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 [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève

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Sasha
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MessageSujet: [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève   Mar 8 Déc - 12:08

Notes de l'auteur :
Cet OS n'est pas fini, ceci n'est que la première partie, je suis tout à fait consciente qu'il ne répond donc pas complétement à la demande, j'ai bien l'intention de le finir mais je comprend tout à fait que l'auteur de la demande préfère que quelqu'un d'autre écrive un OS complet pour sa demande. La demande sera donc redistribuée si l'auteur le souhaite.
Le personnage d'Andreï est totalement fictif et n'a aucun rapport avec Andreas.
Je m'excuse auprès de toutes les participantes pour mon retard.






Un nouveau jour se lève




Les hautes marches de pierre rendaient l'ascension difficile, et la petite silhouette qui les escaladait avait toutes les peines du monde à ne pas renverser l'eau de la cruche rebondie qu'elle serait entre ses mains encore enfantines. Lorsque la fillette atteignit l'étage supérieur elle s'immobilisa quelques secondes devant une lourde porte de bois ouvragée, le souffle court et les joues rosies par l'effort. Elle s'appuya contre le panneau de bois, l'entrebâillant tout en appellant l'occupant de la pièce d'une voix fluette. Elle reçut un bref ordre pour réponse, et rassurée elle se glissa dans la pièce, tenant le plus fermement qu'elle le pouvait la lourde cruche.
Le récipient en terre cuite fut rapidement posé sur un petit meuble rond près d'une haute fenêtre. Avec les gestes sûrs de l'habitude la fillette fit couler l'eau dans une bassine en cuivre aux rebords ternis par le temps, puis posa la serviette propre qui pendait à son bras sur le meuble de bois.
Lorsqu'elle eut fini sa tâche elle jetta un coup d'œil par dessus son épaule. Dans le coin opposé de la pièce se trouvait une imposante cheminée de pierre devant laquelle un homme lisait, enfoncé dans un fauteuil élimé. Il tourna une page de ses longs doigts fins, et pencha son visage vers la lumière, permettant ainsi à la petite servante d'observer les flammes donner à ses cheveux des reflets blonds. La fillette amorça un mouvement vers l'homme, ses yeux brillants fixés sur son nez droit et ses pommettes bien dessinées. Puis un rictus étrange traversa son visage alors qu'il fronçait du nez et découvrait ses dents.
La petite sursauta en reculant, et l'homme se retourna dans le fauteuil, fixant d'un regard sombre dénué d'expression le visage anxieux et quelque peu effrayé de sa servante.
Elle baissa la tête et quitta la pièce sans un bruit.




* * * * *



Thomas se passa une main sur le visage. Il se releva de son fauteuil et s'avança jusque devant la fenêtre d'un pas lourd. Plongeant les mains dans la bassine que Marie lui avait apportée quelques minutes avant, le jeune homme observa le paysage. Le soleil ne s'était pas encore totalement couché à l'horizon, baignant les champs d'une lueur dorée et rose.
Il retira sa chemise, les yeux fixés sur le soleil couchant.



Le dîner n'était pas des meilleurs, mais les habitués de l'auberge s'en contentaient aisément. Près des tonneaux le patron jetait de fréquents coups d'œil vers la table du fond occupée par deux jeunes hommes. Un jeune noble mâchait sans grand enthousiasme une aile de poulet maigrelette tandis que son valet se léchait les doigts l'air heureux. Ils venaient de loin, d'un pays du sud, Italie ou Espagne. Le petit valet au visage de fille et aux boucles brunes lui rappelait son neveu qu'il ne voyait pas souvent, mais le noble à la peau blanche et aux manières délicates le mettait mal à l'aise. Il en voyait de temps en temps des gens comme ça, mais celui-là avait vraiment un drôle d'air. Le maître repoussa son écuelle, le menton posé dans la main et le regard dans le vide. Son valet n'eut pas l'air plus dérangé par son absence d'appétit que par sa mélancolie, et continua de manger avec une joie non dissimulée. Le patron frotta ses grosses mains sur son tablier en fronçant les sourcils, il était déjà rare de voir un maître partager sa table avec son valet, mais laisser autant de liberté à ce dernier avait quelque chose d'indécent. Les coutumes étaient peut-être différentes dans leur pays.


Les dernières lueurs du couchant filtraient à travers l'épais feuillage des hauts arbres, plongeant lentement la forêt dans une obscurité grandissante. Le jeune homme émergea d'une cavité entre deux rochers, ses mains fines prenant habilement appui sur la mousse sombre. Son corps nu se faufila hors du passage, se mouvant avec grâce, ses muscles longuement entraînés roulant sous sa peau tachetée des derniers éclats de soleil. Longtemps il resta immobile, debout les yeux levés vers la cime des arbres, le jour s'éteignant sur son visage.


Le jeune noble fixait la forêt derrière la vitre sale de la petite fenêtre de leur chambre. Il ferait bientôt nuit noire, mais les nuages au dessus des arbres demeuraient encore gris violassé. Les mains habiles d'Andreï lui retirèrent son veston, puis son gilet et enfin sa chemise, tandis que Wilhelm gardait les yeux rivés sur le dehors. Le valet s'occupait de ses chausses, après avoir délicatement fait glisser les hautes bottes le long des mollets finement musclés de son maître. Ses doigts avaient à peine effleuré la lourde boucle d'argent de la ceinture, que Wilhelm posa brusquement sa main sur l'avant-bras bronzé du valet. Andreï leva des yeux interrogateurs alors que le jeune noble s'était raidi, son regard sombre toujours fixé sur le dehors. Son visage figé s'était légèrement crispé en une expression de souffrance et de méfiance.

"Vous avez... soif ?" Demanda Andreï d'une voix incertaine. "Maître ?" Rajouta-t-il après une demi-seconde d'hésitation.

"Andreï..." La voix basse et grave enveloppa le jeune valet, se glissa en lui avec une facilité déconcertante, et soudain la chambre mal chauffée, le goût âcre du vin qu'ils avaient bu un peu plus tôt, la sueur séchée dans son dos qui le démangeait, cette ampoule à son talon droit qui le faisait souffrir depuis plusieurs jours... tout cela sembla disparaître pour laisser place à un calme et une tranquillité apaisante. Même l'inquiétude de son maître semblait avoir disparu. Andreï fronça les sourcils, et secoua violemment la tête en se redressant.

"Maître ! Arrêtez ça !"

Wilhelm eut un petit rire moqueur, et détacha son regard de la vitre pour fixer son valet un sourcil relevé.

"Est-ce comme cela qu'on s'adresse à son maître ? Depuis quand es-tu autorisé à me donner des ordres ?"

Le sourire avait disparu, mais la lueur amusée dans le regard du jeune noble allait à l'encontre de sa fausse réprimande. Andreï leva les yeux au ciel et marmonna quelque chose qui ressemblait à "depuis qu'on partage nos couche-culottes" tout en retirant d'un geste brusque la ceinture de son maître. Wilhelm lui fit un grand sourire, dévoilant toutes ses dents et notamment une paire de canines visiblement plus longues et acérées que la moyenne.
Pas impressionné le moins du monde Andreï fit claquer la ceinture de cuir contre la cuisse de son maître en rigolant doucement. Wilhelm émit un petit gémissement de douleur feinte, qui se transforma presque immédiatement en ronronnement suggestif. Ses yeux se chat se plissèrent, les pupilles dilatées, et sa bouche bougea sensuelement en une moue adorable. Andreï haussa un sourcil à la vue du cinéma de l'autre homme.

"Ca fait longtemps que vous n'avez plus besoin de ça avec moi. Si vous avez soif demandez, c'est tout."

Wilhelm leva les yeux au ciel abandonnant sa moue, mais gardant un léger sourire qui lui creusait des fossettes dans les joues.

"Hm peut-être un petit peu tout à l'heure."Répondit finalement le maître, laissant son valet déboutonner sa culotte de cavalier. "Ca devrait suffire d'ici demain, j'irai chasser."

Andreï hocha la tête et finit rapidement de le déshabiller, ne lui laissant que ses braies. Il ôta ses propres vêtements ensuite et s'approcha de la fenêtre. Sur l'épais rebord une bassine d'eau tiède et des linges à la propreté douteuse attendaient d'être utilisés. Le jeune homme sortit un pain de savon d'un petit sac et le frotta contre un linge dans l'eau. Lorsqu'il se retourna Wilhelm n'avait toujours pas bougé et avait retrouvé cette expression douloureuse et inquiète. Andreï se mordit la lèvre inférieure et hésita une poignée de secondes, avant de finalement poser doucement le linge humide sur l'épaule nue de Wilhelm.
Celui-ci n'eut aucun mouvement de surprise et se contenta de le fixer tandis que le jeune homme lui lavait le torse. Lorsqu'il eut fini il laissa son maître se glisser dans le lit aux draps de mauvaise qualité, et se lava lui-même sommairement. Quelques minutes après, quand il eut fini de ranger leurs affaires dans les sacoches de cuir sentant fort le crin de cheval, la sueur et la poussière, le jeune valet se glissa sans bruit jusqu'au lit et attendit que son maître ouvre les draps pour l'inviter à y entrer.
Sa tête avait à peine touché l'oreiller trop dur que déjà le souffle de Wilhelm lui chatouillait le cou. Ses canines crissèrent sur la peau dorée du valet, entamant légèrement l'épiderme souple au niveau de la jugulaire. Andreï avait beau avoir l'habitude, sa respiration s'accéléra sensiblement, son sang battant contre ses tempes lui tournant la tête. Wilhelm émit un grondement, les lèvres collées contre la jugulaire de son valet dans laquelle le sang se mouvait avec violence. Sa langue se glissa entre ses dents pour goûter à la peau propre et fraîche sous sa bouche, et elle rencontra une légère protubérance au goût tentateur. Fronçant les sourcils, Wilhelm recula pour observer le cou gracile du jeune homme étendu sous lui. Une blessure pas totalement guérie ornait la peau dorée, quelques croûtes de sang séché demeurant à la surface. Avec un grognement frustré, Wilhelm se déplaça le long du corps de son valet.

"Wilhelm ?" Le souffle encore court, Andreï s'était redressé sur ses coudes, les boucles brunes en désordre et le regard incertain. Il ne l'appelait par son prénom que dans ces situations particulières où son maître redevenait son meilleur ami, son frère de lait, l'homme à qui il avait dédié sa vie. Wilhelm releva son visage parfait et lui lança un sourire apaisant.

"Tu n'es pas encore tout à fait guéri là..." marmonna-t-il en effleurant la blessure au creux du cou du bout des doigts. "Alors je vais chercher ailleurs."

Et dans un geignement d'envie il enfouit son visage contre le flanc du jeune homme, ses dents raclant sur la peau recouverte de frissons. De sa main droite il attrapa le poignet d'Andreï et se redressa au dessus du corps, pressant l'articulation délicate contre son nez. Il darda la langue entre ses lèvres et la laissa vagabonder où la peau translucide laissait clairement voir les veines bleues tentatrices. Le valet laissa échapper un gémissement de plaisir et de douleur mêlés, qui monta brusquement dans les aigus quand son maître fit glisser sa bouche vers l'intérieur du coude en suivant les veines gonflées de son avant-bras. Andreï mordit dans son poing crispé pour s'empêcher de faire plus de bruit, son corps entier tendu et parcouru de fourmillements. L'adrénaline qui parcourait ses membres, courait dans son sang, l'empêcha de sentir la douleur quand Wilhelm enfonça ses canines dans le pli de son coude, déchira sa peau, creva les parois de ses veines, les dents creusant dans l'intima, la media puis l'adventice, pour enfin atteindre le sang bouillonnant de vie.
Un halètement plaintif s'échappa d'entre ses dents serrées tandis que son maître entourait tendrement la blessure de ses lèvres et entreprit de laper le sang, de sucer la peau meurtrie et de boire avec dévotion le sang carmin qui s'écoulait sur la peau dorée d'Andreï.
Il ne s'abreuva pas longtemps, et bientôt il se redressa léchant ses lèvres noyées de sang. Son valet lui jeta un regard heureux et attendri, la respiration encore sifflante et les membres tremblants. Wilhelm porta son pouce à sa bouche et se mordit fermement le bout du doigt, son propre sang perla entre ses lèvres encore brouillées du sang de son serviteur. Il porta la phalange blessée jusqu'à la bouche entrouverte d'Andreï, et la glissa entre ses lèvres charnues, laissant le jeune homme sucer son doigt et y boire le sang quelques secondes.

Quand, plus tard dans la nuit, ils se couchèrent finalement, Andreï s'endormit instantanément, la joue pressée sur le drap de mauvais coton et son coude bandé pressé contre sa poitrine. Il avait encore les joues pâles de sa récente perte de sang et Wilhelm fronça les sourcils en l'observant. Ce soir n'avait peut-être pas été nécessaire, il aurait pu attendre jusqu'au lendemain. Le souvenir de son père lui revint brusquement, son visage distant et froid, ses manière brutales et gracieuses à la fois, ses mots durs et ses idées arrêtées sur eux, leur condition. Il fallait être fier, tout le temps, toujours. Wilhelm n'avait jamais remis cela en question, car après tout il l'était, fier. Fier d'être ce qu'il était, fier d'appartenir à une espèce supérieure, fier d'avoir ce pouvoir.
Mais peut-être pas très fier de se nourrir sur le seul ami qu'il avait jamais eu, et qu'il aurait jamais il le savait. Fronçant un peu plus les sourcils Wilhelm ferma les yeux et se concentra, se laissant envahir par l'esprit d'Andreï.
L'odeur d'abord, si proche juste contre sa peau, lourde et importante, il pouvait presque la goûter, d'ailleurs il la goûtait. Sa langue passa et repassa sur ses lèvres tandis qu'il cherchait encore quelques gouttes du sang d'Andreï. Le goût lui emplit l'esprit et il se focalisa entièrement dessus, se concentrant sur les plus infimes nuances, cherchant Andreï dans son sang. Et lentement il se sentit submergé par une joie et un bien-être qui ne lui appartenaient pas, plongeant dans le rêve de son ami.
Wilhelm vit à travers les yeux d'Andreï tandis que celui-ci relevait le visage pour observer Christian assis près de lui sur un des bancs de la petite place près du domicile familial de Wilhelm. Christian était le frère ainé de Wilhelm, et dans le rêve d'Andreï il lui parlait avec une froide détermination et le sentiment d'apaisement que ressentait le jeune valet jusqu'ici commença à s'effriter. Wilhelm n'arrivait pas à comprendre ce que disait son frère, les sons lui parvenaient distordus et étouffés, mais ils avaient clairement un fort impact sur son serviteur. Celui-ci se leva brusquement et tendit son bras bandé vers Christian, la main à plat et tous les muscles tendus, comme il aurait brandi une épée. Ses ongles courts frôlèrent la peau d'albâtre du frère ainé et ce dernier fit une grimace de dégoût avant de cracher du sang noir aux pieds du valet. Andreï fit volte-face et Wilhelm eut un coup au cœur en se rendant compte qu'ils se trouvaient à présent dans un endroit qu'il connaissait bien.
Les hautes marches de pierre descendaient vers la petite scène qui tombait en ruine. L'ancien théâtre à ciel ouvert n'abritait plus aucune comédie des temps anciens, les seuls rires qui résonnaient contre les marbres sculptés depuis des centaines d'années, étaient ceux des deux garçons qui avaient grandi parmi ces pierres. Au pied de la scène la poussière qui recouvrait le sol collait à leurs semelles quand ils venaient y jouer enfants, puis y parler plus âgés. Andreï lui avait dit un jour que cette scène était comme lui, solide et là pour la nuit des temps, au-dessus de la poussière qui s'étendait à ses pieds. Wilhelm avait refusé de comprendre qu'Andreï se comparait à la poussière qu'ils foulaient, il était trop douloureux de penser à une vie sans lui à ses côtés.
Lorsqu'il ouvrit à nouveau les yeux, or des rêves d'Andreï, Wilhelm observa longuement son ami endormi. Il pouvait sentir la joie aigre-douce de la nostalgie émaner de lui. Le jeune noble passa une main lasse sur son visage et s'allongea à nouveau dans les draps et les couvertures qui le grattaient. Il se fit violence pour ne pas repenser au rêve d'Andreï, et le sentiment qui l'avait habité quelques instants plus tôt dans la soirée lui revint subitement.
Il avait l'étrange et dérangeante impression que quelque chose rodait dehors, caché par les bois sombres et impénétrables qui bordaient la route qu'Andreï et lui suivaient. Fronçant les sourcils Wilhelm essaya de chasser ses préoccupations et de se focaliser sur le bruit des battements de son propre cœur. Il avait besoin de dormir, l'aube arriverait bien assez tôt.



* * * * *



Les odeurs de la nuit émoustillaient l'animal et lui redonnaient l'énergie qui lui manquait depuis des jours. Thomas avait vaguement conscience de l'excitation du loup, son esprit trop profondément enfouis dans un sommeil lourd. Il tenta, comme à chaque fois, d'entrevoir ce que percevait Blaise lorsqu'il s'emparait de son corps, mais malgré les années ses visions restaient très floues. Le loup foulait la terre, recouverte d'herbes, de mousse, d'insectes grouillant entre les racines d'arbres centenaires, qui lui avait tant manquée. Une légère brise vint l'ébouriffer et son excitation monta d'un cran. Il s'élança à toute vitesse entre les arbres, courant aussi vite qu'il le pouvait, son corps puissant ondulant dans l'obscurité profonde de la forêt. Il arriva enfin au sommet de la coline qui lui donnait une vue imprenable sur les environs. Au dessus de lui, diffusant sa lumière blanche, la lune pleine l'observait de son œil unique et aveugle. Si bien que personne ne le vit lever la gueule vers elle pour pousser un hurlement de joie et de fierté.

Un hurlement déchira l'obscurité autour de lui. Les couleurs explosèrent sous ses paupières, lui faisant mal aux yeux, alors qu'il plongeait dans un esprit qu'il ne connaissait pas. Tout ce rouge mordoré ondulant entre les ombres vertes. Il n'arrivait pas à voir, ni entendre, sentir ou toucher quoi que ce soit. Ses sens semblaient trop saturés d'informations pour qu'il puisse les déchiffrer correctement, et Wilhelm se sentait perdu dans un monde dangereux qui le dépassait et l'entraînait contre son gré.

Le loup s'élança de nouveau dans la forêt, coursant des mulots ou des oiseaux nocturnes imprudents, sautant par dessus les trons d'arbres morts et plongeant dans les ruisseaux tourbillonnant d'eau glacée. Un nouveau coup de vent vint jouer dans sa fourrure humide, et le loup leva brusquement le museau. Une odeur profonde lui emplit les narines, une comme il n'en avait jamais sentie. Blaise poussa un gémissement d'envie et bondit sur un rocher pour lever plus haut son museau dans l'espoir de mieux sentir cette étrange odeur si exaltante et imprégnante.
Son excitation monta brusquement, faisant bouillir le sang dans ses veines, et le loup tourna en rond un moment sur son rocher, tentant désespérément de mieux sentir l'odeur si extraordinaire.

Une joie intense semblait émaner de l'être à qui il était rattaché, mais la cause de cette joie lui était impossible à déterminer en raison de la brutalité du sentiment. Déconcerté Wilhelm se détacha avec peine de l'esprit de l'étrange créature, et se sentit s'éloigner pour errer dans les brumes rassurantes qui l'introduisaient habituellement à ses rêves normaux. Aussi normal que puisse être un rêve prémonitoire.

Thomas, au plus profond du sommeil qui l'immobilisait au cœur du loup, sentit Blaise s'agiter comme il le faisait rarement. Il se sentit sortir de son état léthargique, poussé par la violence des sentiments du loup. Timidement il chassa les dernières bribes de sommeil qui le maintenaient éloigné de ce qui se passait autour de lui, pour pénétrer l'esprit du loup. D'habitude celui-ci le laissait rarement faire, et toujours avec une surveillance accrue, mais cette fois-ci Blaise ne fit même pas attention à lui, trop occupé à sauter sur la berge en quête d'un meilleur endroit où sentir la merveilleuse odeur.
Thomas observa son propre corps méconnaissable sous la domination de Blaise, courir entre les trons imposants, gémir doucement d'anticipation, suivre avec obsession la fragrance à travers les bois. Blaise déboula soudain dans une clairière tout près de la route, des pierres avaient été disposées en cercle autour d'un foyer rudimentaire. Il s'agissait visiblement d'un ancien campement datant d'à peine quelques jours détermina Thomas en analysant l'odeur de brûlé que reniflait Blaise sur les pierres, à la recherche de la source du parfum qu'il pourchassait. Soudain le loup se jetta dans l'herbe à un endroit précis, l'animal roula sur lui-même en produisant ce qui ressemblait à un jappement de plaisir. Thomas se laissa immerger dans les émotions brutales du loup, ressentant à son tour une joie tourbillonnante et un plaisir diffus et sans fin à se rouler dans l'herbe là où l'odeur était la plus forte.

Le rêve, comme toujours, lui était apparut lentement, comme sortant naturellement des profondeurs du sommeil. Agenouillé sur un sol meuble et humide, un goût métallique contre sa langue l'enivrait, et tout son corps frémissait à la sensation du liquide épais et chaud coulant dans sa gorge. Un bruit sourd retentit soudain non loin de lui, et Wilhelm entrouvrit les paupières, regardant entre ses cils le sang qui maculait ses mains sous la lumière blanches de la Lune. Un grondement rauque lui parvint, résonnant autour de lui, lui envoyant une décharge à travers le corps. De la sueur glacée coula entre ses omoplates et il n'eut que le temps de faire un bond sur le côté avant qu'une douleur fulgurante lui déchire la cuisse. Un hurlement creva le silence de la nuit.



* * * * *



La terre sèche crissait sous ses bottes épaisses, les craquelures s'étirant entre les plants de blé qui doraient au soleil. Thomas s'accroupit entre les épis et observa d'un œil critique les graines. Il en arracha quelques-unes pour les faire ensuite rouler entre ses doigts rugueux et tannés par le soleil et la vie au dehors. Une soudaine envie irrépressible de se rouler sur le sol et de courir de tout son saoûl dans les champs bourdonnant d'insectes le prit, et Thomas poussa un grognement exaspéré. Blaise s'agitait en lui, incapable de se calmer plus que quelques minutes d'affilées.
Une rumeur de conversation lui vint d'un peu plus loin sur sa droite, et le jeune homme jeta un coup d'œil au groupe d'hommes qui marchaient d'un pas lourd de fatigue vers les petites maisons entourant les murailles. Une cloche avait résonné quelques minutes auparavant et les paysans allaient déjeuner avant de reprendre le travail.
Thomas reporta son regard sur le paysage devant lui, les champs s'étiraient jusqu'à l'horizon, seulement interrompus sur sa gauche par la vaste forêt qui bordait son territoire et au loin par des petits villages d'où s'élevaient des clochers pointus. Une légère brise chaude fit ployer la multitude d'épis blonds des champs, élevant des volutes de poussière mêlée d'herbes sèches. Le jeune homme poussa un soupir de lassitude en sentant à nouveau Blaise s'agiter en lui lorsqu'un petit oiseau solitaire passa quelques mètres plus loin. L'envie de croquer le volatile lui rappella à quel point il avait faim, et il se redressa, essuyant ses mains poussiéreuses sur la toile grossière de son pantalon. Ses bottes crissèrent à nouveau sur la terre lorsqu'il s'éloigna à son tour vers les murailles.

Il traversa la cour intérieure, se dirigeant vers un tonneau rempli d'eau près des portes menant à l'intérieur du vieux chateau. Un éclat de rire fusa non loin de lui alors qu'un jeune garçon d'une douzaine d'années déboula dans la cour hors l'haleine, ses cheveux blonds en pagaille. Thomas eut un sourire en coin en voyant le voyant déraper sur les pavés et essayer de reprendre son équilibre sans s'arrêter de courir. Un adolescent apparut à son tour de derrière les écuries, coursant le petit blond. Le nouveau venu eut un cri de victoire en avisant le plus jeune coincé entre une carriole pleine de lourds sacs de farine et le pied de l'escalier menant dans la muraille. L'aîné s'apprêtait à s'élancer sur l'autre lorsqu'il capta un mouvement du coin de l'oeil. Aussitôt l'adolescent s'arrêta et se tourna vers Thomas, le visage écarlate.

- Mon...monseigneur..., marmonna-t-il en baissant les yeux.

Thomas lui sourit et s'avança vers lui en faisant signe au plus jeune de les rejoindre. Le petit blond gambada joyeusement vers eux, insouciant de l'embarras du plus âgé.

- Georges, salua Thomas en faisant un signe de tête vers l'aîné, Gustave, rajouta-t-il en frottant les mèches courtes du petit blond.

Ce dernier eut un gloussement et offrit un sourire lumineux au jeune homme. L'adolescent de son côté rougit encore plus en jettant des coups d'œil gênés en direction de l'adulte. Le petit s'éloigna à nouveau, soudain très intéressé par un petit lézard dorant au soleil sur le pavé.

- Tu me rejoindras après diner dans la cour de la grange ? Demanda Thomas en remontant les manches de sa chemise au-dessus de ses coudes.

Un éclair de plaisir et de joie traversa les yeux verts de Georges et il hocha la tête, les joues encore un peu rouges. Le jeune châtelain sourit un peu plus et le salua d'un dernier signe de tête avant de faire demi-tour pour se rincer les avant-bras et le visage dans le tonneau.
Derrière lui, les deux frères repartirent en courant sur les pierres brulantes, pressés de rejoindre leur famille pour diner.

Thomas finit par entrer dans l'imposante demeure, Marie qui le croisa dans les couloirs lui offrit un sourire lumineux en portant son panier de linge. Dans la salle à manger, la table de bois massif était déjà recouverte d'une nappe blanche et les vieux couverts d'argent terni avait été soigneusement disposés près d'une coupe de verre ouvragée et d'une carafe de vin. Thomas se laissa tomber dans la chaise à haut dossier qui appartenait jadis à son père et, les coudes sur la table, frotta de ses paumes son visage trop jeune pour tant de solitude.
La vielle Clotilde entra dans la pièce en portant un plat de viande accompagné de divers tubercules et racines mijotées. Thomas la connaissait depuis toujours, c'est elle qui lui avait donné le sein nourrisson et qui avait aidé sa mère lorsque, petit, Blaise le faisait tant souffrir les nuits de pleine lune. A présent que ses parents n'étaient plus là, elle représentait sa seule famille.

- Monseigneur a passé une bonne journée ?

Thomas poussa un grognement et jetta un regard noir à la vielle dame. Celle-ci poussa un léger soupir et posa le plat devant le jeune homme avant de reprendre la parole.

- Thomas... avez-vous passé une bonne journée ?

Elle eut droit à un petit sourire en coin suivi d'un vague hochement de tête. Le jeune homme fixa ses mains ridées s'emparer d'une lourde louche et le servir tranquillement. Il ne dit pas un mot tandis qu'elle lui coupait une épaisse tranche de pain et remplissait son verre. Mais lorsqu'elle s'apprêta à partir, Thomas la retint gentiment par le poignet.

- Clotilde... je voulais te demander quelque chose.

La vielle dame l'observa, intriguée et légèrement inquiète. Le jeune homme fixa le ciel encore clair à travers la fenêtre.

- La petite Marie, elle... elle sait, n'est-ce pas ?

- Elle sait depuis longtemps que, comme votre père avant vous, chaque mois vous avez... des nuits agitées.

Thomas leva les yeux vers elle et la fixa intensément.

- Elle sait, n'est-ce pas ? Répéta-t-il sur le même ton.

Clotilde eut un léger frisson, et baissa les yeux sur son tablier.

-... oui, finit-elle par souffler, elle a vu certaines de vos blessures, et souvent votre fatigue ne lui échappe pas. Elle a posé des questions, Thomas, je ne pouvais pas ne pas lui répondre, elle serait aller demander ailleurs. Ne la blâmez pas, ce n'est qu'une enfant.

Thomas sentit ses entrailles se glacer. Que la petite servante qui travaillait au château sache que chaque mois son seigneur se transformait en loup ne le dérangeait pas outre mesure, elle l'aurait su bien assez tôt. Mais que Clotilde, la seule qui connaissait presque tout de lui, craigne ainsi ses réactions, craigne qu'il en veuille à une petite fille, craigne même peut-être qu'il lui fasse du mal... Elle savait pourtant que Blaise ne leur ferait jamais rien, que lui-même serait incapable de s'attaquer à eux. Elle savait que, comme le loup de son père, l'animal qu'il abritait en lui considérait le village et ses habitants comme sa meute, une famille qu'il défendrait de toutes ses forces quoi qu'il arrive.
Il hocha la tête, la nuque raidie et les yeux de nouveau rivés sur le dehors ensoleillé.
Les pas de l'ancienne nourrice s'éloignèrent et Thomas entreprit de manger le plus rapidement possible, pressé de sortir à nouveau et d'oublier sa frustration et sa solitude.

Comme prévu, Georges l'attendait dans la cour près de la grange, une épée de bois à la main ; il enchaînait différentes figures et feintes avec une adresse qui à chaque fois étonnait un peu plus Thomas. Celui-ci attrapa une autre épée de bois qui l'attendait sur un établi, et s'avança silencieusement derrière l'adolescent. Le jeune villageois se retourna en fendant l'air de son arme et Thomas le para, le bruit de l'entrechoquement des deux épées résonnant contre les hauts murs de pierre qui les entouraient.
Après une seconde de surprise, Georges lui fit un grand sourire heureux auquel Thomas répondit du mieux qu'il put.

-Prêt pour le cours ?



* * * * *



Wilhelm grogna son mécontentement à la vue de l'écuelle de ragoût qu'Andreï posa sur la table face à lui. Le valet lui lança un regard goguenard avant de prendre place à ses côtés. Tout deux entamèrent leur diner sans un mot, le plus jeune mangeant voracement, l'aîné mastiquant sans grand enthousiasme les sourcils froncés.
Ils avaient passé la journée dans les environs, découvrant le paysage campagnard français et ses forêts profondes. Wilhelm préférait visiter les bois de nuit, seul, quand la soif lui râpait la langue et éraflait sa gorge. Mais les longues chevauchées qu'il avait pris l'habitude de faire avec Andreï lui procuraient toujours une autre forme de satisfaction, le plaisir de retrouver son meilleur ami et d'être lui-même loin de sa famille et des regards scrutateurs des inconnus.

- J'irai chasser cette nuit, marmonna-t-il au bout d'un moment de silence.

Andreï le fixa un instant avant de hocher la tête. Ils finirent leur repas frugal rapidement et se levèrent avec l'intention de rejoindre leur chambre.
Alors qu'ils se dirigeaient vers l'escalier, l'aubergiste leur fit signe depuis le comptoir et Wilhelm changea brusquement de direction, pour aller à sa rencontre. Les deux hommes se saluèrent cordialement.

- Nous partirons demain matin, le prévint Wilhelm.

- Très bien, si monsieur le souhaite je peux mettre des provisions de côté pour votre voyage.

- Merci beaucoup, nous en aurons besoin. Savez-vous où se trouve la prochaine auberge sur la route du nord ?

L'aubergiste gratta son menton où une barbe grossière lui mangeait les joues.

- La route du nord, celle vers Rennes ?

Wilhelm hocha la tête.

-Eh ben... vous en aurez pas avant pas loin de cent vingt lieues, après la colline de...

- Cent vingt lieues ?! Le coupa Wilhelm en haussant la voix. Mais Rennes est à cent cinquante lieues ! Il n'y en a aucune avant ?

L'aubergiste fronça les sourcils devant l'impatience du jeune noble, mais ne s'en formalisa pas.

- Ben non, pas que je sache.

Le jeune homme soupira fortement en fixant le mur derrière le comptoir, perdu dans ses pensées. La femme de l'aubergiste s'approcha et marmonna quelque chose entre ses dents à celui-ci, l'homme fronça les sourcils en hochant la tête avant de s'adresser à nouveau à Wilhelm.

- Hm il y a le domaine d'un seigneur à près de soixante-dix lieues d'ici, il n'y a pas beaucoup de voyageurs qui passent par là, mais tout le monde sait qu'il n'a jamais refusé d'offrir l'hospitalité pour une nuit lorsque quelqu'un frappe à sa porte.

Wilhelm hocha la tête et laissa le soin à Andreï d'écouter les précisions concernant la route données par l'homme.


* * * * *



Le soleil disparaissait à l'horizon, baignant une dernière fois les champs d'une lumière flamboyante avant que l'obscurité ne les avale. Dans le passage souterrain qui reliait ses quartiers au cœur de la forêt, Thomas courrait sur les pierres froides et humides. Bientôt il atteignit le fond du tunnel, et se déshabilla le plus rapidement possible avant se s'extirper du souterrain à travers les rochers qui en dissimulaient l'entrée.

Wilhelm se glissa sans bruit hors de l'auberge et parcourut les quelques mètres qui le séparaient de la forêt à grands pas. A la fenêtre du premier étage, Andreï observa la silhouette encapuchonnée disparaître derrière l'orée des arbres.

La nuit était presque tombée et Thomas sentait son cœur battre follement contre ses côtes, se forçant à respirer lentement il se tint debout entre les arbres, les paupières étroitement fermées et les dents serrées. Il ne pensait pas être capable de s'habituer à ça un jour. Son père n'avait jamais eu l'air de souffrir autant lorsqu'il se transformait, et Thomas se demanda un instant s'il était particulièrement faible ou Blaise trop brutal. Il n'eut pas le temps de se poser la question plus longtemps, que déjà son corps était parcouru de tremblements alors qu'il contractait plus fort sa mâchoire pour s'empêcher de gémir sous la douleur. Le sang pulsait fortement dans ses tempes, mettant ses nerfs à vif, et comme toujours le jeune homme n'y tint plus et gémit de douleur en s'empoignant la tête. Il savait qu'il ne devait pas se battre, que de toutes façons Blaise réussirait à sortir, mais l'instinct de survie l'empêchait de laisser le loup s'emparer de son corps. Dans un hurlement de douleur il se laissa tomber sur le sol, pris de convulsions, les yeux révulsés aussi blancs que la Lune éclatante au-dessus de lui.
Son dos s'arqua brutalement, formant un demi cercle parfait au-dessus du sol terreux, sa bouche grande ouverte dans un cri silencieux dont seuls les arbres muets autour de lui furent témoin.

Les feuilles tombées mêlées à la terre meuble et aux mauvaises herbes reprenant leurs droits, étouffaient le bruit de ses pas alors que le jeune noble se glissait entre les arbres, son corps semblable à une ombre sous l'épaisse cape noire ondulant dans la légère brise nocturne.

Puis la douleur disparut lentement, et Thomas se sentit sombrer dans ce sommeil si spécial où la réalité faisait moins mal.
Blaise s'ébroua et couina une ou deux fois en secouant le museau. Le loup savait à quel point Thomas souffrait à chaque transformation, mais rien de ce qu'il pouvait faire soulageait cette douleur. Voulant échapper à cette sensation oppressante qu'est la culpabilité, le loup leva la gueule vers la Lune et poussa un long hurlement signalant son retour.

Il se figea en entendant un loup hurler à la Lune au loin. Un long frisson lui parcourut le dos sans qu'il puisse en déterminer la cause. Aux aguets, le jeune homme continua sa marche silencieuse. Quelque chose d'inhabituel semblait provenir de la forêt. Une brève image éclata devant ses yeux, pleines de couleurs vives et agressantes, et une forte impression de déjà-vu le prit à la gorge. Il avait rêvé de ça, il le savait maintenant. Ce rêve, dont il n'arrivait pas à se souvenir et qui lui avait laissé une douleur cuisante dans la cuisse durant les quelques minutes qui avaient suivi son réveil, ce rêve lui revenant à présent en courts flashs. Une vague de frustration l'assaillit, ces rêves prémonitoires dont il ne gardait que de brefs souvenirs le rendaient malade.

Blaise courut vers le sud, là où la veille il avait trouvé cette odeur si enivrante. Ses lourdes pattes foulaient rapidement la terre meuble de son territoire, le loup était bien décidé à trouver la créature porteuse de cette odeur pour s'en délecter de tout son saoûl, la sentir, la renifler, enfouir son museau dans sa fourrure et morde encore et encore, jusqu'à s'enivrer de l'odeur insaisissable. Un gémissement d'envie lui échappa à cette sensation imaginée, tandis qu'il bondissait au-dessus d'un arbre mort.

Une savoureuse odeur lui provint soudain de derrière un épais buisson. Dès lors, l'esprit totalement concentré sur l'odeur alléchante, Wilhelm ne bougea plus qu'en fonction d'elle. Quelques mètres plus loin, arrachant délicatement une touffe d'herbe au pied d'un arbre, un chevreuil embaumant l'air d'une odeur de vie, de sang neuf et chaud, pulsé à travers son petit corps dans un rythme douloureusement envoûtant. Tapis sur le sol, le jeune homme rampa sans bruit, telle une ombre, sur la mousse glissante, jusqu'à bondir sur sa proie.

Le loup tourna en rond autour de la clairière de la veille, sa truffe chaude et humide passant et repassant sur l'herbe grasse, les épaules tremblantes de frustration alors qu'il n'arrivait pas à retrouver l'odeur aussi forte qu'avant. Un jappement rauque lui échappa et il s'immobilisa, la gueule ouverte et la truffe au vent.
La brise nocturne s'était levée, et Blaise inspira profondément jusqu'à ce ses pupilles se dilatent brusquement. Un couinement d'excitation retentit entre les arbres alors qu'il s'élançait dans la forêt. Il le sentait plus fort qu'à n'importe quel moment à présent, la créature n'était surement plus très loin.

Le chevreuil émit un glapissement qui vite se transforma en faible gargouillement alors que les dents acérées du vampire arrachaient sa douce fourrure pour plonger avec délectation dans son cou fragile et bouillonnant. L'animal trembla encore quelques instants avant de lentement se relâcher, libéré de son agonie, tandis que Wilhelm lapait la plaie béante, le sang jeune coulant dans sa gorge sèche, contre sa langue demandeuse, recouvrant ses dents meurtrières.

Les muscles tendus sous l'impatience et l'effort, Blaise fixait de ses yeux luisants l'homme qui buvait le sang d'une proie. L'odeur était si forte et si attirante que le loup tremblait de tout ses membres, sa large cage thoracique montant et descendant trop rapidement et la buée légère qui lui sortait de la gueule embrumant la scène.
Son instinct primaire de défense de son territoire ressurgit violemment, lui hurlant que l'humain devant lui n'en était pas tout à fait un et surtout représentait un danger pour lui et pour sa meute. Le sang bouillonna dans ses veines et il banda ses muscles, près à bondir. Un grondement rauque lui roula entre les canines, résonnant dans le silence.
En un quart de seconde il était sur l'homme, sa mâchoire puissante rata son flanc alors que sa cible bondit sur le côté, mais s'enfonça dans sa cuisse ferme. La silhouette, pas assez rapide pour lui échapper, mais assez pour ne pas recevoir la morsure mortelle, poussa un hurlement de douleur qui creva le silence de la nuit.
Blaise n'avait pas bougé d'un pouce, le sang dans sa gueule, l'odeur qui lui emplissait les narines, le goût sans pareil de la peau déchirée sous ses crocs. Des flashs de couleurs trop éblouissantes l'aveuglaient et le paralysaient, alors que le sang contre son palais l'enivrait. Il ne lâcha prise que lorsqu'une douleur vive et brûlante lui déchira le flanc, le faisant gémir et s'effondrer sur le sol humide.
Le loup cligna une ou deux fois des yeux, la vision floue, le temps de voir la silhouette enveloppée d'ombre disparaître entre les arbres centenaires.



* * * * *



L'aurore perçait à travers les feuilles sombres et humides de rosée, tombait en rayons dorés et roses sur le corps nu et frémissant de Thomas. Le jeune homme étendu sur le sol terreux s'éveilla lentement alors qu'une fourmi lui chatouillait la joue. Il fit un faible mouvement, aussitôt suivi d'un gémissement de douleur. Il ouvrit lentement les yeux, papillonnant pour s'habituer à la lumière du matin, une douleur sourde dans son flanc l'empêchait de réfléchir correctement.
Dans un effort herculéen il réussit à se hisser sur un des rochers dissimulant l'entrée du souterrain où Blaise s'était effondré quelques heures auparavant. Il ne sut pas comment il avait fait pour traverser tout le souterrain et remonter les marches glissantes jusqu'à sa chambre. Mais lorsqu'il se glissa sous la trappe, dissimulée sous un épais tapis tissé de nombreuses années auparavant par des mains inconnues, le soleil était déjà haut dans le ciel et entrait à grands flots dans la pièce. Il se traîna jusqu'au vieux fauteuil de son père et s'effondra dessus, grognant de douleur. La poussière formait de longues volutes, scintillant dans la lumière et s'élevait vers les plafonds sombres et si loin au-dessus de la tête renversée en arrière de Thomas. Un long soupir lui échappa et lentement ses paupières s'abaissèrent alors que sa respiration s'approfondissait.
Quelqu'un frappa soudain à la porte et le jeune homme grogna, Clotilde, qui avait apparemment pris ça pour une invitation à entrer, poussa le lourd panneau de bois, un plateau chargé de nourriture dans les mains. Elle poussa un petit cri en voyant l'état du jeune homme, et posa aussitôt son plateau sur une commode avant de s'approcher à pas pressés.

- Thomas... Thomas, que vous est-il arrivé ?! Oh doux seigneur, il vous faut un chirurgien, votre ventre...

Le jeune homme attrapa la veille dame par le poignet, avec une force étonnante pour son état, et vrilla son regard dans le sien.

- Personne ne doit savoir Clotilde, vous le savez, il prit une profonde inspiration, et relâcha quelque peu la prise sur le fin poignet.

La vieille servante hocha la tête, les yeux humides et le menton tremblant. Elle se reprit aussi bien qu'elle put, puis marcha rapidement jusqu'à la porte. Thomas l'entendit appeler Marie tandis qu'il reposait sa tête contre le tissu rapé du fauteuil.
Quelques minutes après, un linge humide d'eau tiède se posa sur son front, puis sur son torse. Serrant les dents, Thomas observa Clotilde lui rincer le torse et essuyer délicatement les bords de la blessure. Le sang avait depuis longtemps séché, et son flanc avait même commencé à cicatriser. Thomas n'avait pas souvent subi de blessures graves, et à chaque fois les voir cicatriser si vite l'étonnait. Le sang de loup qui coulait en lui l'aidait grandement, même si la douleur restait importante.
De longs tremblements lui parcouraient le corps, et sa vue trouble l'empêchait de distinguer correctement les traits ridés de la servante.
Bientôt celle-ci l'aida à se mettre au lit, une compresse fraîche toujours posée sur le front. Thomas sombra dans un sommeil agité de rêves insaisissables qui le réveillaient à intervalles irréguliers mais récurants. Une silhouette sombre penchée sur un petit corps sans vie tournait sa tête vers lui, mais il ne pouvait voir les traits de son visage avant qu'une douleur fulgurante lui traverse le torse. La même créature s'approchait de lui jusqu'à lever une main blanche aux doigts fins, les ongles longs lui effleuraient la joue et dans l'obscurité l'éclat de canines scintillait. Blaise s'agitait en lui, et Thomas ne savait où donner de la tête, épuisé par sa fièvre, le loup intenable et des rêves qu'il n'arrivait pas à comprendre.
Clotilde lui changeait les linges qui reposaient sur son front bouillant ou tentait de lui faire boire des infusions de plantes, ses sourcils froncés par l'inquiétude formant de profondes rides dans son front. Vers la fin de l'après-midi Thomas se réveilla enfin pleinement, sa fièvre pratiquement disparue l'avait laissé épuisé et faible. Clotilde lui fit manger un bol de soupe fumante et une épaisse tranche de pain et le laissa se rendormir d'un sommeil cette fois-ci réparateur.

Le jeune homme fut tiré de son profond sommeil par une agitation soudaine. Alors qu'il sortait difficilement des limbes du sommeil, il se rendit compte que l'agitation ne venait pas du dehors mais de l'intérieur de lui. Ses yeux se portèrent instinctivement vers la fenêtre où il constata avec horreur que le ciel s'assombrissait de plus en plus, passant d'un gris violacé à un noir d'encre. En un bond Thomas sortit de son lit et se précipita sur la trappe, une fois dans le souterrain il se mit à courir à toutes jambes le long des murs de pierre froides et glissantes. Avant qu'il n'ait pu atteindre la sortie, il tomba sur le sol, le corps pris de spasmes et ses cris résonnant dans le tunnel.



* * * * *



Andreï n'avait pas fermé l'oeil de la nuit, il savait que son maître aurait besoin de son aide pour entrer discrètement dans l'auberge au petit matin et avait passé de longues heures à tourner en rond dans la petite chambre, lire sans y prêter attention les petits livres que Wilhelm avait emporté pour le voyage et fixer la petite flamme de la bougie qui rejoignait rapidement la table en vieux bois. Il s'amusait à empiler les petites boules de cire qu'il avait confectionné avec les reste des différentes bougies fondues durant la nuit, lorsqu'un bruit au dehors attira son attention. En quelques minutes il était dans la salle principale de l'auberge, épiant derrière un volet entrouvert s'il s'agissait de son maître au dehors. Une main attrapa le volet et Andreï retint un hurlement en se mordant le gras du pouce. Le visage éreinté et déformé par la douleur de Wilhelm apparut soudain. Le valet aida le jeune noble à franchir la fenêtre, puis le soutint dans les escaliers jusque dans leur chambre.
Sa cuisse ensanglantée le lançait et il n'osait pas y regarder de plus près. L'exclamation de surprise et d'horreur mêlées poussée par Andreï lorsqu'il découvrit l'état de la jambe lui fit fermer les yeux pour retenir ses larmes. Sans une question le jeune valet entreprit de laver la plaie du mieux qu'il put. Wilhelm ne posa les yeux sur sa cuisse qu'une fois celle-ci soigneusement bandée, son meilleur ami l'aida à s'allonger dans le lit, avant de s'éloigner pour ranger les linges ensanglantés avec lesquels il l'avait soigné. Un chuintement de lame suivit d'un léger hoquet attira l'attention du jeune noble sur Andreï. Ce dernier venait de se taillader l'avant-bras et apporta rapidement son membre jusqu'aux lèvres de son maître. Wilhelm le fixa sans rien dire, et le valet se contenta de presser sa peau rouge de sang contre sa bouche. Lentement le jeune homme but le sang chaud et épais, avant de se laisser retomber sur les oreillers où il s'endormit profondément.

La blessure n'était pas si importante qu'ils l'avaient tous les deux cru au premier abord et Wilhelm, comme à son habitude avait déjà presque entièrement cicatrisé lorsqu'il se réveilla tard dans la matinée. Andreï descendit dire à l'aubergiste que son maître ne se sentait pas très bien et qu'ils repoussaient donc le départ d'une journée. Journée qu'ils passèrent tous les deux enfermés dans la petite chambre à tergiverser sur la bête qui avait attaqué Wilhelm et à reprendre des forces pour ce dernier. Le jeune noble était plus que déterminé à partir le matin suivant pour le domaine du seigneur que leur avait indiqué l'aubergiste, il espérait que celui-ci puisse le renseigner sur ce qui rodait dans les bois.

Aux premières lueurs de l'aube le lendemain matin, les deux voyageurs quittèrent la petite auberge pour reprendre la route. Ils n'étaient qu'à quelques heures du domaine de Thomas, et ne se pressèrent pas, soucieux de ménager la jambe de Wilhelm. A plusieurs lieues de là, le jeune châtelain se réveillait lentement, le corps nu et courbaturé allongé sur le sol terreux, et les yeux dorés fixés sur le ciel s'éclaircissant. Un nouveau jour venait de se lever.


A suivre.






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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève   Mar 8 Déc - 19:54

Mais j'aime pas que ce soit coupé! T______T
J'ai hâte que Thomas et Wilhelm se rencontrent réellement, ça risque d'être excitant!
Le fait que les histoires soient mélangées m'a un peu perturbée au début mais sinon j'ai vraiment bien aimé, j'ai hâte de lire la suite!
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Gab'
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève   Mar 8 Déc - 21:23

Bi ben tu sais bien que je veux la suite ;o)

Bravo, très bon texte !!
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève   Mar 8 Déc - 21:41

Ok, alors, déjà au début j'étais totalement déroutée genre "wtf" mais putain, juste, c'est super bien écrit bordel. Je sais que ma demande c'est un peu n'importe quoi, j'ai pas donné de précision, mon idée était vague, je l'ai écrite en 5 min au meeting. Mais PUTAIN, si je m'étais attendue à ça ! C'est juste, waouw

Essayons d'aller dans l'ordre
J'adore la relation entre Wilhelm et Andrei, j'adore Wilhelm, j'adore son caractère, j'adore tes descriptions, j'adore me sentir dans son corps quand il boit du sang, j'adore me sentir projetter dans chaque scène, me délecter de chaque sensation, imaginer chaque bruit, chaque odeur, chaque texture. Bordel, t'as du talent, c'est juste dingue, ça ruisselle de sensations, c'est énorme, j'adore ça
J'adore l'histoire, j'adore Thomas, j'adore Blaise. Et ohlala, au début j'étais paumé, genre avec les rêves tout ça, je me sentais un peu conne à pas tout piger, mais tout s'est éclaircit après :'D
C'est juste impressionant comme tu écris, tu le sais ? Bon dieu, j'ai rarement lu des tels choses à part dans les romans...
Alors, non je ne veux pas qu'on me réécrive ma demande, parce que je viens de tomber amoureuse de ton histoire. Totalement amoureuse. Je suis surcomblée, que ce soit en plus pour moi, alors que juste je m'attendais à genre un gros délire XD
Bon dieu, je sais pas quoi ajouter, c'est envoutant, magnifique, il me tarde la suite putain... Merci, merci, merci *___*
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claraMM
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève   Ven 28 Mai - 0:41

J'aime beaucoup...à quand la suite ?
^^
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 13 - Un nouveau jour se lève   

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