Il a passé la journée avec Bill, délaissant ses propres amis.

« Désolé les gars... »

Il a l'air sincèrement gêné. Les quatre se consultent du regard. Julien reprend la parole :

« On te pardonne. Si tu viens avec nous jouer de la guitare.... »
« Boire et te fumer quelques pétards... » complète Marco.
« Et nous raconter en détails ce que tu as fait avec ton cher Bill. » termine Gabriel.

Tom sourit, heureux d'avoir des amis aussi géniaux. Il resserre la sangle de sa guitare qu'il a failli perdre lors de sa collision avec la jeune femme. Ils se mettent en marche et voient de la fumée s'élever de leur parcelle de camping. Ils y pénètrent et sont immédiatement plongés dans la bonne humeur qui règne. On entend de la musique autour des flammes.
La petite troupe regagne les tentes, décidant de se mêler à la foule après un conseil de guerre urgent. Ils s’allongent dans l'herbe, formant une sorte de soleil, à bien y regarder.

« Allez Tom balance. Ca avait l'air chaud entre vous quand on est arrivés en tout cas... »

Tom baisse la tête et retient un rire. Cette discussion risque d'être très intéressante.

« Okay... Alors il s'appelle Bill. »
« Ca on le savait déjà, passe à la suite ! » s'écrient-ils en cœur.
« Si on peut même plus plaisanter... » pouffe Tom. « Il a dix-huit ans, il a arrêté la fac l'an dernier, il a horreur de s'occuper des mômes... »
« Tooom ! Tu nous fais pas un compte-rendu détaillé là, mais une fiche d'identité. » grogne Gabriel.
« La ferme, si vous continuez à m'interrompre je vous raconte plus rien du tout. »
« Fais pas ta chochotte va. Allez continue. » le calme Julien.
« Okay... Donc j'ai passé la journée avec lui. On s'est occupés du camping, j'ai voulu l’inviter à déjeuner mais au début il a dit non. Coriace en plus quoi. Ensuite, pour voir où il dort je lui ai demandé de garder ma guitare... »
« Le traître c'est pour ça qu'elle était pas là tout à l'heure ! »
« Ouais. On a traversé l'terrain et au moment où il allait ouvrir la porte, sa copine est sortie et il s'est pris une de ces gamelles je vous raconte pas ! Son nez pissait le sang et il parlait comme un pingouin. J'l'ai emmené à l'intérieur pour le soigner et... »
« Tu l'as violemment embrassé contre les coussins de son lit ? » finit Ben avec espoir.

Ils éclatent de rire. C'est vrai que l'histoire ressemble à celle d'un film. Vous savez ? Le preux chevalier qui vient en aide à sa princesse et qui reçoit un baiser en récompense, ainsi que son amour éternel.

« A ma plus grande déception et à la vôtre j'en suis sûr, non je ne l'ai pas embrassé. On est sorti manger, il m'a laissé l'inviter. On est allés surveiller les mômes. Il m'a fait jouer avec des marionnettes. Vous m'imaginez moi ? Moi Tom, avec une marionnette au bout du bras, en train de jouer avec un accent italien à chier. »

Un nouveau fou rire secoue la troupe.

« Putain ouais j'aurais aimé voir ça ! »
« Et moi donc ! »
« Je pense bien ouais, bande de salauds ! Les gosses arrêtaient pas de chouiner, alors je lui ai demandé d'aller me chercher ma guitare. J'ai joué pendant une bonne heure, et quand j'ai levé les yeux, il avait disparu. Pouf, envolé. Ah j'vous jure que j'étais énervé. J'ai fait le tour de hippodrome et j'ai trouvé quelqu'un qui m'a dit où il était. Je l'ai rejoint, et on allait s'embrasser quand vous êtes arrivés, bande de nuls ! »

Les « nuls » applaudissent avec force, trop contents de pouvoir se payer la tête de leur pote.

« C'est ton premier râteau depuis quand dis-moi ? La première ? » vanne Marco.
« Je t'emmerde. D'ailleurs je vous emmerde tous ! A l'heure qu'il est si vous aviez pas été là, on serait sûrement très occupés... »
« J'en suis pas si sûr moi. » réplique Ben.
« Et pourquoi ça ? »
« Tu dis que tu as passé ta journée avec lui, et qu'il s'est rien passé ? »
« Oui. »
« Ca te ressemble pas ça Tom ! T'as perdu la main ou quoi ? »
« Ta gueule Gabi... Il a quand même quatre ans de moins que nous, et il est super timide parfois. Je sais pas ce qui lui prend. Un coup j'sens qu'il peut se passer un truc vous voyez ? Je sais que je lui plais. Mais un autre coup, il me rembarre comme une meuf'. »
« Oh pauvre Tomi... on lui donne du fil à retordre ! Tu vas faire quoi ? Aller en draguer un autre ? » dit Julien avec compassion.
« Mh... Non. Je vais continuer. A moins que vous me trouviez un grand brun avec des hanches à se damner et un regard de braise... » dit Tom, presque rêveur.
« Tu t'entends parler là Tom ? » interroge Ben.
« Ouais et ? »
« T'es mordu mon gars. Après une journée ! » lui répond-il.
« Ouais et ? »
« Laisse tomber va, bonne chance en tout cas. »

Ils acquiescent tous, et se lèvent.

« On va jouer un peu ? »
« Vous avez pas d'instruments, vous comptez faire comment ? »

Mais personne ne lui répond. Ils sont tous partis en direction du feu. Quand Tom arrive à leur hauteur, ils ont tous un instrument à la main. Enfin, Ben qui est normalement batteur tient un petit tambourin, mais cela ne semble pas le déranger.

« Mais comment vous avez fait ? »
« Secret professionnel mon ami. »

Ils avisent un tronc d'arbre étendu sur sa longueur et s'assoient dessus. Tom ferme les yeux et joue les premiers accords d'une chanson qu'ils ont composée ensembles. Tom est un étudiant en médecine, mais il joue souvent dans des bars avec le groupe qu'ils forment tous les cinq depuis bientôt sept ans. La musique, il adore ça. Elle le détend, lui fait oublier tous ses soucis. Il s'échappe dans le monde qu'ils se sont crées, et a toujours du mal à en revenir. La voix de Julien s'élève et les campeurs quelque peu éméchés leur prêtent enfin attention.
Ils se déhanchent au rythme de la chanson, profitant d'avoir de vrais musiciens pour improviser une petite fête en plein air.
Tom se concentre sur ses doigts, et oublie Bill, pour quelques heures.

De l'autre côté de l'hippodrome, Bill est rentré se cacher dans son oreiller. Il a titubé jusqu'à sa caravane et s'est lâchement avachi sur son lit. Il fait trop chaud, son sang bouillonne presque dans ses veines. Il revoit encore et encore les lèvres de Tom s'approcher des siennes. Il les sent encore et encore les caresser avec la légèreté d'une plume. Et il se sent surtout très con. Qu'a-t-il failli faire bordel ? L'embrasser, comme ça, alors qu'il a bu et que Tom ne demande que ça !

La porte claque soudain, et il enfonce son visage encore plus fort dans le tissu, ruinant son maquillage contre la taie d'oreiller. Il doit ressembler à un petit panda à l'heure qu'il est, mais il n'en a rien à faire.

« Bah alors, déjà là toi ? »

La voix de Tu Anh résonne et le sort de sa torpeur.

« Ouais. Et c'est ta faute en plus. » lance-t-il, cinglant.
« Ma faute ? Qu'est-ce que j'ai fait encore ? » s'étonne-t-elle en s'asseyant sur son lit.

Bill se redresse et la fusille du regard.

« Tom. Voilà c'que t'as fait. »
« Comment ça Tom ? Il s'est passé quelque chose entre vous ? »

Elle a l'air surexcitée. Bill crie de rage et balance son oreiller contre la porte.

« Oui... Non ! J'en sais rien. Tout ce que je sais c'est que ça me fait chier. »

Et c'est la vérité. Se torturer autant pour Tom commence à le fatiguer. Il a passé la journée à rougir comme une fille et à sentir, sans pouvoir rien y faire, son estomac danser la valse. Ce mec déclenche beaucoup trop de choses en lui et fait naître beaucoup trop de questions pour tout subir sans rien dire.

« Tu veux me raconter ? »

La brunette ne lui propose pas son oreille attentive que pour satisfaire sa curiosité, elle veut sincèrement l'aider.
Elle tapote son épaule pour l'encourager.

« Y'a rien à dire... » soupire-t-il en se passant une main sur le front moite de sueur. « Il a passé sa journée à me coller. Il voulait pas me lâcher, alors j'ai fini par abandonner. J'ai enfin réussi à m'en débarrasser, mais il m'a retrouvé une fois d'plus et... »

Tu Anh saute presque d'excitation.

« Et ? »
« On a failli s'embrasser. Heureusement que ses potes sont arrivés sinon c'était cuit. »
« QUOI ?! » Elle hurle et Bill la dévisage, surpris. « Comment ça heureusement ? »
« Ben oui. On se serait embrassés sinon, t'as pas suivi ou quoi ? »
« Et en QUOI est-ce que ça aurait été une si mauvaise chose ? Bill, tu es désespérant. »

Bill pouffe et croise ses bras sur sa poitrine, comme pour se protéger. Les yeux de son amie le brûlent littéralement. Il peut voir qu'elle est vraiment furieuse, ou bien outrée par son attitude.

« Mais non mais... »
« Un mec qui pourrait être le fils de Dieu craque pour toi. Il se renseigne sur toi. Il fait tout pour passer le plus de temps possible avec toi. Et toi tu fais quoi ? Tu te défiles à la première occasion où ça peut aller plus loin ? Ah tu serais une fille je t'aurais déjà foutu une claque. »
« Mais il a quatre ans de plus que moi ! » se défend Bill.

Il déteste la petite voix dans sa tête qui lui dit que Tu Anh a raison et qu'il s'est comporté comme un imbécile.

« La ferme Bill. Il te demande pas de l'épouser à ce que je sache ? Alors tu peux me dire ce qui te retient ? »

Bill ferme les yeux, la voix se fait de plus en plus forte. Elle lui crie presque que Tom est mignon à croquer, qu'il peut tout à fait sortir avec lui pour une nuit ou deux, et que passer à côté d'une telle aubaine est du pur gâchis.

« Pff... T'as raison... même si ça m'écorche la bouche de dire ça. Je suis con ! » s'exclame-t-il.
« Mais non, tu l'admets au moins, c'est déjà ça. Tu vas faire quoi maintenant ? »
« Je vais attendre demain, j'ai trop mal au crâne pour faire quoique ce soit ce soir. Je vais bien voir s'il tente quelque chose... »

Il sourit, sa gêne s'envole peu à peu. Après tout la jeune fille a raison. Pourquoi se prendre autant la tête pour aussi peu de jours, et surtout pour un Adonis pareil ?

« Compte sur moi, il le fera. » assure-t-elle. « Tu vas te rattraper hein ? Tu vas pas le laisser filer comme ça ! »
« Oh non, crois-moi. »

Oui, Bill vient de prendre un virage à cent quatre-vingt degrés. Et il adore les images qui naissent dans sa tête dès l'instant où il a décidé de le faire.


[...]


Il est midi, et Bill tient un carton de préservatifs relié par une sangle autour de son cou. Il déambule joyeusement, distribue des capotes à tous ceux qui lui en demandent. Le soleil est à son zénith, il meurt de chaud, il a soif, mais il est radieux. Il aura un bronzage d'enfer à la fin du mois de juin, aura vu des groupes géniaux en live, et aura rencontré un mec génial.
Oui, il pense à Tom. Il ne l'a pas encore vu ce matin, et il se demande si le tressé se montrera. Peut-être que sa fuite d'hier soir l'a définitivement rebuté ? Il espère que non. Il a été lent à se mettre en route, mais qu'importe.
Il continue de se promener à travers les différentes parties de hippodrome, et sourit jusqu'aux oreilles lorsqu'il entend derrière :

« Tu nous en mets quelques-unes de côté pour demain soir ? »

Lui faisant face, et aucune trace de malaise dans les yeux, Bill répond :

« Quelle taille ? »

Bill se sent fort, plein d'audace. La sensation circule dans son sang, faisant battre son coeur plus vite. Rentrer dans le jeu de Tom de cette manière est tellement exaltant qu'il oublie d'en être gêné.
La bouche de Tom s'ouvre en grand et ses yeux s'écarquillent. Il ressemble à ces personnages de dessins animés un peu idiots, Bill rit.
Mais merde, depuis quand est-ce que l'androgyne répond à ses avances sans se démonter ? Une moue séductrice se dessine sur la bouche de Tom et il fait un pas vers lui.

« A toi de deviner... »

L'envie de l'embrasser surprend Tom mais il se retient. Mieux vaut ne pas pousser sa chance trop loin. Il se joint à sa marche et ils recommencent à discuter de tout et de rien.

« Tu as passé une bonne soirée hier ? » demande innocemment le tressé.
« Elle aurait pu être meilleure... » geint Bill.
« Vu tout ce que tu semblais avoir bu... »
« Nan, j'ai l'habitude des cuites. Mais t'étais pas là, alors c'était naze. »

Bill se détend rapidement. Il se rend compte que ce petit jeu n'est pas aussi effrayant qu'il l'a pensé au départ. Pire, c'est même tout le contraire.
Tom jubile. Le nouveau Bill lui plaît infiniment. Il est enchanté de voir qu'il a laissé tomber sa timidité. La situation s'est enfin débloquée, et tout va être plus amusant, plus intense. Tom fixe la bouche de Bill, ses yeux s'y accrochent et refusent de la lâcher. C'est comme un aimant vers lequel il se sent attiré. Il la regarde s'ouvrir et émettre des sons qui résonnent à ses oreilles comme la plus mélodieuse des musiques.

« Et toi ? Bonne soirée ? »
« Oh, ouais super. On a fait la fête une bonne partie d'la nuit au camping. On a bu, fumé... On a donné un p'tit concert aussi. Bref, c'était sympa. T'aurais dû venir faire un tour... » gémit Tom comme un enfant déçu.
« Tu apprendras, mon cher, que je ne suis pas une simple groupie. Je ne partage pas mon musicien fétiche avec tous ses autres fans. »
« Surtout que je suis très demandé... »

Ils flirtent ouvertement alors que Bill se fait assaillir par un groupe d'une dizaine de personnes, toutes se servant allègrement dans son carton. Tom se moque de lui alors qu'il fait tout ce qu'il peut pour garder son équilibre. Les jeunes lui rentrent presque dedans, et il est obligé de camper solidement sur ses deux pieds pour ne pas tomber. Tom rapproche ostensiblement sa hanche de la sienne et passe un bras autour, l'empêchant de tituber. Bill se raidit avant de se souvenir qu'il a décidé de laisser sa gêne de côté. Il s'appuie dans l'étreinte et cligne des yeux, souriant pour lui-même.
La chaleur qui inonde son dos, juste là où le bras de Tom l'enlace, le rend tout chose. Il se sent bien là, contre son côté et entouré par son bras.
Il attend patiemment que les jeunes en furie s'en aille, et laisse échapper un soupir de soulagement.
Tom retire son bras, et Bill a envie de grogner de mécontentement.

« Eh bah y'en a qui y vont pas de main morte hein ! » s'écrie Tom.
« Tu m'étonnes. J'ai cru qu'ils allaient me passer dessus. Merde j'en ai plus, c'est malin ! »
« Ca pose un problème ? »
« Un peu, j'étais censé tenir encore jusqu'à quinze heures avec ce carton, je vais me faire tuer ! » se lamente le brun.
« Oh... »

Tom est déçu. La partie a bien commencé pourtant, et voilà que Bill oublie tout pour se concentrer sur son travail. Il ne peut pas vraiment lui en vouloir et il le sait, mais il aimerait tellement pouvoir passer plus de temps avec lui... Pour le faire rougir, le séduire... C'est plus fort que lui.

« Je vais aller trouver mon supérieur et on se retrouve plus tard d'accord ? »
« Oui... Attends ! Comment je vais faire pour... » crie Tom alors que Bill s'éloigne en courant. « ... te retrouver. »
« Tu trouveras bien un moyen ! » lui lance-t-il par dessus son épaule.

Tom se retrouve ainsi planté comme une idiot au milieu du terrain, les yeux rivés sur la silhouette de Bill qui se fait de plus en plus petite. Il baisse les yeux et envoie valser un caillou. Un air victorieux illumine son visage. Il ignore pourquoi, mais le beau brun a décidé de céder à ses avances. Enfin, il a arrêté de le rembarrer ou d'avoir l'air d'une collégienne. Avec un peu de chance, la situation est enfin débloquée, et les choses vont pouvoir avancer.
Il ne reste plus que deux jours avant la fin du festival, et Tom espère vraiment pouvoir arriver à ses fins avant. Il veut pouvoir l'embrasser, respirer la peau de son cou, le tenir dans ses bras et lui faire perdre la tête. Il veut le rendre fou, comme il le rend fou lui-même.
Il n'arrive toujours pas à définir l'emprise que Bill a sur lui, ni même à quoi elle est dûe. Bill est magnifique, personne ne peut le nier, encore moins quelqu'un comme Tom. Qui peut résister à de telles courbes, à de telles formes ? Ce garçon a cette lueur dans les yeux... il envoûte Tom à chacun des regards qu'il pose sur lui. Une sensation trop puissante pour qu'il puisse la contrôler envahit Tom et brouille sa vue, mélange ses pensées et joue au football dans son estomac.

Et le pire, c'est qu'il adore ça. Il adore tout ce que Bill fait naître en lui. Ce qu'il ressent à ses côtés ou quand il le voit en pensées est plus exaltant que tout ce qu'il a connu par le passé. Il doit vraiment réussir.

[...]

Le reste de l'après-midi a filé à une vitesse affolante. Un véritable jeu du chat et de la souris s'est déclaré entre les deux hommes. Bill n'a laissé aucun indice sur l'endroit où il serait par la suite, et Tom a du faire preuve d'ingéniosité pour le retrouver la première fois. L'androgyne se trouvait sur le terrain des attractions à sensations fortes. Il ramassait les tickets achetés par les participants dans chaque manège. Tom a bien dû mettre une demi-heure avant de lui mettre la main dessus. Et tout ce que Bill a su faire, c'est de lui adresser un sourire compatissant et lui caresser le dos de manière rassurante. Un grand frisson a secoué Tom jusqu'à la racine de ses tresses.

« Bah alors on a froid ? Tu veux que je te réchauffe ? » avait demandé Bill avec de grands yeux innocents en apercevant la chair de poule sur les bras du tressé.

Le brun a bien réfléchi tout au long de l'après-midi. Laisser tomber sa gêne et sa résistance face à Tom est la meilleure idée qu'il ait eue ces derniers jours. Il découvre une nouvelle partie de sa personnalité. Celle qui aime jouer, qui aime charmer, tenter puis repousser. C'est follement excitant, et il compte bien en profiter.

« Pourquoi pas... Dommage que ces jeunes t'aient pas laissé de capotes dans ton grand carton tout à l'heure... »
« Oh, ça se trouve si facilement ces petites choses ici... »

Sur ces mots, il est retourné vaquer à ses occupations pour disparaître à nouveau quelques minutes plus tard. Tom a cru devenir fou. Où était-il encore passé ? Il le faisait exprès, bien sûr. Il savait que Tom ferait n'importe quoi pour le retrouver à chaque fois.

Ils ont ainsi passé l'après-midi à se courir après, pour le plus grand plaisir des deux. Se sentir autant désiré est un sentiment euphorisant, et savoir que sa proie répond à nos attentes l'est tout autant. Bill ne montre plus aucune once de timidité, ni d'hésitation quant à ses désirs envers Tom. Cette petite chasse les amuse autant l'un que l'autre d'ailleurs. Bill adore voir Tom s'approcher de lui et lui murmurer un « te voilà enfin » des plus sensuels à l'oreille. Il a pris sur lui pendant des heures pour ne pas tourner la tête à chaque fois que Tom s'est penché vers lui, et attraper ses lèvres entre les siennes. L'envie est là, beaucoup trop présente pour qu'il n'arrive à la contenir encore longtemps. Cette bouche pulpeuse lui donne des envies de folie, et il ne va pas y résister très longtemps.

Bill secoue la tête en riant alors qu'il plante la tige en métal qu'il tient à la main dans un papier en plastique. Il doit ramasser les ordures pour la soirée. Il porte une combinaison vert pomme horrible, et n'a aucune envie de croiser Tom habillé de la sorte. Il lui a encore fait faux-bond, prenant la fuite pour répondre à un appel soi-disant urgent.
Urgent tu parles, il voulait juste rendre Tom fou de frustration en lui échappant à nouveau. Il ne va plus le faire attendre cependant, il en a autant envie que lui.

« Cette fois-ci, c'est mort, tu ne m'échapperas plus ! » entend-il derrière lui.
« Et qu'est-ce qui te rend aussi sûr de toi dis-moi ? » rétorque-t-il en se retournant.
« Ne suis-je pas une raison suffisante à moi tout seul ? »

La vue l'embrase tout entier. Tom a changé de tenue. Il a troqué son tee-shirt blanc trop large contre un débardeur serré noir, laissant voir ses abdos si bien sculptés. Ses bras musclés sont aussi visibles entièrement, et Bill a envie de se blottir entre eux, et de caresser la peau ferme du bout des doigts. Il se racle la gorge et retient la réponse brûlante qui le démange.

« Que tu crois. C'est pas la modestie qui t'étouffe toi hein. Aah j'en ai assez de ce maudit piquet ! » s'énerve-t-il en balançant son outil de travail au sol.
« Que dirais-tu... de prendre une petite pause et d'aller écouter le concert de ce soir ? » suggère Tom en se penchant pour le ramasser.
« Avec toi ? »
« Avec moi. » répond Tom, un sourire malicieux aux lèvres.
« Laisse-moi me changer au moins, je ne supporte plus cette horreur. »

Ils se dirigent tous les deux vers la caravane de Bill où il ne prend que quelques minutes pour passer des vêtements plus adéquats.

« Dommage, j'aimais bien le vert. » décrète Tom.
« Ah oui ? C'est ma couleur tu trouves ? » minaude le plus jeune en battant des cils.

Tom rit et ferme la porte de la caravane, avant de plaquer l'androgyne contre elle.

« Hm hm... Mais je préfère tes fringues à toi. Elles te mettent... un peu plus en valeur. »

Il approche son visage du sien et s'arrête à quelques centimètres de sa bouche. Ils louchent pour se regarder dans les yeux, et le souffle qu'ils sentent sur leur propre visage leur fait perdre la tête. L'excitation de ce qui va arriver se rue dans leurs cerveaux et renverse tout sur son passage. Leurs yeux se ferment et leurs respirations accélèrent d'elles-mêmes. Ils sont bien trop près, bien trop proches d'enfin concrétiser ce fantasme qui les habite depuis qu'ils se sont rencontrés pour garder les pieds sur Terre.

Bill inspire bruyamment et gémit de contentement quand leurs bouches se touchent enfin. Leurs lèvres s'imbriquent presque douloureusement, et ils perdent l'esprit pour de bon. Tom l'attrape par la hanche et l'écrase encore plus contre le métal froid, alors que le brun entoure sa nuque de ses mains. Le baiser est délicieux, et ils n'arrivent pas à s'arrêter. Ils se détachent à peine quelques secondes pour respirer avant de fondre à nouveau l'un sur l'autre.
Tom mordille la lèvre inférieure de Bill et ne peut s'empêcher de trouver incroyablement sexy les soupirs qui sortent de sa gorge. Ils ouvrent la bouche au même moment, et un feu d'artifices explose quand leurs langues entrent en contact pour la première fois. Tom se maudit et durcit presque en réalisant qu'il n'a jamais remarqué le piercing à la langue du jeune homme. Les sensations qu'il lui procure échouent directement dans son bas-ventre.

« Putain c'est quoi ce piercing ? » gémit-il contre les lèvres rougies du brun.
« Tu aimes ? » chuchote Bill, à bout de souffle.
« Ouais. » grogne le tressé en réponse, avant de l'embrasser à nouveau.

Ils s'embrassent comme des affamés, n'arrivant jamais à stopper l'impression de manque quand ils se séparent ne serait-ce qu'une demi-seconde. Ils n'en ont jamais assez. Les milliers de frissons qui dévalent leurs corps sont trop bons, trop puissants pour qu'ils aient jamais envie d'arrêter. Bill caresse tendrement la peau frémissante sous ses doigts, et se sent merveilleusement bien quand les doigts de Tom font la même chose sur ses hanches. Ses mains sur lui sont sûrement la meilleure chose qu'il ait connue jusqu'à cet instant.
Leur ardeur se calme à mesure que les minutes passent. Ils restent enlacés contre cette caravane, à s'embrasser encore et encore, à se presser l'un contre l'autre...
Tom se sent béni des Dieux. Bill embrasse comme personne, et il est déjà plus que dépendant de ses baisers. Il a tellement, tellement bien fait de se lancer après lui, et d'avoir poussé sa chance toujours plus loin. Il frotte son nez contre le sien et adore le rire qui résonne dans/à ses oreilles. Il est ailleurs, dans un monde régi par l'émoi qui s'est emparé de lui dès que sa bouche s'est écrasée contre celle de Bill.
Bill n'en mène pas large non plus. Sa tête dodeline contre la paroi froide et il refuse d'ouvrir les yeux. La façon que le tressé a de l'embrasser, et d'essayer de le dominer à chaque baiser le rend fou. Si c'est dû aux quatre années qu'il a de plus que lui, alors Bill se jure de toujours sortir avec des hommes plus vieux que lui. Il couine quand il sent sa langue sucer son cou et se dit qu'il a fait le bon choix.

Putain ouais, il a vraiment fait le bon choix.

Ils se séparent enfin mais restent enlacés. Un sourire niais a pris place sur leurs lèvres gonflées et ils ne peuvent s'empêcher de partager un nouveau baiser. Ils n'arriveront jamais à se stopper et passeront le reste de la nuit à se dévorer la bouche. Joli tableau non ?

« Bill ça fait des heures que j'te cherche partout ! Je peux savoir ce que tu fais ? » nargue une voix tout près d'eux.

Ils grognent tous les deux et redescendent sur Terre avec énormément de difficultés. Le cou de Bill est trop confortable et l'odeur de ses cheveux trop délicieuse pour que Tom arrive à s'en détacher aussi facilement.

« Dégage Tu Anh. » marmonne Bill avant de lui faire face.
« Non, pas avant de savoir ce que tu trafiques. »
« Ca se voit pas peut-être ? »
« Si si c'est très clair. J'avais juste envie de venir t'embêter un peu. » jubile la brune.
« Putain mais t'es vraiment trop... ah ! Allez Tom on s'en va. » dit Bill avant d'entraîner son... petit ami ? Plus loin.
« C'est ça allez copuler ailleurs ! »

Ils s'éloignent d'un pas vif en retenant un éclat de rire. Cette fille est vraiment incroyable. Ils se retrouvent sous un arbre près du camping de Tom.

« On va rejoindre les aut - »

La fin de la phrase de Tom meurt dans sa bouche alors que Bill s'est jeté sur lui pour l'embrasser. Il est fou. Fou de cette bouche pulpeuse et tentatrice. Fou de ces mains qui modèlent son corps et font grouiller l'envie dans son ventre. Tellement fou...
Il décide de se lancer, d'abandonner complètement le peu de volonté qu'il lui reste, et lance une phrase qui le fait frissonner de tout son être. Tout est beaucoup trop rapide, intense. Il est pris dans un tourbillon de passion dont il n'a aucune envie de s'échapper.

« J'ai envie de toi, si tu savais... »

Tom écarquille les yeux.

« Qu'est-ce qui est arrivé au Bill qui a refusé de manger avec moi hier ? » demande-t-il presque à contre-cœur.
« Il a réalisé qu'il avait été très con de te repousser comme ça... Tu le pardonnes, dis ? »
« Ca dépend. Qu'est-ce qu'il a envie de faire là ce certain Bill ? »

La voix de l'aîné est rauque de désir, et ses yeux noircissent toujours plus. Dans son regard, Bill se sent vivant, envié. Il le pousse contre l'arbre et après avoir vérifié que personne autour ne pouvait les voir, il répond sur sa bouche.

« Tu verras bien. »

Tom ferme les paupières s'abandonne à ses sens. Bon Dieu, mais qu'est-ce que Bill va lui faire ?

[...]

Deux corps sortent discrètement de derrière le grand chêne de l'hippodrome, et main dans la main se dirige vers le camping. Cela fait une bonne heure qu'ils se sont cachés et adonnés à des plaisirs défendus.
Ils ont l'air satisfaits, presque saouls. Leurs joues sont rougies et leurs regards brumeux, voilés. Tom a eu du mal à se remettre de son orgasme qui mouille encore un peu son boxer. Il revoit encore la main qu'il serre dans la sienne griffer son torse, s'aggripper à ses tresses, et ses entrailles se tordent. Il a l'impression de vivre un rêve éveillé. Bill est trop beau, trop bon, pour être vrai.

« Eh bah alors où vous étiez ? » s'écrie Julien en les voyant arriver.

La bande des quatre est tranquillement assise autour du feu en train de jouer quelques vieilles reprises, toujours avec les mêmes instruments empruntés la veille.

« T'as pas deviné encore ? » répond Bill en surprenant tout le monde.

Il n'arrive presque pas à croire ce qu'il vient de faire. Il n'est ni vierge ni prude, mais ce genre de rapports accélérés, ce n'est pas son genre d'habitude.

Il leur lance un sourire narquois avant de s'installer à côté d'eux, se pelotonnant dans les bras de Tom. Il attrape la bouteille de bière que lui tend un des amis du tressé, dont il ne connaît pas le nom d'ailleurs, et avale une gorgée. Ils se remettent à jouer, et la soirée passe sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Les joints circulent, les canettes de bière aussi. Tom a été chercher sa guitare et a joué quelques morceaux, pour le plus grand plaisir de Bill. Il le trouve tellement craquant, les yeux fermés et cette expression extatique sur le visage. Ils ont passé de longues minutes à s'embrasser aussi, secouant le petit groupe d'un rire nerveux. Mais que voulez-vous, à peine leurs lèvres se touchent-elles qu'ils sont renversés par une vague de plaisir contre laquelle il est inutile de lutter.

« Je vais devoir y aller. » déclare Bill en regardant sa montre.

Il est près d'une heure du matin, et il doit se lever tôt afin d'être prêt pour neuf heures. Il salue Julien, Ben, Marco et Gabriel dont il a enfin appris les prénoms, et laisse Tom le raccompagner. Arrivé à la porte de la caravane, ils s'embrassent une dernière fois et se souhaitent bonne nuit. Tom n'a même pas eu envie de lui demander de le faire entrer. Il n'en a pas ressenti le besoin. Ce qui s'est passé ce soir est amplement suffisant. Il est définitivement sous le charme de ce beau brun, et de ses baisers affolants.

Une fois la porte de la caravane fermée à double tour, Bill se retourne et pousse un cri de surprise. Une petit silhouette aux yeux brillants se tient, mains sur les hanches, en face de lui. Tu Anh campe fermement sur ses pieds, un air décidé sur le visage.

« Bon alors tu vas me dire ce qui s'est passé, et avec TOUS les détails, c'est clair ? »
« Mais oui, viens t'asseoir. »

Elle sautille et court s'allonger sur le lit de son ami.

« Je t'écoute. » déclare-t-elle solennellement.
« Bon... Cette aprem' je distribuais les capotes sur le terrain, et il m'a retrouvé. Normal quoi. Il m'a demandé d'en garder pour nous, et quand je lui ai demandé sa taille il a fait une de ces têtes... Enorme ! » raconte Bill.
« T'as dis ça ? Sérieux ? Je suis fière de toi dis-donc ! » répond la jeune fille.
« Ouais. T'as un groupe de fous furieux qui est arrivé et qui m'a dévalisé. J'ai failli me casser la gueule tellement j'étais bousculé, et il a passé son bras autour de moi pour m'empêcher de tomber... J'vais avoir l'air d'une fille mais j'étais trop bien tu peux pas savoir... Juste après je suis parti sans lui dire où j'allais ensuite ! »
« Ah tu m'étonnes ! Et il t'a retrouvé ? »
« Oui oui. A chaque fois que je disparaissais, il revenait à la charge. On a passé l'aprem' à jouer à cache-cache, c'était drôle. » s'extasie Bill.
« Ouais bon épargne-moi les détails Bill, raconte plutôt comment vous en êtes arrivés à vous rouler une pelle contre la caravane ? »

Bill s'étonne du langage si cru de son amie. Elle d'ordinaire si innocente sonne désormais comme une obsédée, en quête du moindre détail croustillant qu'elle peut dénicher. Et en fait, c'est ce qu'elle est.

« J'étais en train de nettoyer du côté des gosses je crois, et il m'a rejoint. J'ai pris une pause, et je suis venu ici me changer. J'allais ouvrir la porte quand... il m'a attrapé et poussé contre la porte. Je contrôlais plus rien. Bordel il embrasse comme un Dieu ! »

Bill soupire de bonheur et se laisse tomber contre les oreillers. Des étoiles brillent dans ses yeux sombres, reflétant la joie qui l'habite depuis ce soir.

« Et après ? » questionne Tu Anh, avide.
« Tu nous as dérangés, curieuse. On est partis vers le camping et... voilà. »
« Comment ça voilà ? Vous avez couché ensemble ? » s'insurge-t-elle.
« Non. Pas encore. On a fini la soirée avec ses potes, il a joué de la guitare... » se souvient l'androgyne.
« Il joue en plus ? Il est parfait ce mec ou quoi ? »
« Ouais... » s'émerveille Bill.

Tu Anh sourit, sincèrement heureuse pour son ami. Il a l'air heureux d'avoir changé d'avis et de s'être lancé avec Tom.

« Tu regrettes pas alors ? » se risque-t-elle.
« Carrément pas. »

Elle quitte la pièce et le laisse s'endormir tout habillé, envahi par des souvenirs et des sensations incroyables. Des lèvres qui se posent sur les siennes, des mains qui caressent son corps à l'en faire frémir encore et encore, une voix rauque à l'oreille...

A quelques pas de là, Tom referme l'entrée de sa tente en jetant un regard aux étoiles. Il les remercie en silence, riant de lui-même, mais trouvant le geste parfaitement justifié. Après tout, il faut bien être reconnaissant envers quelque chose ou quelqu'un pour ce qui s'est passé ce soir.

Quand Bill se réveille quelques heures plus tard, des centaines de papillons volettent dans son ventre. Il se frotte les yeux, étalant le reste de son maquillage sur ses joues. Il chantonne alors qu'il choisit ses affaires et part se doucher. Il revient vite à la caravane et est prêt en quelques minutes. C'est le dernier jour du festival, donc le dernier jour avec Tom.

Tout est allé si vite, songe-t-il. Il a craqué sur lui dès le début et a pourtant bêtement perdu son temps à le fuir. Mais il s'est ressaisi, les marques que leurs baisers ont laissés sur sa peau témoignent du revirement de situation. Au diable le cliché qu'il a voulu éviter, Tom embrasse trop bien pour passer bêtement à côté.
Il va prendre note de son emploi du temps de la journée et voit qu'il a l'après-midi de libre. Ce matin, il doit juste s'occuper de l'infirmerie. Il est l'un des seuls membres de l'équipe à posséder son brevet de secourisme. Il se demande s'il doit passer avertir Tom ou le laisser le trouver tout seul. Il a très envie de passer la journée avec lui, c'est clair, mais ce petit jeu qui s'est instauré entre eux lui plaît beaucoup aussi. Il retourne à la caravane et ouvre discrètement la porte. Il repère un morceau de papier et laisse une note à son amie encore endormie. Elle a sa matinée de libre.

Bill ressort et se rend directement au chapiteau des premiers secours. Il est encore très tôt, seuls les malheureux fêtards à la gueule de bois sont assis sur des bancs, un verre d'eau et une aspirine à la main.

Le pan de la tente se soulève et un grand blond que Bill reconnaît sur le champ entre en titubant avant de s'affaler par terre.

« Julien putain fais un peu gaffe ! » se plaint une voix alors que son émetteur se précipite sur l'évanoui.
La joue de Bill tressaille alors qu'il entend la voix de son... copain ? Bill retient un sourire en se dirigeant vers eux, pensant qu'il a tout à fait le droit d'appeler son copain quelqu'un qu'il a embrassé à en perdre haleine (et même plus encore) et qui lui a couru après depuis presque quarante-huit heures.

« Voilà ce qui arrive quand on mélange shit et vodka à trop haute dose... » se moque-t-il en s'avançant pour aider Tom.

Tom est agréablement surpris de voir le jeune homme ici, à cette heure si matinale. Il laisse ses yeux vagabonder sur son corps et ne peut s'empêcher de le trouver encore plus beau que la veille. Il a toujours du mal à croire qu'il puisse être de quatre ans son cadet. Il ne fait plus attention à son cœur qui se met à cogner plus fort. Il s'est résigné, il s'emballe, dès qu'il voit le brun ou qu'il pense à lui.

Il attrape les bras de Julien et le soulève avec difficultés. Ensemble, ils l'allongent et échangent un regard complice quand la masse endormie rote dans son sommeil.

« Ce mec est un cas désespéré. » soupire Tom, amusé.

Ils s'assoient tous les deux et se dévorent littéralement du regard. Tom meurt d'envie de se pencher et de goûter à nouveau aux lèvres de Bill, mais il se retient. Le brun n'a rien tenté, et il ne veut pas le forcer. Choix plutôt incompréhensible, vu qu'il ne lui reste qu'une journée à passer en sa compagnie.

« Ouais, complètement. Je plains sa copine. »
« Julien ne fait pas dans... les relations longues durées. » s'esclaffe Tom, pouffant en imaginant son ami avec quelqu'un pendant plus d'une semaine.
« Toi non plus j'imagine ? » se risque Bill.

Tom est mal à l'aise. Pris dans ce tourbillon insensé, il n'a pas pensé à ce que le brun attendait de quelqu'un. Après tout à dix-huit ans, on a pas forcément les mêmes attentes.

« Euh... non. Du moins, c'est rare. » répond-il honnêtement.
« A ton âge, tu devrais pas plutôt chercher à t'caser ? »
« Disons que j'ai pas encore trouvé chaussure à mon pied... Mon Dieu dis-moi que j'ai pas dit ça tout haut ! »

Bill éclate d'un rire goguenard devant la mine déconfite du plus âgé. Un pincement tiraille sa poitrine un bref instant cependant. Il se doutait bien que Tom ne cherchait pas quelque chose de sérieux, et c'est aussi pour cette raison qu'il a cédé aussi vite (car oui, vingt-quatre heures, pour Bill, c'est rapide). Ce doit être cette part d'enfance rêveuse et en attente du prince charmant encore un peu trop ancrée en lui qui est déçue.

« Excusez-moi. A moins d'avoir besoin de soins, je vous demanderais de sortir pour laisser notre équipe disponible Monsieur. »

Ils relèvent la tête et rencontrent les traits sévères du responsable de l'équipe du SAMU appelée pour l'événement.

« D'accord, pardonnez-moi Monsieur. » s'excuse Tom en se levant.

Bill se lève à son tour et l'accompagne à la sortie. Tom le regarde dans les yeux et baisse la tête pour effleurer ces lèvres qui font battre le sang à ses oreilles. Mais au moment où il va pour l'embrasser, Bill se recule précipitamment, faisant grogner Tom de frustration.

« C'est quoi cette fois-ci ? » geint-il.
« Ton haleine, horrible. Va te brosser les dents et reviens vers midi. » rougit Bill, fondant devant son air renfrogné.
« Tu me laisseras t'inviter à déjeuner ? »
« Si tu es sage. Maintenant file ou je vais me faire taper sur les doigts. »
« Je pourrai toujours souffler dessus, ou plus... si tu me laisses faire. » chuchote Tom.

C'est sur ces mots qu'il part en courant, sa peau dorée brillant sous le soleil matinal et laissant l'androgyne derrière lui, un « il est adorable putain » au bord des lèvres.

[...]
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 15:27

Tom a fini de se brosser les dents depuis un moment. Il traîne sur le camping, attendant de pouvoir retourner voir Bill.

Une idée clignote devant lui, et s'il s'était trouvé dans un dessin animé, une ampoule se serait allumée au dessus de sa tête. Si Bill s'occupe des blessés ou des malades, alors il doit trouver un moyen de se blesser. Superficiellement du moins, il ne tient pas à finir à l'hôpital. Il se précipite à sa tente et pénètre à l'intérieur. Gabriel dort encore, parfait. Il le secoue quelques instants, et pince sa hanche. La réaction ne se fait pas attendre. La main de son ami s'abat fortement sur son oreille, s'accrochant à une de ses boucles d'oreilles. Il jure mais sourit à travers la douleur. Il touche son lobe et a l'air satisfait de sentir un peu de sang s'en échapper. Il remercie son agresseur et trottine vers la grande tente blanche.

« Qu'est-ce que tu fais encore là ? » s'étonne Bill en le voyant débarquer.
« Me suis disputé avec Gabi... » ment le tressé en dévoilant son oreille meurtrie.

Les sourcils épilés du brun forment un trait noir et il attrape Tom par le bras pour l'installer à l'écart.

Il applique du désinfectant sur la peau rougie, enlève sa boucle d'oreille et grimace quand le saignement devient plus abondant. Tom se laisse faire sans rien dire, se délectant du toucher de Bill sur sa peau et de sa respiration calme sur son visage.

« Comment est-ce qu'il t'a fait ça ? » s'inquiète Bill.

Tom ne peut se résoudre à lui mentir quand il a l'air aussi soucieux. Le petit brun causera sa perte, avec ses grands yeux qui feraient avouer leurs crimes à n'importe quel assassin.

« Je me suis pas vraiment battu avec lui en fait... Je l'ai en quelque sorte chatouillé dans son sommeil... et il est pas du genre à apprécier ça. »
« Tu l'as... Tom me dis pas que tu t'es ouvert l'oreille pour entrer ici ? » couine Bill, incrédule.
« Ben si. »
« T'es impossible. T'as quel âge rappelle-moi ? Réponds pas, je vais te chercher de la glace. »

Bill se redresse mais une main qui s'enroule autour de son poignet le retient.

« Je mérite pas un baiser plutôt ? Après tout, j'ai fait tout ça pour te voir... » implore le blessé.

Bill lève les yeux au ciel mais reprend sa place initiale. Tom rapproche leurs visages et le plus jeune recule encore une fois.

« Tu pues plus l'alcool ? » taquine-t-il alors que leurs lèvres se frôlent dangereusement.
« Viens vérifier toi-même... » répond Tom.

Bill n'attend pas plus et cède à cette envie qui lui dévore l'intérieur depuis ce matin. Il plaque sa bouche sur celle de Tom et prend le contrôle d'un baiser qui leur fait perdre pieds. Il suce ses lèvres et les ouvre lui-même de sa langue. Tom étouffe un gémissement contre son piercing qui frotte son palais et une bouffée de désir le fait chavirer. Il se rapproche encore plus de Tom, et, sans casser le baiser, grimpe sur ses genoux, écartant les cuisses autour de lui. Le tressé est aux anges. Bill est si bon, pressé contre lui de cette façon. Il passe sa main sous son tee-shirt et caresse sa peau chaude. Bill est assailli par des centaines de décharges électriques à ce contact et approfondit l'échange. Comme la veille, ils ne sont plus capables d'y mettre un terme.

Inconsciemment, Bill ondule lentement des hanches, et frotte leurs bassins à travers leurs jeans. Leurs bas-ventres s'enflamment et leurs gorges se serrent. Ils ont chaud, sentent l'excitation monter peu à peu. Les doigts de Bill massent le haut de la nuque de son homologue, et leurs bouches se goûtent avec toujours plus de passion.

« Excusez-moi de vous interrompre à nouveau, mais vous êtes priés d'aller faire ça ailleurs. » ordonne sèchement l'infirmier de tout à l'heure.

Les deux hommes se détachent d'un coup et Bill affiche un air coupable en se relevant.

« Pa-pardon... » bégaie-t-il.

Ils décident de quitter la tente, bien que Bill ne finisse son service que dans une demi-heure. L'humeur est vite retombée mais la discussion reprend rapidement. Ils arrivent devant un stand de frites et Tom réussit à inviter l'androgyne, de son plein gré cette fois-ci. Ils emportent leurs barquettes et leurs bouteilles de soda (un Sprite pour Bill, toujours un Sprite pour Bill) à l'ombre. Ils déjeunent en silence, ne se lâchant pas du regard, faisant grimper à son maximum la tension qui s'est évaporée tout à l'heure.

Bill porte sa canette à sa bouche, mais dans un mouvement d'inattention, en renverse la moitié sur ton tee-shirt.

« Mais c'est pas vrai ! »

Tom lui lance un regard compatissant, attendri par l'air abattu du brun.

« C'est rien va. Un peu d'eau et ça sera comme neuf... » suggère-t-il.

Bill secoue la tête et examine son tee-shirt. Un simple chiffon imbibé n'arrangera rien.

« Non, je dois aller me changer. Ca te dérange pas de m'attendre ici ? »
« Dépêche-toi. » souffle simplement Tom en attirant le brun contre lui pour lui voler un baiser.

Bill semble se ramollir au contact de sa bouche et s'éloigne d'un pas rapide, avant de se laisser emporter. Le soleil cogne comme jamais depuis le début du mois de juin et la chaleur lui fait tourner la tête. Rester près de Tom trop longtemps n'est pas une bonne idée, surtout par une telle chaleur. Il ne se fait pas confiance.

Il déverrouille la serrure de sa caravane et se rue dedans. Il déteste sentir le tissu collant contre sa peau. Il s'en débarrasse et le jette dans un coin de sa petite chambre. Il se penche sur sa valise et déniche un débardeur et se relève, faisant craquer ses rotules.

Un torse vient se coller dans son dos et des lèvres caressent sa nuque :

« Et si tu enlevais le reste plutôt ? »

Les bras de Bill se recouvrent de chair de poule instantanément. Le souffle brûlant qui tape contre sa nuque contraste avec la fraîcheur du frisson qui le traverse tout entier. Il ferme les yeux et n'ose pas se retourner. Il sait pertinemment ce qui va arriver s'il se retourne et qu'il lui fait face. Il le sent dans ce bras qui remonte le long du sien et qui vient se placer sur sa taille. Bill se crispe quand Tom l'attire contre lui, enroulant son autre bras autour de son torse, une de ses mains parcourant la peau diaphane.

Tremblant, le brun tourne la tête et sent le nez de Tom venir caresser sa joue. Bordel, sa respiration est si chaude qu'il en a le tournis. Ou une érection.

Bill ouvre enfin les yeux et fait volte-face, plongeant son regard noir dans celui du tressé. Ses yeux sont noirs eux aussi, et plein du désir qui le consume sur place depuis qu'il est entré dans cette caravane. Tom prend la joue de Bill dans sa paume, ce dernier s'appuyant dans la caresse. Le toucher de Tom sur sa peau lui fait encore plus perdre ses moyens qu'avant. Sa peau s'embrase. Son sang bouillonne dans ses veines, augmentant son rythme cardiaque en un claquement de doigts.

Tom fait un pas et le pousse doucement contre le mur puis écarte ses jambes avec une des siennes. Leurs jeans se frottent l'un contre l'autre, c'en est presque indécent. Ce devrait être leurs peaux, leurs cuisses. Tom délaisse la joue du brun et s'empare de ses mains. Il les lie aux siennes, enlaçant leurs doigts, et les plaque au-dessus de sa tête. Il s'avance encore un peu et embrasse Bill avec toute l'envie, toute la passion qu'il lui inspire. Il suce ses lèvres, lèche son palais, mord son menton, et va se réfugier dans son cou. Bill gémit et ondule contre lui. Il a chaud. Trop chaud. Tom est trop chaud, et lui bien trop réactif à ce genre de tortures. Il se sent vierge, comme si personne ne l'avait encore jamais touché, et que le moindre effleurement pouvait le faire jouir. Il répond au baiser comme si sa vie en dépend. Leurs nez se cognent alors qu'ils essaient maladroitement de trouver un meilleur angle.
Tom brise l'échange l'espace d'un instant pour s'assurer que Bill a capté ses intentions. Son cœur lâche quand il croise le regard lubrique du plus jeune. Comment quelqu'un aussi innocent que lui en apparence peut-il receler autant de... Tom n'arrive pas à mettre de mots sur ce que Bill dégage. C'est totalement irréel. Il le prend dans ses bras et le décolle brusquement du mur pour l'allonger sur le lit encore défait de la nuit. La peau nue de Bill tressaille quand le débardeur de Tom la caresse. Il écarte les cuisses et accueille Tom entre elles avec un plaisir non dissimulé. Ils sont déjà durs, si durs qu'il suffirait de quelques coups de reins pour les faire venir.

Tom détaille le jeune homme sous lui. Jamais personne ne lui a fait autant d'effet en si peu de temps. Jamais il n'a eu autant envie de quelqu'un aussi rapidement. Il plonge à nouveau sur sa bouche pour s'empêcher de penser. De penser à combien Bill est foutrement excitant, à combien il va être étroit autour de lui dans quelques minutes. Mais même la manière dont Bill embrasse lui donne envie de jouir. Bordel, et son cœur qui refuse de se calmer.

« Okay stop... » murmure-t-il en se redressant.

Il s'appuie sur ses coudes et sourit en voyant l'air inquiet de Bill.

« Tu veux pas ? Pourtant on dirait pas... »
« Oh si j'en ai envie, » le rassure-t-il « c'est juste que si tu continues comme ça, je vais pas durer... »
« Mais qu'est-ce que j'ai fait ? » demande Bill, perdu.

Ils sont tous les deux excités, il sent presque Tom s'introduire en lui et voilà que tout s'envole ?

« Putain tu l'ignores... Tu es juste si sexy, si attirant... Tu me rends fou Bill. Merde. » jure-t-il avant de se recoller à lui pour l'embrasser.

Bill rit dans le baiser et décide de prendre les choses en main. Tom le veut, et Tom l'aura. Ses mains s'accrochent aux plis du marcel alors qu'il recommence à se frotter contre lui. Il est si dur, et c'est si bon... Il retire d'un coup sec le débardeur noir, cassant le baiser et arrachant presque la tête de Tom, mais il s'en fiche. La seule chose qui compte à présent est de le sentir le plus possible. Sa peau contre la sienne fait des merveilles. De délicieuses sensations l'électrisent et il se tortille un peu plus vite, un peu plus fort.

« Retire ton pantalon. » souffle-t-il.

Tom s'exécute, ses doigts s'empêtrant entre les boutons de son baggy. Son boxer est déjà mouillé, il n'en revient pas. Il balance le jean d'un coup de pied et s'attaque à celui du brun qui rejoint vite le sol lui aussi. Il se redresse et chevauche une cuisse de Bill, venant enfoncer l'autre contre la couture défigurée de son boxer. Ils halètent contre le cou de l'autre, le plaisir les envahissant et les déconnectant de la réalité.

« T'as des... merde... ? » peine à formuler Tom.
« Table de nu-ha-it. »

Le tressé donne un coup de rein plus fort pour atteindre le petit meuble et retombe aussi net sur le corps en sueur de Bill.

« Putain. »

Il s'empare du préservatif et quitte les jambes du brun un instant. Il regrette déjà sa chaleur et la sensation de son érection contre sa cuisse. Il ôte son boxer, dévoilant ainsi son sexe. Bill se lèche les lèvres à cette vue. Il crève tellement de l'avoir en lui... Il note mentalement à quel point Tom le fait ressembler à une chienne en chaleur. Il n'est pas d'une nature timide avec ses amants. Mais avec Tom tout est décuplé, bien plus intense. Il ne cherche même plus à en connaître la raison, il s'est simplement fait à l'idée.

Il observe Tom dérouler le préservatif et commencer à l'enfiler.

« Attends. »

Il s'approche félinement et attrape le bout de latex dans sa bouche, avant d'englober la virilité de Tom, déroulant la protection autour de lui. Le souffle de Tom se coupe, comme si on venait de le frapper en plein estomac. L'humidité bouillante autour de sa verge lui fait voir des étoiles. Merde, personne ne lui a jamais enfilé une capote de cette manière. Presque aussi vite que la chaleur est survenue, elle disparaît et Bill reprend sa place sur le lit. Il se débarrasse de son boxer de lui-même, ne supportant plus le tissu rugueux contre son membre sensible.

« Arrête ça, ou tu vas le regretter... » le prévient Tom.

Bill hausse un sourcil et se redresse pour saisir sa main et l'attirer sur lui. Ils se rallongent et crient à l’unisson quand leurs sexes se rencontrent, sans presque aucun artifice entre eux cette fois-ci. Tom descend une main et caresse lentement le sexe luisant de Bill contre son ventre. La lenteur de ses gestes contraste avec l'envie qui lui tord le cœur. Bill ouvre les cuisses encore plus grand et se raccroche aux épaules de Tom. Ses ongles griffent sa peau bronzée et ses dents viennent la maltraiter. Tom couine, et le branle plus fort.

« Mh-erde... Arrête ça, ou j'vais han ! Venir... » articule Bill.

Tom laisse échapper un rire moqueur vite coupé par un gémissement quand il sent une main s'enrouler autour de sa verge. Bill le fixe, attendant qu'il fasse quelque chose.

« Okay. »

Bill relâche sa prise et pose ses mains à plat sur le matelas. Il relève les genoux et écarte les jambes, laissant une vue imprenable de son entrée à Tom qui se rue presque contre elle. Il pénètre Bill d'un doigt, puis de deux, écartant délicatement ses chairs. L'idée de lui faire mal le rend malade. Il veut que tout ne soit que plaisir. Il prépare le brun pendant quelques minutes, et arrête une fois que ses soupirs de bien-être deviennent trop lascifs et sa voix trop aigue.
Il approche son bassin et souffle un grand coup, la nervosité et l'excitation lui tordent l'estomac.
Il frotte son sexe dans l'étau déjà si étroit de Bill, et siffle entre ses dents quand il amorce un mouvement pour le pénétrer. Il se retient au dernier moment, un flash de lucidité éclatant dans son esprit.

« Quoi encore ? » geint Bill.
« Tu n'es pas... ? » hésite Tom.
« Non non. Tu peux... y aller. » répond le brun, timidement.

La passion a quelque peu disparu, bien que le désir demeure toujours aussi fort. Tom sourit et vient caresser les lèvres de Bill des siennes, les mouillant de sa langue alors qu'il s'introduit avec une précaution démesurée en Bill. Quelques chose éclate en eux. Un plaisir incommensurable, une vague d'adrénaline qui se mélange à leurs sangs et à leurs oxygènes, des milliers de picotements qui parcourent leurs peaux.

Ils gémissent en cœur à mesure que Tom s'enfonce toujours plus loin dans le corps du brun. Il est emprisonné dans ce corps si étroit, si petit, si sexy et si attirant, qu'il n'a presque pas envie de bouger. Il veut rester dans cette position, enserré en Bill pendant des heures. Son sexe est bloqué entre les chairs tendues de Bill, et ce simple contact l'envoie déjà loin. Bordel, Bill est tellement étroit.
Les doigts de Tom ont été efficaces. La douleur habituelle a à peine dérangé Bill, et il se mord la lèvre. Il se sent tellement excité, tellement bouillant sous lui.

« Putain... oui... » gémit-il à voix basse.

Tom est fasciné par le son qui s'échappe de sa bouche et vient le goûter, faisant vibrer leurs lèvres ensembles alors qu'il amorce un mouvement hors de lui. Sa peau sensible frotte contre les fesses de Bill et il ferme les yeux. Tout est désordonné, ils n'arrivent pas à trouver un rythme satisfaisant. Tom se réintroduit plus rapidement en Bill cette fois-ci, complètement accro à la sensation de son pénis dans cet étau si serré. Bill mord son épaule et se perd dans son plaisir. Tom est si imposant, plus que tout ce qu'il a connu jusqu'alors. Il sent ses os craquer, tant ses cuisses sont ouvertes. Tom s'enfonce en lui de plus en plus vite.

Ils soupirent, gémissent, crient. Ils ne retiennent pas les sons qui s'enfuient de leurs gorges, bien trop perdus dans les méandres du plaisir pour se soucier d'être silencieux. Tom enlace leurs deux mains et les plaque contre le mur. Il n'a plus aucun moyen de prendre appui pour s'aider. Être en Bill est si bon qu'il en a presque la nausée. L'excitation lui compresse le diaphragme et voir Bill la bouche ouverte, les yeux à demi-fermés et de la sueur sur le front lui donne envie de jouir.

« Tom ! » hurle Bill alors que l'aîné le pénètre plus fortement, heurtant quelque chose au plus profond de son corps, lui faisant voir des étoiles.
« Putain... Oui, oui ! » répond Tom.

Bill se contracte autour de lui au rythme de ses va-et-vient. Tom voit blanc. Son ventre se tord, il accélère encore. Leurs mains sont rouges tant elles se serrent, leurs peaux glissent l'une contre l'autre.

« Merde, t'es tellem-han ! Etroit... Refais ça oui ! » ordonne Tom.
« Baise-moi plus fort. »

Tom grogne et obéit. Il lâche les mains de Bill et les pose sur ses cuisses. Il baisse les yeux et les referme tout de suite en voyant son pénis entrer et sortir de Bill. Ses coups de reins se font plus brutaux, les faisant tous les deux monter d'une octave.

Toute la tension qu'ils ont accumulée depuis ce matin, et ce qui les pousse l'un vers l'autre depuis ces deux jours, se libèrent ici. Tom tape la prostate du brun à chacune de ses entrées, le faisant crier comme jamais. Il accélère encore, le pilonnant presque. Les couinements que Bill pousse à chaque fois foutent un bordel intersidéral dans son cerveau. Il lâche ses cuisses et les enroule autour de sa taille, puis se penche sur lui.

« Hun ! » gémit Bill alors que son sexe se retrouve à son tour compressé.

Le ventre musclé de Tom est dur, aussi dur que lui. Ses abdos contractés branlent le brun et il sent quelque chose de mouillé s'étaler dessus. Merde. Merde. Merde. L'échange devient bestial et il embrasse avidement Bill qui n'est plus capable de faire grand chose. Ses bras sont noués autour de son cou, sa bouche lèche la peau qu'elle peut atteindre. Il n'a jamais été baisé de cette façon, ou alors c'est cette foutue attirance pour le tressé qui lui brouille l'esprit ainsi.

Tom continue d'entrer et de sortir de lui à une vitesse affolante. Ils ne sentent presque plus le bas de leurs corps. Du moins, ressentir quelque chose en dehors de leurs sexes relève de l'impossible.

Ils crient. Tom veut jouir. Il veut que tout ce plaisir qui se concentre dans son ventre et qui fait battre son cœur éclate au bout de son sexe et le fasse exploser. Il se déchaîne, entamant un baiser qu'il fait déborder sur le menton, le cou, l'épaule, le téton durci de Bill. Il le désire tellement, il le possède si bestialement qu'il voit flou. Ses yeux se remplissent de larmes d'effort et de jouissance.

« Je han merde... je.... ha Bill ! » crie-t-il d'une voie enrouée.

Son sexe se tend encore plus, réquisitionnant il ne sait pas combien de quantité de son sang. Il puise dans le peu de force qui lui reste pour donner un dernier coup de reins qui l'envoie dans la troposphère. Il décolle, et plante ses ongles dans la peau épilée de Bill. Il se frotte contre lui, refusant de vivre son orgasme tout seul. Son ventre écrase la virilité du brun qui jouit soudainement contre lui. Les pieds de Bill cognent contre son dos, et ses cuisses sont si serrées autour de lui qu'il doit en avoir des crampes. Il se répand contre sa peau en sueur et prolonge leur orgasme en continuant de se frotter contre lui. Leurs pénis se rencontrent brusquement alors que Tom sort de Bill. Le latex du préservatif brûle le sexe de Tom qui se dépêche de l'enlever. Il halète encore du bien-être qu'il vient de ressentir. Il observe Bill reprendre sa respiration. Le brun est ailleurs, encore envahi par un émoi dont il ne connaissait pas la force. Son torse se soulève à une vitesse étonnante, sa respiration siffle.

Tom se précipite sur lui et prend son visage en coupe.

« Ouvre les yeux Bill, regarde-moi. »

Bill s'exécute difficilement, n'arrivant toujours pas à reprendre sa respiration. Tom vient coller doucement ses lèvres aux siennes, lui insufflant un calme étonnant après ce qu'ils viennent de faire. Bill se calme peu à peu contre ses lèvres, et lui rend son baiser. Ils s'embrassent de longues minutes, se laissant guider par une tendresse étrange qui les pousse à toujours plus de contact avec l'autre.

« J'avais jamais joui aussi fort... » lâche Bill quand ils se séparent.

Ils éclatent de rire et s'allongent l'un à côté de l'autre.

« Je suis... mort » bâille le plus âgé.

Bill acquiesce et peine à tendre le bras pour attraper son paquet de mouchoirs. Il essuie sommairement le ventre souillé de son partenaire et hésite :

« Tu... tu vas rejoindre tes potes ? »

Un silence prend place. Ils n'ont pas vraiment réfléchi à ce qu'ils allaient faire après. Ils viennent de s'envoyer en l'air avec une passion qui a dépassé toutes leurs attentes, mais que faire maintenant ?

« Je... »
« Parce que si tu veux rester, y'a pas de soucis hein ! »

Tom sourit devant l'air embarrassé de son amant. Ce mot le fait se sentir drôle. Amant. Il a possédé Bill, il l'a fait succomber. Il a eu ce qu'il souhaitait. Et pourtant, un pincement dans son estomac le pousse à vouloir plus. Il a eu un aperçu de ce qu'était être en lui pour la première fois, et il ne pense qu'à réitérer l'expérience.

Mais rester auprès de lui ne serait-il pas faire un pas de trop ? Comment Bill le prendra-il s'il s'allonge et s'endort à ses côtés, ou bien l'inverse ? Il fronce les sourcils, peser autant le pour et le contre après le sexe ne lui ressemble pas.
Soudain, il sent une bouche effleurer ses côtes et ne peut effacer le sourire qui étire ses lèvres. Bill s'est endormi contre lui, le visage enfoui contre sa peau. Tom soupire et ne peut se résoudre à le quitter tout de suite. Il passe un bras autour de lui et caresse son épaule, le regardant dormir.

Non, personne ne lui a jamais fait autant d'effet. Que ce soit au lit, ou dans la vie de tous les jours, il n'a encore jamais rencontré quelqu'un comme lui. Bill est rempli de contradictions qui lui confèrent un charme affolant. Il dégage une innocence tentatrice qui pourtant laisse place à une passion incroyable. Tom est mordu, et encore, c'est bien plus que ça.

[...]

Bill ouvre paresseusement les paupières et étire ses membres engourdis. Le brouillard qui occupe son esprit se dissipe peu à peu et le pourquoi du comment il est allongé nu dans son lit lui revient en mémoire. Par contre, pourquoi Tom n'est pas à ses côtés lui échappe. Il se redresse et grogne en sentant sa peau collante accrochée aux draps. Ses yeux s'habituent à la lumière et il distingue un morceau de papier sur la petite table de nuit. Il l'attrape et plisse les yeux et déchiffre rapidement :

« J'ai dû partir retrouver les autres. On se retrouve avant le concert, au stand de boissons où tu étais l'autre soir ? A tout à l'heure, Tom. »

Bill est déstabilisé par la froideur de Tom. Pourquoi ne l'a-t-il pas réveillé ? Pourquoi veut-il le voir ce soir ? S'il veut lui dire que coucher avec lui lui a plu, mais que ça s'arrête là, il n'a pas besoin de le faire face à face.
Bill est énervé. Il ne comprend pas pourquoi Tom est parti, ni pourquoi il fait tant de mystère sur leur rencontre de ce soir. Et il est un peu vexé aussi. Il a littéralement adoré coucher avec lui, mais apparemment pour Tom ce n'est pas le cas. Preuve en est, il est parti.

Le brun se lève et s'empare d'une serviette de toilette. Il se lave rapidement au petit lavabo de la salle de bain sans douche, et s'habille enfin comme il veut. Pas de combinaison verte, ni de logo du festival sur ses tee-shirts... Il sursaute quand la porte claque et tombe sur sa colocataire qui le dévisage avec de grands yeux.

« Quoi ? » se défend-il.
« Qu'est-ce qui s'est passé ici ? J'ai vu Tom sortir de là tout à l'heure torse nu et avec un air con, il faut le dire, sur le visage. Et maintenant je rentre et je te trouve complètement démaquillé et... oh mon Dieu tu t'es envoyé en l'air et tu m'as rien dit ! » s'exclame-t-elle, ses yeux s’arrondissant tellement dans leurs orbites qu'ils ressemblent à des soucoupes volantes.

Bill lève les yeux au ciel et va s'asseoir sur le canapé de velours vert, Tu Anh sur ses talons.

« Ma vie sexuelle ne regarde que moi petite curieuse. Et quant à Tom, ouais son air con comme tu dis, va très bien avec sa personnalité. Connard. » articule-t-il entre ses dents.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demande la brunette, d'un ton rassurant.
« Tu crois quoi ? Il a tiré son coup, et il s'est tiré. Il m'a donné rendez-vous ce soir et... voilà. » explique Bill.

Il soupire et détourne le regard. Il ne veut pas qu'elle voie à quel point il est déçu. Après tout, pourquoi l'est-il autant ? Ca ne lui ressemble pas de faire tant d'histoires pour quelqu'un, ni d'accorder beaucoup d'importance à ce que ses amants peuvent vouloir ou non. Mais Tom, c'est différent. Tout a été si vite entre eux, et maintenant il se sent tellement déboussolé qu'il ne peut s'empêcher de se poser des questions. Des questions dont les débuts de réponses lui déplaisent, ou lui plaisent un peu trop peut-être.
Tu Anh pose une main sur son poignet et le frotte amicalement. Elle n'aime pas voir son ami aussi tourmenté.

« Tu crois pas que t'en fais un peu trop ? J'veux dire, il est pas parti sans rien dire. Il est encore sur le festival, donc il te fuit pas, et tu l'as pas vu sortir de la caravane toi... Si tu l'avais vu tu penserais sûrement pas qu'il a... juste tiré un coup ou je ne sais pas quelle ineptie. »
« Tu veux dire que je fais une montagne de rien c'est ça ? »
« Exactement. Maintenant raconte-moi un peu ! » supplie-t-elle.
« Dans tes rêves ouais. Dis-moi juste, quelle expression il avait Tom quand tu l'as vu sortir d'ici ? »
« Ca t'intéresse maintenant hein ? »
« Ouais. »

Ils éclatent d'un rire complice. La bonne humeur se répand à nouveau en Bill, et il se demande comment il a pu se laisser perturber ainsi.

« Je suis con. » murmure-t-il, dépité.
« Mais non. C'est un simple coup de foudre, rien de très grave en soi... » décrète la brunette, un sourire aux lèvres.

La réaction de Bill ne se fait pas attendre.

« De quoi tu parles encore ? Je suis juste un con qui s'emballe trop vite ! Rien à voir avec un coup de foudre. » réplique-t-il.
« Ah ouais ? Et t'appelle ça comment toi un mec qui craque sur quelqu'un à la seconde où il le voit, qui couche avec lui deux jours après parce qu'il ne peut tellement pas lui résister, et qui en plus prend la mouche quand le type en question s'en va comme un voleur ? »

Bill pique un fard et réfléchit quelques instants. Ce que dit Tu Anh est parfaitement plausible. Trop plausible même. Il n'a jamais été un garçon adepte du coup de foudre, mais ce qui lui arrive en ce moment y ressemble bien trop pour ne pas le chambouler jusqu'à la racine de ses cheveux. Il revoit Tom la première fois à la fouille des sacs, et tout ce que le tressé a fait pour le voir tous les jours. Il en a même oublié par moments que Tom a quatre ans de plus que lui, parce qu'ils sont sur un tel pied d'égalité que cette différence ne se sent pas. Il ressent ses lèvres sucer les siennes et son corps épouser le sien à la perfection. « Merde. » pense-t-il.

« Admettons que tu aies raison, j'ai dis admettons ! » rectifie-t-il en voyant son amie ouvrir la bouche d'un air excité. « Comment est-ce que je peux savoir si de son côté il ressent la même chose ? »

Aussitôt la question posée, aussitôt la réponse lui saute aux yeux.

« Ouais réponds pas. On en revient à sa tête quand il est sorti d'ici. »

Tu Anh se retient de rire. Son ami peut être tellement stupide parfois ! Il change d'humeur comme de coupe de cheveux, ou presque.

« On est intéressé maintenant hein ? Me regarde pas comme ça je vais t'le dire... Donc ! Tom est sorti de notre humble demeure, torse nu - d'ailleurs son tee-shirt ou son je sais pas quoi doit toujours se trouver ici - et mon dieu quel torse ! Un sourire de débauché sur les lèvres avec lequel même toi tu n'aurais pu rivaliser... Excuse-moi de dire ça comme ça, mais tu dois être un sacré coup pour qu'il ressorte d'ici avec cette tête ! » débite la jeune fille à une vitesse dure à suivre.

Le visage de Bill change plusieurs fois de couleurs. Le rose, en imaginant Tom sortir comme un bienheureux de sa caravane, ayant laissé son vêtement dans son lit. Il a soudain envie d'aller retourner les draps pour le trouver. Le blanc, quand il se souvient que la brune n'est pas au courant de son opération des dents. Ce sourire éclatant sur lequel tout le monde le complimente est tout sauf naturel. Et enfin le rouge, qui vient violemment teinter ses joues et lui tourner la tête.

« Je te permets pas de parler de moi comme ça ! » grogne-t-il.
« Râle pas va. Je dois retourner bosser. On a tous les deux la soirée de libre, c'est juste génial ! Et... je dois dormir ailleurs ce soir ? » demande-t-elle avant de se servir un verre d'eau.
« J'mettrai un mot à la porte si jamais. Ou si tu vois la caravane trembler, pars en courant. » raille Bill.

La jeune Vietnamienne lui tire la langue, repose son verre dans l'évier et s'en va sans demander son reste après avoir lancé :

« Ouais ouais ! Tu vois, j'ai toujours raison ! »

Bill se mord la langue, ses pensées s'emmêlant dans sa tête. Il déteste l'admettre, mais son amie a vraiment toujours raison. Elle a un don pour cerner les gens et les situations qui énerve souvent Bill, car il se retrouve à chaque fois la cible de ses déductions. Et dans le cas présent, la bombe qu'elle a lâchée sur lui l'effraie, il faut l'avouer. Tout simplement parce que se prendre autant la tête pour quelqu'un qu'il connaît à peine et par qui il est autant attiré est tout sauf bon signe. Ce n'est pas pour rien qu'il n'a jamais vraiment eu envie de démarrer une relation sérieuse depuis le lycée. Bill n'aime pas s'engager. Enfin, il en a envie comme n'importe qui, seulement il n'a pas encore trouvé celui qui lui donnera envie de le faire.
Il ne se voit pas avec Tom dans plusieurs années, n'allons pas aussi loin. Pourtant, quand il pose les yeux sur lui ou qu'il repense à ce qui est arrivé il y a quelques heures, il ne peut s'empêcher de vouloir plus. Quelques heures, quelques jours...

Il soupire et secoue la tête, comme si le geste pouvait faire disparaître ses tourments.

« Oh et puis merde ! » s'exclame-t-il en se levant.

Il a besoin d'une douche, et de voir Tom. Il repousse dans un coin de son cerveau la deuxième partie de la phrase et attrape ses affaires. Ce soir il voit Tom, il pourra lui poser toutes les questions qu'il veut, lui crier dessus même... Alors pour l'amour du ciel pourquoi n'arrive-t-il pas à s'enlever de la tête toute cette hésitation et ce foutu trouble qui va finir par le rendre cinglé ?
Il déteste être aussi confus, surtout pour un garçon. Pour un garçon avec qui il a couché et qui dès le lendemain aura disparu de sa vie.
Bill se fige à mesure que l'information prend place dans son esprit. Le festival finit le soir-même, dès demain Tom sera reparti chez lui, Bill de même. Quelle idée de s'amouracher de quelqu'un dans une telle situation ?

« Dans quelle merde tu t'es encore foutu Bill ? » murmure-t-il en arrivant aux douches.

Ce soir, quand il verra Tom, il lui dira que c'était bien, mais que ça s'arrête là. Et que... une minute, Tom ne lui a rien demandé, lui. Que veut-il de lui ? C'est peut-être pour cela qu'il veut le voir, pour lui parler de tout ce qui s'est passé.
Bill échafaude des dizaines de scénarios alors que l'eau chaude lave le reste de leur péché de tantôt. Il ressort, se rhabille et décide de retourner se coucher. Le soleil cogne trop fort et il y a trop de monde. Bill se sent fébrile. Il retourne à la caravane, et s'écroule sur son lit. Il s'endort alors qu'il n'arrive pas à empêcher les images de Tom et lui de défiler devant ses paupières. Il roule sur le côté et serre entre ses doigts le débardeur du tressé.

Dans son sommeil, un sourire inconscient se dessine sur ses lèvres.

[...]
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 15:27

Tom mâchouille une pâquerette et écoute distraitement les dernières répétitions des groupes de ce soir. C'est le dernier soir du festival. Tom s'en veut, un peu. Ses copains lui font la gueule. Ils n'ont pas du tout apprécié qu'il les laisse tomber encore toute une après-midi pour la passer avec Bill. Quand il les a rejoints, il lui a fallu un bon quart d'heure pour attirer leur attention. Et encore, il a dû leur proposer de les laisser jouer de sa nouvelle guitare pour qu'ils acceptent de lui pardonner. Il a regardé sa merveille passer entre leurs mains plus ou moins expertes une bonne heure, avant que la musique n'attire quelques campeurs traînant dans le coin. Tom a donc repris son instrument et a joué de longues minutes. Il adore ça, jouer en public. Il s'est incliné sous les applaudissements, un sourire charmeur aux lèvres, puis a expliqué aux autres qu'il voulait parler à Bill, et qu'il était donc inutile de l'attendre. Ils lui ont souhaité bonne chance et l'ont laissé partir.

Il est donc assis dans l'herbe, juste à côté de là où il a failli embrasser Bill deux soirs auparavant. Quand il repense à ces deux jours, il est toujours plus étonné. Les choses se sont déroulées à une vitesse phénoménale. Tout a l'air irréel. Bill, qui au départ, l'a repoussé et fui, est tombé dans ses bras sans qu'il ne s'en rende compte. Tom n'arrive pas à savoir s'il a envie de plus ou non. Ses dents attaquent plus agressivement la tige de la fleur. Il n'arrive pas à se sortir le brun de la tête. Pourtant, rien que le fait de se poser cette question est un puissant révélateur. Tom n'arrive pas à effacer son corps fin et sa voix lascive de ses pensées. Son rythme cardiaque s'emballe et la fleur finit malaxée entre ses dents alors qu'il sent à nouveau sa peau glisser contre la sienne. Il l'a cherché après tout. C'est lui qui a craqué dès la première seconde, qui a tout fait pour l'avoir. Mais ce à quoi le guitariste ne s'est pas attendu, c'est de se demander s'il le veut encore plus après tout ça. Bill l'obsède encore plus qu'au début.

Ce n'est pas pour coucher avec lui une dernière fois que Tom a souhaité le voir. Pas qu'il ne le désire pas, personne ne peut arrêter de désirer Bill, encore moins après l'avoir possédé de la sorte. Non, si Tom lui a donné rendez-vous, c'est pour lui parler. Il a tout de suite été fasciné par le brun sans le connaître, et aussi étrange que l'idée puisse paraître, ce soir il veut simplement discuter avec lui. Découvrir des choses sur lui, même si le lendemain il ne sera plus là. Tom a arrêté de chercher de la cohérence dans toute cette situation. Il n'y en a aucune. Il en a juste envie. Il jette un coup d’œil à sa montre. Il est bientôt vingt-et-une heures. Le concert ne va pas tarder à commencer, et Bill ne devrait plus tarder.
Quelques minutes passent, et Tom sent un corps s'asseoir à côté du sien. Il tourne la tête et sourit en voyant Bill. Son cœur rate un battement à la vue de son corps moulé à la perfection.

« Hey. » souffle-t-il doucement avant de l'embrasser.

Il suçote ses lèvres quelques secondes et se retire en fronçant les sourcils. Bill n'a pas répondu à son baiser.

« Quelque chose ne va pas ? » demande-t-il, incertain.

Bill soupire. Tout ce qu'il voulait lui dire a fondu contre sa bouche, et maintenant il ne reste rien à part cette envie de l'embrasser encore.

« J'en sais rien. C'est toi qui est parti comme un voleur... » trouve-t-il la force de lui avouer.

Tom se fige, se maudissant. Effectivement, il n'a pas pensé à ce que Bill a pu ressentir en se réveillant seul. Il n'est jamais sorti avec quelqu'un d'aussi jeune, il n'a donc aucune idée de comment se conduire en dehors de la relation physique.

« Je suis désolé. J'ai cru que tu trouverais le mot... » commence-t-il, mais il est immédiatement interrompu par un autre soupir, agacé cette fois.

« Je l'ai trouvé. Mais pour ce qu'il disait... Si c'était naze ou que tu voulais plus me revoir après ça, fallait juste le dire. » renifle dédaigneusement le brun.

Tom est stupéfait. Le jeune homme n'a rien compris, et c'est entièrement sa faute. Il tend la main et caresse son menton.

« Je suis vraiment désolé. C'était pas du tout ce que je voulais dire. » s'excuse-t-il avant de déposer un baiser sur la peau douce.

Bill cligne des yeux et se détend un peu. Après tout quelle importance ? Dès qu'il le quittera ce soir, tout prendra fin. Et c'est peut-être ça le problème. Bill a détesté l'admettre, mais son amie a eu une nouvelle fois raison. C'est un véritable coup de foudre qui l'a poussé dans les bras de Tom. Du moins, sa définition du coup de foudre. Il ne croit pas à l'amour au premier regard. Tomber amoureux de quelqu'un sans lui avoir adressé une phrase et sans rien savoir sur lui est quelque chose qui lui semble totalement absurde. Par contre, il croit à un sentiment qui mélange tout dans la tête des personnes, et qui les pousse à toujours vouloir plus des autres, peu importe depuis combien de temps ils se connaissent. Bref, quelque chose qu'il désigne comme un coup de foudre. C'est ce qui l'a poussé vers Tom, et aussi ce qui met un bazar international dans son esprit. Comment en vouloir à Tom alors que tout son être tend à faire l'inverse ?

Bill rend les armes. Il s'est bien fait avoir sur ce coup.

« D'accord. Donc, tu voulais me dire quoi ? »

Un silence inconfortable s'est installé entre eux, et le tressé s'empresse de répondre :

« Je me disais qu'on avait tout fait à l'envers. C'est vrai, on a couché ensemble et je connais même pas ton nom de famille. »

« En même temps, c'est pas comme si on allait continuer à se voir. » rétorque Bill.

Il ne peut pas s'en empêcher. Il prend tout ce que Tom lui offre, mais être amer avec lui vient naturellement. Après tout, c'est lui qui s'est fait avoir dans cette histoire.
Tom ne comprend plus grand chose. Cette conversation ne prend pas du tout le tournant qu'il a espéré. Il ne comprend pas pourquoi Bill se comporte ainsi.

« Hm... je voulais juste... discuter. Excuse-moi si c'était pas une bonne idée. »

Les premières notes de la chanson d'ouverture lui répondent. Il se lève, perdu, et commence à marcher quand il entend dans son dos :

« Kaulitz. »

Tom ferme les yeux et un sourire naît sur ses lèvres. Il fait volte-face et reprend sa place initiale.

« Ca sonne pas vraiment comme les noms d'ici... » fait-il remarquer.
« Paris est une ville cosmopolite. » décrète le brun. « Mon père était autrichien. » précise-t-il.
« Etait ? »
« Ouais, il s'est tiré quand ma mère était enceinte, mais il paraît qu'il voulait que j'aie son nom. »
« Euh.. okay. » répond Tom, mal à l'aise.

La conversation s'engage et ils discutent de tout et de rien pendant toute le concert. Tom est adossé à un arbre, Bill entre ses jambes. Ils apprennent lentement à faire connaissance, découvrant des choses surprenantes sur l'autre. Par exemple, Tom fait de la guitare depuis qu'il est assez costaud pour en tenir une sans tomber. Ou que Bill a fait du patinage artistique pendant plus de huit ans, s'arrêtant à cause d'une vilaine blessure il y a deux ans. Ils laissent de côté les sujets trop sérieux, même si ce n'est pas l'envie de les aborder qui manque. Il n'y a plus une once de gêne entre eux. Bill a réussi à se détendre, heureux de pouvoir passer le plus de temps possible avec le musicien.
Ils s'embrassent de temps en temps, adorant les frissons qui les parcourent quand leurs lèvres se rencontrent.

« Je suis crevé. J'ai tellement hâte de retrouver mon lit... » gémit Bill.

Il étire ses longs membres, se cambrant contre Tom.

« Et moi donc ! » s'esclaffe Tom.

Bill se redresse dans ses bras et le dévisage, surpris.

« Attends, t'as idée de la quantité de travail qu'on a ici ? »
« Et toi, t'as idée de tout ce que j'ai fait pour t'avoir ? » réplique Tom sans le vouloir.

Il se mord la lèvre, embêté de s'être vendu tout seul. Bill lui sourit presque timidement. Son cœur d'adolescent est touché par ces mots. Il se réinstalle confortablement contre lui son dos épousant son torse à la perfection.

« Pas vraiment en fait. Eclaire-moi. » taquine-t-il.

Le tressé soupire, résigné, et raconte :

« J'ai cavalé pendant des heures pour te trouver à chaque fois. Bon okay, peut-être pas des heures mais même. Je demandais à Tu Anh ou à des gens de l'équipe s'ils savaient pas où tu étais. Au fait, t'es vraiment chiant d'm'avoir laissé avec les gosses ! »

Bill rit, les vibrations de son corps se répercutant contre le cœur de Tom.

« J'y suis pour rien. A ce moment-là je comprenais pas pourquoi tu me suivais partout, et j'avais pas envie que ça continue... »
« Parce que t'aurais cédé immédiatement à mon charme extraordinaire ! » complète Tom.

Il reçoit un coup de coude dans les côtes en guise de réponse.

« Au fait, pourquoi t'as changé d'avis ? » demande-t-il, hésitant.

Bill s'interroge. Il ne sait pas s'il doit lui dire la vérité ou lui inventer un bobard, histoire de ne pas se ridiculiser, ou il ne sait pas quoi. C'est tellement étrange de redouter l'avis de quelqu'un qu'on connaît à peine !

« Le fait que ça soit si court... et que tu sois aussi sexy ! » rit-il. « Tu Anh... un peu. »
« Surtout tu veux dire. » se moque Tom.
« Pourquoi... pourquoi tu t'es acharné comme ça ? »

Les yeux du guitariste se perdent dans le ciel rose, et il répond honnêtement :

« J'ai flashé sur toi à la fouille des sacs. Et c'était pire quand t'es venu au camping. »
« T'es en train de dire que t'as fait tout ça pour coucher avec moi ? » s'insurge Bill.

Tom se raidit. Pourquoi le brun prend-il tout mal ce soir ? Pourquoi la soirée n'a-t-elle pas suivi son plan jusqu'au bout ? Il ne sait pas vraiment quoi répondre à cette question. Il risque de blesser Bill en répondant oui, et un léger malaise le dérange à la pensée qu'en effet, il a fait tout ça pour une partie de jambes en l'air avec ce magnifique jeune homme.

« Non, enfin je... » balbutie-t-il.
« Alors tu veux plus ? » ne peut s'empêcher d'espérer le cœur troublé de Bill.

Voilà la question qui vient tout compliquer. Tom se dit que sa réaction est due à son âge. A dix-huit ans, on ne peut s'empêcher de s'attacher, même si ce n'est que pour une nuit, ou en l’occurrence, quatre jours. Bill lui a tout de suite plu, il ne va pas le nier. Passer tout ce temps avec lui aussi. Et sur le plan physique... un vrai feu d'artifices. Mais l'intensité et les perspectives que la question du brun dégage effraient Tom.

« Mélange pas tout... » commence-t-il.

Trop tard. Bill se dégage de lui, furieux. Furieux contre lui-même. De s'être laissé avoir comme ça. Par Tom, par Tu Anh et par ces drôles de sentiments nés aussi vite.

« Je mélange rien du tout. Sois un peu cohérent tu verras. Laisse tomber, je vais rentrer, je suis fatigué. C'était sympa, mais ça s'arrête là, c'est bien ce que tu voulais dire ? Prends soin d'toi, et bon courage pour la médecine. » crache Bill avant de rejoindre sa caravane sans lui accorder un regard de plus.

Tom reste assis, les yeux écarquillés. Il n'a aucune idée de ce qui vient d'arriver. Une minute ils discutent gaiement de leur vie, et celle d'après Bill s'emporte et s'enfuit.
Il se lève et shoote rageusement dans un caillou. Il n'a pas voulu le blesser, seulement être sincère avec lui. Pourtant, quelque chose en lui affirme le contraire, lui disant qu'il ne s'est pas acharné à séduire Bill pour l'avoir une seule et unique fois contre lui. Pourquoi est-ce que les histoires « courtes mais intenses » ne peuvent-elles pas rester sagement dans cette catégorie ? Que veut dire Bill en parlant de cohérence ?
Tom marche lentement vers le camping. Il est déboussolé, et ne peut empêcher la culpabilité de se répandre dans tout son être.

« Hey Tom déjà là ? » s'étonne Gabriel.
« Ouais. » hausse-t-il les épaules.

Ses amis se lancent un regard entendu mais n'ajoutent rien.

Ils lui tendent une bière que le musicien s'empresse de décapsuler. Le goût âpre lui pique la gorge, mais la gêne qui l'habite a l'air de disparaître à mesure que son sang assimile l'alcool. Tom se déride peu à peu, décidant de laisser de côté le brun, son cœur affolé à chaque fois qu'il est avec lui et toutes les questions qui tournent sourdement dans sa tête.

[…]

Il est dix heures passé et le camping est en ébullition. Les tentes se replient plus ou moins toutes seules. Certains remercient le ciel d'avoir donné le pouvoir aux tentes Quechua de se monter en une seconde et de se replier en à peine plus de temps.
Tom et ses amis ont terminé de tout remballer depuis quelques minutes. Le tressé n'a pas décroché un mot sur ce qui est arrivé avec Bill la veille. Son esprit est encore retourné de s'être fait repousser de cette façon. Il essaie de ne plus y penser, mais son impuissance face à Bill, et surtout la réaction du brun, l'énervent.
Leurs sacs à dos sur l'épaule, ils prennent tous les cinq la direction de la sortie du camping. Tom sent une main agripper son bras et l'image de Bill lui vient tout de suite en tête, c'est plus fort que lui. Il déchante quand il découvre l'amie de l'androgyne, mains sur les hanches, le regard noir.

« Salut. »
« Je peux savoir ce que t'as fait à Bill ? » gronde-t-elle.

Tom l'entraîne à l'écart des yeux et des oreilles de ses amis. Il ne tient pas à ce qu'ils entendent cette conversation.

« Comment ça qu'est-ce que je lui ai fait ? »
« Il a rien voulu me dire, à part qu'il s'était fait avoir et il s'est enfermé dans sa chambre. » explique Tu Anh.
« Qu-quoi ? Mais... c'est lui qui est parti ! » s'écrie Tom, ahuri.

La jeune fille le dévisage d'un air menaçant, mais continue.

« Il s'est pas enfui sans raison... De quoi vous parliez ? »
« En quoi ça t'intéresse ? » se défend Tom.
« C'est mon ami, et je n'aime pas le voir malheureux. »

Logique, pense le tressé. Il soupire, las. Il n'a jamais voulu blesser Bill, de n'importe quelle manière. Il n'a juste rien compris du tout. Il décide de saisir la seule chance qu'il ait de sortir du brouillard.

« Il m'a demandé si je voulais... plus. Et... j'ai pas su quoi répondre, j'ai merdé. » avoue-t-il enfin.

Tu Anh fixe un point derrière lui. Il est dur de déterminer ce qu'elle pense. Elle le regarde de haut en bas, le sondant de l'intérieur, et déclare :

« Vous êtes aussi cons l'un que l'autre, je rêve. »

Elle éclate de rire, laissant Tom plus perplexe que jamais .

« Pardon ? »
« Bill, parce qu'il s'est encore laissé embobiner trop vite. Et toi, parce que t'es un putain d'aveugle, ou un gros incohérent. »

Tom recule d'un pas, abasourdi. Pour qui se prend-elle, et surtout, de quoi parle-t-elle ? Elle capte son regard intrigué et lui explique calmement :

« 'Faut que tu m'expliques un truc. Tu craques sur Bill, tu fais tout pour le voir tous les jours, vous couchez ensemble... Et tu t'attends à ce qu'il veuille pas plus ? Comment tu veux qu'il espère rien quand il repense à tout ça ? »

Tom, lui, n'arrive pas à penser. Aucune idée censée n'arrive à se former dans son esprit. Les mots de la brune le heurtent avec une puissance insoupçonnée. Si avant rien n'était clair dans sa tête, maintenant tout se clarifie un peu trop. Tu Anh vient d'exposer toute cette situation avec beaucoup trop de pertinence pour que ça le laisse indifférent.

« Tu veux dire que je lui ai fait sentir que je voulais peut-être plus que ça ? Et que... quand j'ai pas su m'expliquer hier soir... »
« T'as bien vu en étant avec lui que Bill est pas un coureur. S'il est tombé dans tes bras, c'est parce que ce qu'il ressent pour toi, cette espèce d'attirance incontrôlable est plus forte que sa timidité ou sa résistance... »

Tom réalise quelque chose d'important. Tout paraît beaucoup plus clair, même s'il laisse volontairement de côté certains points dans l'ombre.

« Je suis con. » affirme-t-il.
« Ouais. » répond-elle en le frappant à l'épaule.
« Hey ! C'est pour quoi ? »
« Je t'avais dit que si tu lui brisais le cœur je m'occuperais de toi. » rit-elle.

Elle marque une pause et reprend plus sérieusement :

« Je vais me mêler de ce qui me regarde pas. Mais tu devrais peut-être réfléchir aussi à pourquoi Bill s'est emballé aussi vite. »
« De quoi tu parles ? »
« Oh arrête de jouer à ça ! Ouvre un peu les yeux. T'as vraiment fait tout ça juste pour coucher avec Bill ? Si c'est le cas, alors on s'est tous les deux trompés sur toi. »

Tom se fige, et elle lui adresse un sourire embarrassé. Elle y a sûrement été un peu fort, mais au moins c'est fait. Elle lui glisse un « bonne chance » à l'oreille.
Tom reste planté là, les bras ballants le long du corps. Il assimile les mots de la brunette et un malaise s'installe en lui. Cependant, pas le même type de malaise que celui qu'il a ressenti la veille. Non, celui-là est plutôt... plaisant. Une drôle de sensation grouille dans son estomac et son cerveau se met à fonctionner à cent à l'heure.
Son esprit, qui depuis trois jours a toujours refusé de travailler de concert avec son cœur, l'écoute parler pour la première fois.
Il l'écoute lui dire qu'il a fait une énorme connerie en se comportant de la sorte avec Bill. Il n'arrive toujours pas à comprendre comment il a pu en arriver là pourtant. Il a déjà craqué pour des mecs comme ça auparavant, mais jamais il ne s'est acharné ainsi pour les avoir. Est-ce que ça veut dire pour autant qu'il veut rester avec Bill ?

Il se remet en marche et rejoint ses amis qui l'attendent toujours au même endroit. Dans son esprit, tout n'est qu'anarchie et ses tempes sont douloureuses, comme s'il fonctionnait à cent kilomètres à l'heure, essayant de lui faire comprendre quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.
Ils passent la sortie du terrain ZAP, et traversent l'hippodrome. Julien, Gabriel, Ben et Marco discutent joyeusement. Tom n'écoute que d'une oreille. Son cerveau surchauffe, mais il n'arrive pas à y voir clair. Il serre distraitement la sangle de l'étui de sa guitare entre ses doigts, se rappelant leur arrivée au festival.
Il sent une main sur son épaule et relève les yeux :

« Regarde qui est là. »

Il suit la direction que pointe la direction du doigt de son ami et s'arrête. A quelques dizaines de mètres là, Bill. Il aide à démonter les stands. Quelque chose se casse en lui, et il a l'impression de voir plus clair.
Il abandonne ses quatre complices et s'élance en direction du jeune homme. Il ne semble pas l'avoir vu, parfait. Tom arrive à sa hauteur et pose une main sur son épaule. Bill sursaute et se retourne.

« Je suis désolé. »
« Tu l'as déjà dit ça. Change de disque. » réplique Bill en se dégageant.

Tom soupire, il va falloir employer les grands moyens.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Bill ne comprend pas ce qu'il fait ici. Il a été très clair hier soir, enfin presque. Que peut-il encore vouloir ? Le brun se mord la lèvre. Tom est extrêmement attirant, il l'avait presque oublié. Son cœur s'emballe et il se maudit de ressentir tout ça. Le désir à sens unique, il a horreur de ça.
Tom le fixe sans ciller. Bill commence à perdre patience et répète sa question.

« Qu'est-ce que tu fa-hm ! »

Il est coupé par la bouche du tressé qui se pose sur la sienne, étouffant un gémissement dans sa gorge. Les lèvres de Tom sont si douces et l'embrassent avec tant de passion qu'il perd pieds. Il oublie sa colère, la honte d'avoir été rejeté. Il répond avec ardeur au baiser et noue ses mains autour du cou de Tom. Leurs corps se pressent l'un contre l'autre dans un mouvement parfait.
A mesure qu'il l'embrasse, Tom comprend. Il comprend ce que Tu Anh a voulu dire. Il comprend pourquoi Bill est parti en courant la veille. Il réalise, qu'il le veut. Bordel il le veut tellement que son ventre lui fait mal. Il pince ses hanches et ouvre sa bouche de sa langue, léchant son palais. Ils gémissent tous les deux et Bill se détache.
Ses yeux sont noirs, brouillés.

« Je... » commence-t-il, incapable de continuer.
« Je suis désolé ».

Bill voit rouge. Quelle putain de girouette ce Tom.
« Mais arrête de répéter ça ! Dis-moi au moins pourquoi t'es désolé ! »

Tom ne desserre pas sa prise sur ses hanches. Il inspire un grand coup et regarde Bill droit dans les yeux avant de déclarer :

« D'avoir fait tout ça pour être incapable de voir pourquoi je l'avais fait. »

Bill frissonne et se retient de lui sauter au cou. Il a rêvé toute la nuit d'entendre ce genre de phrase, et maintenant qu'il l'entend enfin, elle a l'air tout sauf réelle. Il détache ses mains de la nuque du tressé.

« C'est facile de dire ça maintenant. Hier soir aussi ça aurait été sympa. Histoire de pas me faire passer pour un con. »
« C'était pas mon intention. » s'excuse Tom.
« N'empêche que c'est fait ! D'ailleurs, pourquoi t'es encore là à perdre ton temps ? »

Bill se défait de l'emprise de Tom et fourre ses mains dans ses poches. Il est bien trop tenté de les poser sur son torse ou sur sa taille. Il faut qu'il arrive à se contrôler, qu'il entende ce que Tom a à lui dire. Il a peur aussi, peur de s'être encore fait des idées, de se bercer d'illusions.

« Mais tu comprends pas ou quoi ? » s'énerve Tom.
« Comprendre quoi ? T'expliques rien bordel. Parle clairement pour une fois ! »
« Mais tu veux entendre quoi ? Que j'suis désolé d'mettre comporté comme un imbécile hier soir ? Que j'suis qu'un putain d'aveugle qui a pas su ouvrir les yeux avant que ta copine le fasse pour moi ? Que j'ai tellement envie de t'embrasser là, maintenant, que ça me fait mal au cœur ? Merde à la fin. » débite Tom.
« Pourquoi... pourquoi tu m'as pas dit ça hier soir ? » demande Bill doucement.

Son cœur a repris sa course folle. Celui de Tom ne se porte pas mieux. Il a réalisé pleinement le sens de chaque mot à chaque fois qu'il en a prononcé un. Il sait maintenant, que tout ce que Tu Anh a dit est vrai. Il voit ce qu'il n'a pas été capable de voir jusqu'à cet instant. Il n'arrive pas à croire qu'il ait pu être aussi bête et aveugle. Il avance une main lentement et la pose sur l'épaule de Bill. Celui-ci ne le repousse pas, appréciant à la place le contact de ses doigts sur sa peau.

Tout ce qui se passe n'est pas normal. Enfin, ce n'est pas de cette manière que les choses se font d'habitude. Les gens ne restent pas plantés comme des arbres, essayant de s'expliquer, quand ils ne savent même pas pourquoi le faire ! Bill se dit qu'avancer et attraper la bouche de Tom est une bonne idée. Il s'imagine le faire, mettant fin à toute cette histoire. Après tout, le guitariste vient bien de lui avouer qu'il a eu tort et qu'il veut la même chose que lui non ? Comment en être sûr ?
Bill n'a pas le temps de poser sa question à voix haute que Tom reprend la parole.

« J'en sais rien... Merde tu crois que c'est facile ? En moins d'une semaine tu me bousilles le cerveau. Enfin, tu l'as bousillé dès que je t'ai vu, mais je le savais pas encore et... Comment je pouvais savoir ce que tu voulais hein ? Je sais pas ce que c'est que d'avoir dix-huit ans et de s'attacher à quelqu'un aussi rapidement que ça... »

Tom s'empêtre dans ses explications. Bill ne tient plus et le coupe :

« Tu veux quoi exactement ? »

Les rôles s'inversent. Un peu comme si Bill avait vingt-deux ans et Tom dix-huit. Tout ce qu'ils ont vécu ces derniers jours défilent devant leurs yeux. Tom se perd dans les yeux du brun et lui répond mentalement que c'est ça qu'il veut. Ses yeux brillants, sa bouche fine et pulpeuse, ses mains habiles, son sourire coquin... Il lui répond qu'il n'est qu'un idiot qui n'a pas su voir ce que son cœur lui criait depuis l'instant où il l'a vu. Ne parlons pas d'amour, il est trop tôt. Tom n'a pas aimé Bill à l'instant où il l'a vu. Son cœur a simplement décidé qu'il voulait battre à ses côtés.

Mais au lieu de lui avouer tout cela, il dit simplement :

« Toi. »

Bill tremble et se rapproche, posant lui-même sa main sur la joue de Tom.

« Tu es sûr ? Parce que si c'est pour t'en aller demain... ça n'en vaut pas la peine. »
« J'en sais rien Bill. Tout ce que je sais, c'est que tu m'as bousillé le cerveau, que mon esprit est branché sur ta fréquence à chaque fois que t'es pas dans les parages, et j'ai failli oublier que mon abruti de cœur danse la valse quand je te vois. Tout ça... c'est une bonne chose non ? »

Le brun lui adresse un sourire éclatant. Il rapproche son visage du sien et embrasse doucement son menton. Tom sent une bouffée d'adrénaline le renverser, et sa peau se recouvre de chair de poule. Il enroule ses bras autour de la taille de guêpe du jeune homme, collant à nouveau leurs deux corps. D'une main, il relève le visage baissé de Bill et se penche pour lier ses lèvres aux siennes.

Il n'y a pas de passion, pas de colère, pas de désir. Il n'y a que de la douceur, de la joie, de la tendresse. L'achèvement d'une épreuve qu'ils n'ont même pas conscience d'avoir surmontée. Contre la bouche de Bill, le tressé se demande encore pourquoi il n'a rien vu plutôt. Tout a l'air tellement évident là, Bill dans ses bras, son souffle lui fouettant le visage.

« Oui, c'est définitivement une bonne chose. » répond enfin l'androgyne, cassant le baiser.
« Je dois rentrer ranger mes affaires, je reviens ce soir. » souffle Tom avant de lui voler un nouveau baiser.

Bill gémit et s'accroche à lui. Il ne veut pas le laisser partir, pas encore. Tout son être lui hurle de ne pas le laisser s'en aller, de peur qu'il ne lui revienne pas. Comment a-t-il pu s'attacher autant, aussi vite ? Cette question s'efface quand la langue de Tom rencontre la sienne, lui fournissant une réponse plus que satisfaisante. Leurs têtes se mettent à tourner. Le baiser devient trop chaud, trop intense.

« Je reviens vite... » promet Tom.
« T'as intérêt. » répond Bill.
« Après tout, t'as gardé mon débardeur, 'faut bien que je le récupère... »

Ils éclatent de rire, heureux d'avoir retrouvé une certaine complicité.

« Si c'est tout ce qui te retient ici... » répond Bill d'un ton aguicheur.
« Quoi d'autre ? Allez je file. T'avise pas de partir sans moi. » prévient Tom.

Ils s'embrassent encore. Ils n'ont pas oublié à quel point les baisers de l'autre sont délicieux. Ils oublient les amis de Tom qui les dévorent du regard, les prenant en photo, les membres de l'équipe technique, les autres campeurs.

« Tel que je te connais, tu me retrouverais par n'importe quel moyen. » susurre le brun.
« Pas faux. »

Tom se détache à regrets, se sentant étrangement bien. Cette toute nouvelle situation le rend heureux. Il se sent étonnamment léger. Il embrasse sa joue, serre ses doigts entre les siens, et repart vers ses amis. Un immense sourire éclaire son visage. Il ne s'est presque jamais senti aussi bien. Bon sang, ce que c'est bon d'être heureux.

« Joli coup. » commente Gabriel.
« Ta gueule. On y va ? »

Tom essaie d'être cassant mais c'est sans espoir. Il est bien trop envahi par la joie que sa voix tremble. Il a envie d'exploser de rire, de laisser toute cette euphorie s'échapper de lui. Elle gronde en lui comme jamais, et l'envie d'aller retrouver Bill lui comprime le cœur. Ce petit brun l'a vraiment retourné, songe-t-il. Il a réussi quelque chose qu'il pensait impossible. Il ne sait pas comme il s'y est pris, mais pourtant c'est bien là. Cet espèce de sentiment d'invincibilité, d'envie de déplacer une montagne, de sourire à tout le monde, de crier à tout va qu'on est heureux.

« Tu m'écoutes ? »

Tom sort de ses pensées et secoue la tête. Il a envie d'embrasser Bill. Encore. Pour toutes les fois où il n'a pas pu le faire la nuit dernière.

« Hein ? »
« Laisse il est complètement parti là. On disait que si tu voulais, on pouvait poser tes affaires chez toi, si tu nous files les clefs. » explique Julien.

Tom saisit la chance que ses amis lui offrent, acquiesce et leur tend son trousseau, ainsi que son sac et sa guitare. Il prend quand même le temps de leur ordonner de faire attention à son instrument, et que si jamais il lui arrive quoique ce soit, leur amitié sera sérieusement compromise.

« Allez va le retrouver. Ah et Tom ! On veut tous les détails. »

Le tressé leur envoie un joli doigt d'honneur avant de se précipiter dans la direction que Bill a prise quelques secondes plus tôt. Il le voit adossé à un arbre, prenant le paysage en photo. Son cœur tape plus fort dans sa poitrine et cette fois-ci, ça le fait sourire. Il s'approche à pas de loups et se pose en plein milieu de l'objectif du brun. Ce dernier éclate de rire et abaisse l'appareil.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Tu peux déjà plus te passer de moi ? »

Tom ne répond rien, et se contente de le pousser contre l'arbre avant de l'embrasser. Il aime tellement ça, l'embrasser.
Il le serre contre lui et pense que non, il ne peut plus se passer de lui.

Mais ça, il ne lui dira pas. Du moins, pas tout de suite.

Fin


Demande de Fanny
Spoiler:
 


Dernière édition par Chachouille le Dim 11 Juil - 13:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 17:07

Holala *______* J'ai trop trop aimé cet os. Tom est uuugh<3 je veux le même! J'étais un peu surprise du bouleversement total de Bill mais ça a bien fondu dans l'histoire. D'habitude j'aime pas les récits au présent mais c'est bien passé, tu as vraiment un bon style. Félicitations! (:

(Par contre Chouille t'as pas mis la demande...)
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Chachouille
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 19:55

Ci parce que je l'ai pas ._. *avait oublié de le préciser*
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 20:30

Pour l'instant c'est mon préféré :O

Il est génial ! J'ai vraiment aimé, Bill méfiant qui change du tout au tout. C'était mignon comme tout. L'auteure donne l'impression d'avoir vraiment pris son temps pour écrire sans rien précipiter alors ça rend l'histoire super fluide. LE style d'écriture est vraiment agréable à lire !
J'ai vraiment apprécié ! Aimé ! Adoré ! C'est vraiment un OS comme je les aime !

Et Tom le dragueur en puissance mais sans passer pour le salop de service ( uhuuuu *-* ), même si il est parfois lourd !
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Dine
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 10 Juil - 23:58

Déjà, j'adore le scénario, et putain le festival m'a fait penser à Fanny tout le long XD mdr <3


C'était putain de hot le lemon, j'ai cru que j'allais mouiller ma culotte °wwwww°

Ils sont trop mignons, même si j'avais trop envie de les frapper à faire leurs pucelles au niveau des sentiments là XD

C'était super bien écrit, merci! Very Happy

(et je me demande ctait pour qui oO)
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Machin
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Dim 11 Juil - 3:57

OMGG mais cet OS quoi *___* *meurt*
Il était vraiment génial putain! Déjà le contexte du festival est super, j'adore, ça donne trop envie *-* et puis les personnages, Tom putain *trouve même pas les mots* le lemon était tellement hot aussi What a Face
Et sinon voilà j'ai adoré, et même si j'ai du mal à commenter parce que je suis crevée bah j'ai passé un super moment, merci *-*
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Chachouille
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Dim 11 Juil - 13:49

J'ai rajouté la demande! Very Happy
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Dine
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Dim 11 Juil - 14:32

OMG FANNY!!!!
quand je te disais que je pensais que t'y allais pour travailler aux Solidays... c'est parcke je t'ai confondu avec ta demande !!! mdrrrr <333
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Kiwee
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Lun 12 Juil - 3:48

Un seul mot : Géniaaaal !!

Désolé je fais court, mais il est tellement tard, j'suis vraiment fatiguée.
Juste, j'ai adorée *-*
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Chachouille
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Lun 12 Juil - 10:47

Machin a écrit:
OMGG mais cet OS quoi *___* *meurt*
Il était vraiment génial putain! Déjà le contexte du festival est super, j'adore, ça donne trop envie *-* et puis les personnages, Tom putain *trouve même pas les mots* le lemon était tellement hot aussi What a Face
Et sinon voilà j'ai adoré, et même si j'ai du mal à commenter parce que je suis crevée bah j'ai passé un super moment, merci *-*
Ye plussoiiiiiiiie!
Citait trop bien *-*
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mar 13 Juil - 19:41

Mih... merci...
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Sabrina
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mar 13 Juil - 23:10

J'ai adoooooré! *_____* Cet os est trop génial! Superbement bien écrit, vraiment! J'adore la demande à la base, et vraiment, c'était parfait! J'adooore Tom, il est trooop mignon, j'adore son personnage, vraiment, j'adore Bill aussi, ils sont géniaux tous les deux, et trop trop trop mignons! :333 Même si j'avais trop envie de les frapper à la fin. èé J'aime beaucoup les potes de Tom aussi, et la copine de Bill, ils sont tous super et gentils! Le lemon était trop hot sinon! *___* J'ai adoré le contexte, j'aime vraiment ce genre de situation et ce jeu de séduction je trouve ça trop bubu. *___* C'était trop génial, merci et bravo! *-*
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Sixties
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mer 14 Juil - 19:24

Sabrina a écrit:
J'ai adoooooré! *_____* Cet os est trop génial! Superbement bien écrit, vraiment! J'adore la demande à la base, et vraiment, c'était parfait! J'adooore Tom, il est trooop mignon, j'adore son personnage, vraiment, j'adore Bill aussi, ils sont géniaux tous les deux, et trop trop trop mignons! :333 Même si j'avais trop envie de les frapper à la fin. èé J'aime beaucoup les potes de Tom aussi, et la copine de Bill, ils sont tous super et gentils! Le lemon était trop hot sinon! *___* J'ai adoré le contexte, j'aime vraiment ce genre de situation et ce jeu de séduction je trouve ça trop bubu. *___* C'était trop génial, merci et bravo! *-*

Tout pareil Court !!

C'était juste tellement bien quoi *O*
Trop merci :'D <3
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mer 14 Juil - 19:54

Merci à toutes Smile Ca me fait vraiment plaisir autant l'enthousiasme...
J'ai plié face aux menaces, j'écrirai une suite...
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Sabrina
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mer 14 Juil - 19:56

C'est vrai ? *_______* Owi, j'ai trop hâââte! *-*
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mer 14 Juil - 20:01

Vui... Cet été je pense Smile
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mer 14 Juil - 20:19

Menaces de qui ? .. What a Face

C'est cool en tout cas \o/
J'ai trop hâte :333
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Jess
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 17 Juil - 19:09

j'ai adoré cet os, il m'a trop fais pensé au festival où j'ai été et ça a trop fait remonter des souvenirs. alors j'aime encore plus *-*
les personnages sont géniaux, surtout Tom.
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Fanny
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Sam 17 Juil - 21:10

Héhé, je suis genre trop fière de ma demande quoi *-*

Je t'ai déjà dit au téléphone puis sur msn à quel point j'ai aimé lire
l'os. Mais je trouve que c'est mieux de te le dire ici-même =).

D'abord, tu décris très bien l'ambiance festival, je sais pas si tu en
as déjà gfait un, mais ouais ( je me répète je sais xD), j'me suis revu
dans les solidays, dans les allées avec toutes la populasse et tout
*-*, c'était trop grisant de ressentir la sensation d'un festival parce
que c'est vraiment un truc unique et génial, donc bravo pour ça =)
Ensuite j'adore les personnages, j'adore totalement Tom, j'en suis
genre fan *-*, il est trop trop comme je me l'imaginais c'est dingue
comme tu as réussis à totalement faire comme moi je le voyais quand j'y
pensais. Ta genre tout respecté à la lettre et c'est démentiel.
Donc, pour en revenir aux perso, j'les adore, Tom et son comportement,
sa persévérance, sa tendresse, sa gentillesse, sa maladresse aussi et
il est juste trop craquant dans ton os *-*
Pour ce qui est de Bill, je me suis trop reconnu dans son perso en
fait, le côté gêné, puis pas sûr de lui, et j'adore son côté bah un peu
j'me laisse faire quoi grrrr *-*.
J'aime beaucoup leur amis respectifs, ils sont géniaux, surtout Tu Anh elle est vraiment géniale!!

Leur relation est grisante aussi, elle est tellement rapide et intense,
puis le petit côté jeu du chat et de la souri, j'adore! Le passage sous
l'arbre est sans doute mon préféré *-*
Et j'ai adoré la fin! Vraiment extra!

Donc, merci merci merci pour avoir fait de ma demande un OS aussi
génial et j'suis juste trop impatiente de pouvoir lire une suite =)

<3


Dine : Oui tu avais effectivement du faire un amalgame avec ma demande xD, *tapote la tête* <3<3
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mar 3 Aoû - 14:38

Je plussoie vraiment tout le monde, cet OS est genial ! L'idee est originale et bien respectée.
J'adoooooore et je suis trop heureuse qu'il y est une suite de prevue *0*
Merciiii Very Happy
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   Mar 17 Aoû - 2:34

Merci beaucoup Smile
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MessageSujet: Re: Coup de foudre au soleil, de Lou   

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