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 [Vacancières] OS # 8

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Sasha
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MessageSujet: [Vacancières] OS # 8   Jeu 15 Oct - 23:22

What I like about you



La porte du petit studio claqua. Et Bill laissa tomber ses bras le long de son corps. Il contempla, d’un regard vide, la porte fermée. Il espérait peut-être que Benjamin allait de nouveau passer la porte, le serrer dans ses bras en s’excusant, et l’embrasser dans le cou. Mais rien ne vint. Le studio était vide, et par la fenêtre, il entendit la moto de Benjamin démarrer en trombe. C’est à ce moment-là qu’il su qu’il ne le reverrait jamais.
Il se laissa glisser doucement par terre, et enfouit la tête dans ses bras. Bill avait une affreuse boule coincée dans la gorge qui lui faisait mal, mais il n’arrivait même pas à pleurer. Il releva la tête dans l’espoir de trouver son paquet de cigarettes, et il constata que la petite pièce était dévastée. Des vêtements, des papiers avaient volé dans toute la pièce, l’affiche punaisée au mur était déchirée et il y avait des morceaux de verre sur le sol. Bill savait qu’il devait remettre un peu d’ordre, ou au moins jeter les bouts de verre et de céramique qui pouvaient le couper. Mais il abandonna sa tache quand il remarqua que les morceaux dans sa main étaient autrefois le bol dans lequel Benjamin buvait tous les matins. Il les laissa tomba par terre, comme s’ils l’avaient coupé, et s’enfuit de son appartement.

Bill savait qu’il était homosexuel depuis toujours sûrement. Il n’avait jamais eu de mal à l’assumer malgré les insultes, les humiliations, les passages à tabac. Ce qui ne tue pas rend plus fort, disait-il en souriant quand il soignait son corps en face du miroir de la salle de bains. Il avait embrassé pour la première fois à treize ans. Il avait couché pour la première fois à quinze. Et la seule histoire sérieuse qu’il avait vécue pendant plus de deux ans venait de se finir il y a dix minutes.
Bill avait vu défiler les mecs dans sa vie. Certains juste de passage pour la soirée, d’autres pour quelques jours.
Et puis il y avait eu Benjamin. Il était grand, musclé, blond, avec des fossettes dans les joues quand il souriait, et un tatouage sur le torse. Ils s’étaient rencontrés lors d’une soirée, et depuis ils ne s’étaient plus quittés. Ils étaient d’abord devenus amis, avant de flirter pour de vrai, et de finalement s’embrasser devant le porche de l’immeuble de Bill. Benjamin avait l’habitude de passer tout son temps dans la minuscule chambre de bonne de Bill. Il y faisait froid l’hiver, chaud l’été, c’était ridiculement étriqué, mais Benjamin se plaisait à dire que c’était leur endroit à eux, leur petit cocon. Et Bill souriait les yeux pleins d’étoiles dans les bras de son compagnon.
À vingt ans, Benjamin possédait assez d’argent pour quitter la maison familiale, et avec le soutien et l’aide des deux familles réunies, ils avaient prévu d’emménager ensemble, et de se construire un avenir tous les deux.
Et puis il y avait eu ce malentendu. Selon Benjamin, l’agent immobilier avait fait de trop grands sourires à Bill, et cela n’avait pas échappé au brun, qui en avait soi-disant profité. Bill n’en croyait toujours pas ses yeux ; Benjamin était un peu jaloux, comme toute personne digne de ce nom, mais sans être excessif. Et voilà qu’il l’accusait presque d’avoir couché avec un mec en costard cravate, qui avait la photo de sa femme et ses gosses sur son bureau, juste parce qu’il avait été aimable et souriant.
Le brun n’avait pas supporté cette accusation à tord, s’était braqué contre Benjamin, qui s’était emporté. La dispute avait duré un peu plus d’une heure avant qu’ils ne se quittent, fulminants, et jurant l’un contre l’autre. Deux jours avaient suivi, et Benjamin était revenu penaud, au studio de Bill. Ils s’étaient excusés, s’étaient promis de ne pas recommencer, et le blond avait balancé cette phrase : « Je veux plus que les autres hommes te regardent, quitte à ce que tu arrêtes de te maquiller et de t’habiller comme bon te semble. T’es à moi, rien qu’à moi ». Bill s’était dégagé des bras de son petit ami, et avait ri jaune. Comme s’il allait arrêter de faire ce qu’il voulait, juste pour ses beaux yeux. Benjamin s’était emporté, l’avait copieusement insulté, le traitant de pute, de chienne. Le coup était parti tout seul, et après un silence de mort consterné, c’était à celui qui crierait le plus fort, qui balancerait le plus de choses à terre. Et puis, alors qu’il venait d’éviter un cahier lancé vers sa tête, le blond s’était arrêté, avait regardé Bill quelques instants avant de murmurer : « Laisse tomber, j’arrête moi. Salut » Et la porte claqua.
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*


Tom sortit du supermarché où il travaillait vers vingt heures. Il se permit de flâner un peu dans les rues pour rentrer chez lui ; on était vendredi, le temps était doux et le week-end s’annonçait bien. Une demi-heure plus tard, il poussa la porte cochère de son immeuble, et monta les escaliers en réfléchissant à ce qu’il allait bien pouvoir manger ce soir. Et puis, il aperçut une silhouette recroquevillée devant sa porte. Il reconnut immédiatement l’imposante chevelure de son meilleur ami, Bill. Il afficha une mine étonnée avant de graver les quelques marches qu’il lui restait. Bill ne bougea pas d’un pouce, mais quand Tom se pencha vers lui, celui-ci sursauta.
« Tu dormais ? » questionna Tom, un sourire amusé sur les lèvres.
« Je… euh… » Le brun regarda autour de lui l’air hébété. « Merde, ouais. » Sa mine se renfrogna tandis qu’il se levait.
Tom enfonça les clés dans la serrure et entra dans l’appartement douillet suivi de Bill.
« Ça fait longtemps que tu dors devant ma porte ? » demanda Tom avec un ton toujours amusé.
« Je sais pas… »
Tom se retourna en entendant le ton dépité de son ami.
« Ça va ? » demanda-t-il en l’examinant. Son maquillage avait un peu coulé, et ses yeux ne contenaient plus cette lueur joyeuse comme à l’habitude.
Bill secoua la tête, et se dirigea vers la pièce principale et s’écroula sur le canapé déplié sur lequel dormait Tom et qu’il n’avait pas pris la peine d’arranger avant de partir à la fac. Le blond n’insista pas, et partit dans la kitchenette pour sortir deux bières. Il en tendit une à Bill et s’assit à côté de lui.
« Tu me racontes ? » dit-il tout en décapsulant sa bouteille. Bill la tint fermée entre ses jambes. « Benjamin est parti. C’est fini. » Il eut un sanglot qui lui secoua le torse et baissa la tête.
Tom le prit immédiatement dans ses bras en étouffant un juron.
« Putain, j’suis désolé Bill. »
Ce dernier se laissa aller contre le torse de son ami et lui raconta toute l’histoire. Finalement, Tom serra un peu plus ses bras autour du corps frêle de Bill et le rassura :
« Il n’avait pas le droit de te dire ça, c’est pas vrai. Et puis il te méritait pas de toute façon. »
Il sentit Bill hocher la tête contre lui. Et Tom se dit que ce Benjamin était vraiment un connard.

Tom connaissait Bill depuis le collège. Il paraît qu’ils étaient deux marginaux dans ce petit collège de banlieue, et ils s’étaient retrouvés côte à côte, au fond de la classe, le jour de la rentrée. Ils avaient sympathisé, et s’étaient au final liés d’amitié. Ensemble, ils étaient respectés. Parce que c’était le gothique avec le rappeur, le brun et le blond, le chant et la guitare. Mais séparés, Tom était toujours au courant trop tard des coups dans le ventre de Bill. Et il se sentait tellement seul, tellement incertain, confus sans son meilleur ami. Incomplet. C’était Bill le plus fort dans l’histoire, le plus joyeux, le plus optimiste, celui qui balayait les ennuis d’un mouvement de la main, et qui détruisait les obstacles avec des sourires. Tom regardait, admirait et se persuadait que s’il se sentait bien en sa compagnie, c’était seulement parce qu’au moins, il n’était pas tout seul.
Ce n’est que lorsque Bill lui raconta, un samedi après-midi qu’il avait couché pour la première fois que Tom avait compris. Pour la première fois de sa vie, il se sentait mal en compagnie de Bill. Et il se sentirait mal encore de nombreuses fois, jusqu’à ce qu’il se rende compte de la nature de ses sentiments pour son meilleur ami.
À cette époque-là, ils étaient prêts à être lâchés dans la vie, la vraie. Et comme un adulte responsable qu’il était –presque-, Tom cacha ses sentiments, et continua à être le meilleur ami de Bill, en bénissant tous ces faits et gestes.
Le problème, c’est qu’il y a des choses qu’on ne peut pas cacher, qu’on ne peut pas oublier malgré toute la volonté d’un homme. Et l’amour –fou, inébranlable, inaliénable- en fait partie.
Et alors que Bill pleurait dans ses bras la perte de son amour, égoïstement, Tom ne pouvait s’empêcher d’espérer. Un tout petit peu.

Quand Bill se fut calmé quelque instant plus tard, que Tom ait essayé de le changer les idées en lui proposant toutes sortes de choses et en inventant les conversations les plus débiles du monde, son ami finit par demander d’un ton suppliant s’il pouvait restait dormir.
« S’il te plait Tom, j’ai pas la foi de rentrer chez moi. C’est le bordel, y en a partout. Et puis… »
Tom vit un voile de tristesse se réinstaller dans les yeux noirs de son ami.
« Mais bien sûr que tu peux dormir là ! J’vois même pas pourquoi tu demandes. C’est habituel. » s’empressa de dire Tom avant un nouveau déluge de larmes.
En réalité, ce n’était pas arrivé depuis deux ans, depuis le début de la relation entre Bill et Benjamin. Qu’importe, aujourd’hui, ils étaient séparés. Et Bill lui sourit pendant qu’il s’installait un peu plus confortablement entre les coussins du clic-clac.

Ce samedi matin, Tom fronça les sourcils lorsqu’un rai de lumière se posa sur son visage. Il enfouit son visage dans son oreiller et entendit le bourdonnement faible de la télé. Mais ce qui le fit ouvrir les yeux fut l’odeur du café.
« Salut. J’espère que je t’ai pas réveillé. Oh et puis si, il est une heure de l’aprèm. »
Tom releva la tête vers son interlocuteur, assis contre le mur, son oreiller entre ses jambes. Bill lui sourit doucement, et but une gorgée de café avant de porter son regard sur les informations télévisées.
Tom se frotta les yeux, et puis, dans une démarche mal assuré, il se dirigea vers la petite cuisine, et se servit un bol de café. En se retournant, il aperçut Bill, les yeux rivés sur la télé. Ses cheveux étaient ébouriffés, il y avait encore un peu de noir sur ses yeux, et la moue boudeuse qu’il affichait indiquait que lui aussi ne s’était pas réveillé de bonne heure.
Mais Tom le trouva incroyablement beau, au milieu des draps blancs. Les petits bruits enfantins qu’il faisait avec sa bouche en buvant son café se mélangeaient agréablement bien au son que faisaient ses longs ongles manucurés contre la céramique du bol.
Sentant un courant d’air froid passait entre ses chevilles, Tom se dépêcha de rejoindre son ami sur le lit.
« Ça va ? »
Bill ne fit qu’hocher la tête, un semblant de sourire sur les lèvres.
« T’as quelque chose de prévu aujourd’hui? » demanda-t-il.
« Vu la masse de travail que j’ai pour la fac et les cernes abominables que j’ai sous les yeux, euh… non. » sourit Tom. « Pourquoi ? »
« Je. Euh. » Bill plongea son regard dans le marc du café noir. « Je. Faut que je retourne à mon appart’ et euh. Ranger, enfin tout ça quoi. Et euh. » Bill s’embrouillait.
Tom le coupa avec un sourire : « Si tu veux, je peux venir avec toi. »
Le sourire –presque- rayonnant de Bill lui souleva le cœur.

Il était quinze heures quand Tom poussa la porte cochère du petit bâtiment dans lequel habitait Bill. Celui-ci était emmitouflé dans une énorme veste qui appartenait à Tom. Et malgré le temps relativement doux, Tom le sentit trembler alors qu’ils montaient doucement les escaliers étroits.
Arrivés devant la porte de la chambre de bonne, Bill hésita un peu avant de sortir les clés de sa poche.
« C’est vraiment le bordel » dit-il comme pour s’excuser alors qu’il entrebâillait la porte. Tom prit peur en voyant l’étendue des dégâts. Ça ne pouvait pas être l’appartement de Bill, lui si méticuleux à l’ordinaire ! Mais, il fit comme s’il n’avait rien vu, et avec un sourire préfabriqué collé sur les lèvres, il s’avança au milieu de la pièce, en commençant à ramasser les différents objets sur le sol.
« Allez, en deux temps trois mouvements, elle est rangée cette petite pièce ! »
Il sentit le sourire amer de Bill dans son dos.


*


Une semaine et quelques jours s’étaient déroulés depuis la violente rupture entre Bill et Benjamin et le grand brun avait squatté l’appartement de Tom n’osant pas revenir dans le sien, qui sentait encore comme son ancien petit ami.
Une semaine et quelques jours s’étaient déroulés depuis la violente rupture, et Bill n’était sorti du clic-clac juste pour se faire du café, chercher du chocolat dans les placards et aller aux toilettes.
Alors le mercredi matin, quand Tom ouvrit en grand la fenêtre à six heures, Bill ne daigna même pas bouger de sous la couette.
« Petit hérisson, tu te lèves, tu t’habilles, et tu vas en cours ! »
Un grognement s’échappa d’entre les draps, couettes, couvertures, oreillers. L’hiver était arrivé d’un coup, et l’isolation était misérable dans ce studio. C’était une raison de plus pour dormir près de Bill, et se coller à lui le soir. Mais aujourd’hui, il fallait faire le ménage, aérer cet antre de garçons, et puis c’était aujourd’hui ou jamais qu’il fallait respirer l’air du dehors, et penser à autre chose. Quitte à ce que Bill se trouve quelqu’un d’autre.
Du moment que son sourire puisse éblouir la pièce, Tom était près à tout. Même à laisser les autres lui passer devant, lui marcher sur les pieds. Même à oublier qu’il était amoureux.
Un autre grognement monta dans la pièce.
« J’ai pas entendu. » sourit malicieusement Tom en enfonçant une casquette sur ses dreads.
Un oreiller vola dans la pièce, et les cheveux ébouriffés de Bill apparurent :
« Je suis pas petit ! »
Tom éclata de rire, et déposa un bol de café sur la table basse.
« Ok, grand hérisson. Bois ton café, prend une douche, habille-toi, et j’t’accompagne à la fac. »
Alors que Bill s’apprêtait à répliquer quelque chose, Tom le coupa en ébouriffant ses cheveux encore plus :
« Pas de négociations. »

« Mais je veux pas y aller Tom ! » geignit le grand garçon sur le quai du métro.
Tom ne répondit pas, et sourit bêtement en regardant l’affiche de l’autre côté des rails.
« Pourquoi tu me forces, hein, pourquoi tant de haine ! »
Bill s’agitait depuis déjà cinq minutes, ne retenant que l’attention des personnes alentour qui se demandaient pourquoi ce jeune homme aux longs cheveux noirs qui portait des vêtements dix fois trop grands pour lui qui ne semblaient pas lui appartenir, pleurnichait à côté d’un garçon qui semblait sourd.
« Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?! Et puis pourquoi, tu me réponds pas ! Tooooom ! Dis quelque chose !! Sinon, j’me laisse tomber sur les rails !! » Bill hurlait presque, et les adultes responsables et raisonnables regardèrent cet étrange individu avec des yeux confus.
Comme un petit enfant, Bill tira sur la manche de Tom pour le faire réagir. Ce qui eut pour effet de faire exploser de rire Tom, et de changer les regards interrogateurs en regards haineux autour d’eux.
« T’es un spectacle à toi tout seul, petit, pardon, grand hérisson »
« Arrêtes, c’est pas drôle. » marmonna Bill, en croisant puérilement les bras. « Je veux pas aller à lac moi. Je veux pas sortir. En plus, les gens ils me regardent bizarre. »
« Et à ton avis pourquoi ? » sourit Tom tandis que le métro s’arrêtait devant eux. Ils montèrent dans la rame, et Bill s’écroula sur un strapontin, la mine toujours renfrognée.
« Au moins, on est pas coincés comme des sardines ; personne n’est montée dans le même wagon que nous ! » rit Tom.
Bill regarda autour de lui, et constata qu’effectivement, le wagon était presque vide. Et pour la première fois de la journée, il sourit.


*


Ce fut une longue semaine. Entre les cours à la fac qui devenaient de plus en plus intenses, les longues heures à travailler au supermarché. Et les textos de Bill. Depuis qu’il était retourné à la fac, qu’il avait revu quelques amis, le brun avait décidé de retourner chez lui, et de recommencer sa vie comme avant. Le problème c’est qu’on ne guérit pas les plaies du cœur avec un petit rayon de soleil.
Alors Tom devait veiller à avoir son portable à tout instant sur lui, pour pouvoir répondre aux textos angoissés de Bill, ou répondre au téléphone en plein milieu de la nuit. Et combien de fois avait-il dû faire le trajet jusqu’à chez lui pour le serrer dans ses bras, lui caresser les cheveux, et lui dire que tout irait bien, que Benjamin était un connard et qu’il ne méritait pas qu’on pleure pour lui.

Et puis un jour, Bill avait cessé d’appeler. Trop fatigué pour s’inquiéter, Tom n’avait pas réagi tout de suite, et c’est quand il fit sa première nuit complète depuis des semaines, sa première nuit sans révisions intenses et surtout, sans coups de téléphone tardifs qu’il se demanda pourquoi Bill n’avait pas appelé. Il eut sa réponse un dimanche matin.

Il devait être onze heures peut-être, et on toqua vivement à sa porte. Tom se dépêcha d’aller ouvrir, les yeux encore tout collés de sommeil. Ce fut un Bill rayonnant qui franchit le seuil de la porte, un sachet rempli de viennoiseries dans la main.
« Alors Tomichou ! Comment tu vas ? » demanda Bill avec un grand sourire.
Tom resta hébété devant son ami ; il était parfaitement maquillé, il avait du passer des heures à se coiffer, et il portait des vêtements qu’il n’avait sûrement pas porté depuis des semaines.
Rien à voir avec le Bill qui lui avait téléphoné avant-hier en larmes.
« Tu me laisses rentrer ou je moisis sur ton paillasson ? » demanda Bill, de la malice dans la voix.
Tom hocha la tête et s’écarta pour laisser passer son ami. Enfin, du moins, une personne qui ressemblait à son ami.
« Je prépare du café ? »
« Euh oui… Bien sûr, tu sais où c’est… » balbutia Tom. « Je vais prendre ma douche... »
Il s’enferma dans la minuscule salle de bains en se demandant qu’est-ce qui avait bien pu se passer. Normalement, selon sa propre logique, Bill aurait dû pleurer pendant encore trois semaines avant de recommencer –doucement- à vivre normalement, à oublier Benjamin. Et ils se connaissaient depuis suffisamment longtemps pour que Tom ne trouve pas ce brusque regain de vitalité et de joie de vivre normal.
Quand il sortit de la salle de bains, l’esprit encore embrouillé d’interrogations, Bill avait dressé la minuscule table du salon. Il l’avait recouverte d’une nappe blanche qu’il avait trouvé on ne sait où, les couverts étaient mis, il y avait même une marguerite dans un tout petit verre d’eau au milieu, et une odeur de café et de tartines grillés flottait dans l’air.
Tom haussa les sourcils ; jamais Bill n’avait dressé une table aussi joliment. Même pas pour Noël ou pour un dîner romantique.
« Allez, viens t’asseoir » lui dit-il, une assiette de pancakes entre les mains.
Tom obéit à son ami qui le servit généreusement de petites crêpes, viennoiseries et tartines.
Et puis, il commença à babiller sur comment il avait préparé la pâte à pancakes la veille, la manière dont il les avait fait volé en les cuisant, oh et puis le sourire de la boulangère ce matin et puis aussi que-
« Bill ? Depuis quand tu fais des pancakes toi ? »
Le brun s’arrêta de parler et avec un sourire mystérieux, il regarda Tom et répondit :
« Tu sais que j’allais pas… très bien. » Tom hocha la tête. « Hier, à la fac, un mec de ma promo est venu me parler. Il m’a dit qu’il avait appris la rupture entre Benjamin et moi, qu’il comprenait, qu’il savait que c’était dur. Je te jures, ce mec il m’écoutait comme on m’a jamais écouté, il me regardait droit dans les yeux, et il a posé sa main sur mon épaule en répétant que ça irait mieux. Et… »
Bill parlait fort, en bougeant les bras dans tous les sens autour de lui comme pour montrer le caractère extraordinaire de ‘ce mec’.
Tom ne décrocha pas un mot. Il plissa les yeux, attendant la suite. Qui c’était ce mec qui réussissait à réconforter Bill en cinq minutes alors que lui passait ses nuits à essayer de faire sourire le beau brun ?
« Et puis, il m’a dit qu’il avait monté un groupe d’écoute. Parce que, je cite ce qu’il m’a dit, ‘on ne soupçonne pas assez les ravages que peut causer une rupture sur un seule vie’. J’ai été hier soir, et ça m’a transformé ! Je te jure, ça m’a ouvert les yeux ! »
Tom n’osa pas lui dire quelque chose. Il continuait d’écouter son ami, en hochant la tête de temps à autre. Un mec mystérieux qui va parler aux gens qui ont l’air désespérés ? Qui sort de belles phrases qui plaisent ? Et qui monte un groupe d’écoute ?
« Tu sais, je pense que ça va vraiment me faire du bien d’en parler avec des gens qui ont vécu la même chose. En plus, c’est que des gays qui y vont. Non, vraiment, déjà en une seule séance, je me suis déjà senti beaucoup mieux, alors imagine si je continue d’y aller ! »
Ça fait comme un coup de poignard dans le cœur de se savoir inutile. Et même le sourire éclatant de Bill ne parvint pas à atténuer la douleur.


*


Deux semaines plus tard. Peut-être plus, ou alors moins… Tom avait complètement perdu la notion du temps depuis que Bill lui avait annoncé qu’il fréquenterait désormais un groupe de parole.
Les partiels approchaient, il faisait extrêmement froid, le travail au supermarché devenait harassant. Mais pire que ça, Bill ne répondait plus à ses textos, ne décrochait pas quand Tom appelait. Que ce soit au milieu de la nuit, ou à l’heure de déjeuner, il tombait inlassablement sur la messagerie du brun, qui annonçait joyeusement qu’il fallait laisser un message, et qu’il rappellerait, merci. Mais Bill ne rappellerait pas. Et Tom n’en dormait plus.

Le lendemain, après dix appels sans que Bill ne daigne décrocher, Tom se rendit au supermarché pour travailler. Il sourit faussement aux clients, enregistra les articles mécaniquement, rendit la monnaie en souhaitant une bonne soirée…
La fatigue prenait le dessus, le stress des examens que Tom prenait pour une légende lorsqu’il était encore au lycée était bel et bien là ; il passait ses nuits à réviser, refusait les sorties, restait cloîtré chez lui entourés de milles feuilles gribouillés, ne voyait plus personne à part ses collègues de travail, ses professeurs, et l’homme qui tenait le tabac en bas de la rue. Ce matin, il avait remarqué un cheveu blanc, qui frisait effrontément, au sommet de son crâne.
Et puis, il y avait Bill ; c’était son meilleur ami, son copain d’enfance, la personne qui le comptait le plus à ses yeux, l’homme de sa vie.
Et il ne répondait plus à ses coups de téléphone. Et les deux seules fois où Tom avait eu le temps de sonner chez lui, personne n’avait ouvert.
Alors, ce soir, il n’osa même pas répondre quand une mamie l’engueula de son air distrait. Il ne répliqua pas non plus quand sa chef lui demanda de faire la fermeture. Et il faillit ne pas voir le grand garçon brun en face de lui.
Trois pommes, une plaquette de chocolat, et un paquet de riz. Bonjour, dix euros cinquante s’il vous plaît.
Il releva la tête pour redonner la monnaie au client, et il oublia de desserrer les doigts quand il le vit.
Ses longs cheveux noirs avaient été légèrement coupés, peut-être en un carré ; ils étaient noués en catogan. Pas de poudre noire autour de ses yeux, pas plus que de mascara, d’eye-liner, ou même de blush ou de fond de teint. Et c’est de grands yeux nus qui l’interrogèrent alors que Tom restait coi.
« Il y a un problème ? » demanda-t-il avec une voix plus grave qu’à l’ordinaire.
Il n’avait plus de piercing à la langue.
Tom secoua la tête et détailla ’homme en face de lui.
Plus de pantalon serré, plus de tee-shirt dégoté au rayon féminin. L’homme qui ressemblait à son ami portait un jean taille basse et un simple tee-shirt gris, un peu trop grand pour lui, en dessous d’une veste marron.
Tom, sans décrocher un mot, avança sa main pour déposer les petites piécettes dans celle du brun ; ses ongles n’étaient pas vernis et ils étaient coupés courts. Il ne portait aucun bracelet, aucun collier.
Le brun le regarda d’un regard perplexe tandis qu’il prenait rangeait ses achats dans une besace, et il tourna les talons.
Pas un sourire, pas un signe de tête, même pas un regard qui pouvait indiquer que Tom et lui s’étaient déjà vu, avait passé leur enfance, et adolescence ensemble. Rien, le regard de Bill était vide. Il n y avait plus rien.
Tom resta immobile à regarder la longue silhouette longiligne s’éloigner. Quand il remarqua l’absence du claquement habituel des santiags de Bill, il se leva brusquement et hurla :
« Bill ! »
Le désigné se retourna, et regarda Tom avec un étonnement mal dissimulé. Le blond adressa aux trois clients qui restaient que sa caisse était fermée, désolé, et couru, en s’empêtrant dans son pantalon vers Bill qui passait déjà les portes automatiques.
« Excusez-moi, mais on se connaît ? »
Mon monde s’est écroulé.

« Tu déconnes ? »
« Excusez-moi, mais- »
« Tu te fous de ma gueule, Bill ! Nan sérieux, c’est quoi cette blague ! »
Le parking du supermarché était presque vide. Quelques clients sortaient du magasin, se dépêchant de regagner leur voiture, de rentrer chez eux pour nourrir leurs familles, en essayant de ne pas regarder ces deux jeunes. L’un semblait perplexe, les bras ballants, tandis que l’autre paraissait extrêmement agité ; il hurlait, agitait ses mains autour de lui.
« Bill ! C’est une mauvaise blague là ! Tu réponds plus à mes textos, tu décroches plus au téléphone, et tu te pointes dans ce foutu supermarché, où tu sais pertinemment que je travaille, et comme ça, pas un regard, rien ! »
« Je… » Le dit Bill avança sa main, et hésita quelque peu avant de la poser sur le bras de l’homme en face de lui. « Ecoutez, je suis vraiment désolé. Je ne sais pas comment est-ce que vous connaissez mon prénom, ni qui vous croyez que je suis, mais on ne s’est jamais vu… »
Tom dégagea son bras de la main de Bill dans un mouvement brusque et hurla :
« On s’est jamais vu ?! Tu crois qu’on s’est jamais vu ?! Mais putain, ils t’ont fait quoi dans cette putain de secte de merde ! » Le brun recula quelque peu, effrayé par l’attitude presque violente de l’homme en face de lui. Son visage lui disait bien quelque chose, et il lui rappelait un garçon qu’il avait connu quand il était petit, mais… savait-il qui il était ?
Tom arrêta d’agiter les bras, et se rapprocha un peu de Bill.
« Attends Bill, va pas me faire croire qu’ils ont réussi à ce que tu m’oublies… » La voix de Tom tremblait un peu, comme s’il était prêt à pleurer. « Tu te rappelles pas ? Sonja, au collège, qui te lançait des boules de gommes en cours ? La prof de français… Mme Lot, au lycée, qu’on détestait et qui nous avait viré à l’année parce qu’on avait pas su conjugué la verbe coiffer au passé ? La fois où ce chien nous avait couru après dans la rue pendant dix minutes, parce qu’on avait jeté ton sac dans son jardin ? Tu te rappelles bien de ta première cuite, on était chez toi, on avait piqué la vodka que ton beau-père planquait à côté de ses enceintes, qu’on avait fait des mélanges avec n’importe quoi, même -»
« Même avec du lait et que t’avais vomi après… »
Bill plaqua une main sur sa bouche. Merde, c’était quoi tous ces souvenirs qui revenaient d’un coup ? C’était quoi tous ces flashs colorés ?
« Bill… » La voix du blond était presque suppliante, et ses yeux brillaient. « Ose me dire, ose seulement me dire droit dans les yeux qu’on s’est jamais connu, qu’on a jamais rien vécu ensemble. Ose me dire que tu me connais pas… »
« Je suis désolé… » chuchota Bill. Et il partit en courant.


*


Évidemment, Tom fut licencié. Le directeur le prit à part dans son bureau après la fermeture du magasin, et pendant un quart d’heure, il regarda le petit homme faire les cent pas en hurlant que cette attitude était totalement irrespectueuse ; quitter sa place en courant, en laissant sur place trois clients, en prenant le risque qu’on vole tout le contenu de la caisse, surtout un soir où il devait effectuer la fermeture. Voyons, ça ne lui ressemblait pas cette attitude ! Le manque de réaction du jeune homme ne fit qu’excéder encore plus le directeur ; il fut viré instantanément - illégalement par ailleurs.
Tom ne répliqua pas. Il rentra chez lui l’esprit vide. Qu’importe qu’il n’ait plus de revenu, et qu’il risque de se faire virer de son studio. Qu’importe que ça fasse mauvaise figure sur son CV. Qu’importe, après tout.
Il poussa la porte de son studio, enleva ses chaussures, et s’écroula sur son lit. La seule chose qui importait, c’était ce « Je suis désolé… » Il revoyait sans cesse la mine effarée de Bill, la main devant la bouche, et sa silhouette disparaissant dans l’obscurité. Rien d’autre que cette foutue scène qui repassait en boucle. Rien d’autre…


*


Il hésita longtemps. Calé dans son lit, avec quelques coussins autour de lui, il hésita longtemps. Son doigt posé sur son portable, il hésita longtemps, le regard braqué sur le prénom « Tom ». Appeler ? Pas appeler ?
Alors, c’était lui ? C’était lui ce mystérieux Tom sans son répertoire ? Ce garçon qui avait de longues dreads blondes, qui lui avait presque couru après et qui le suppliait de se souvenir de lui.
Bill pensait que ce devait être horrible d’être oublié par les gens autour de soi, mais dans la façon dont Tom criait, et pleurait –presque-, il se disait qu’il devait être une personne importante à ses yeux.
Quand Tom avait parlé de Mme. Blot, du chien, et de la vodka au lait, Bill s’était souvenu. C’était comme des vieilles diapositives qu’on ressort un soir d’hiver, un chocolat chaud entre les mains. C’est agréable, c’est une douce chaleur qui vous prend dans le ventre, c’est des rires un peu vieillis, et des films au ralenti. Ça lui avait pris à la gorge, et Bill se souvenait parfaitement de la taille –énorme- de ce chien.
Mais qu’est-ce qui avait bien pu faire que ce souvenir lui paraisse d’une couleur un peu passée, et que le garçon qui le tirait par la main pour courir plus vite ait le visage un peu flouté ?
Aujourd’hui, pour la première fois depuis des semaines, il n’avait pas été à sa réunion. Les mots de Tom résonnaient ; « cette putain de secte de merde »
Évidemment que ce n’était pas une secte, Bill le savait. Certes, Sebastian prenait parfois des airs d’invocateurs mystiques quand il le voulait, et il pouvait être un garçon très convaincant, mais de là à parler de secte… La première fois qu’il était venu, il se souvint, ça avait été comme un espèce de déclic. Il ne se souvenait plus très bien –c’était il y a un bout de temps déjà- mais c’était comme une lumière qui avait soudain illuminé toute sa vie, comme un petit truc dont on manque toute notre vie et qui apparaît tout d’un coup. Très vite, il s’était lié d’amitié avec les autres membres du groupe, et plus vite encore, il avait passé des soirées entières avec eux, à discuter de leurs relations, de leurs vies, de leurs soucis. Nan, vraiment, ça n’avait rien d’une secte…
Mais comment expliquer qu’il ait complètement oublié Tom ?
Il secoua la tête et se décida enfin à appuyer sur le petit bouton vert.

Son téléphone vibra au creux de son lit. Les volets étaient toujours fermés, et il régnait sûrement une odeur de fauve dans l’appartement. Qu’importe. Tom colla son dos au mur et tenta d’ignorer les vibrations du mobile. Qui s’arrêtèrent. Et reprirent instantanément. Ce manège dura trois fois de suite. Apparemment quelqu’un était fermement décidé à l’appeler. Tom avança la main la main à tâtons, et décrocha immédiatement :
« Ouais ? »
« Je euh… J’espère que je te dérange pas. »
« Si je dis que si, ça change rien. Qui c’est ? » Tom avait décidé de ne pas être aimable, qui que cet étranger à l’autre bout du fil puisse être.
« C’est Bill. »


*


Tom avait les mains qui tremblaient. Son genou tressautait, et il n’arrêtait pas de se mordre la lèvre.
Quand Bill avait prononcé son nom au téléphone, il était resté quelques secondes immobiles avant de raccrocher précipitamment. Son cœur battait trop vite pour que ça soit normal, et sa respiration s’accélérait. Il avait peur de faire une crise d’angoisse, alors il avait rappelé au cas où il s’évanouirait; il n’avait pas encore prévu de mourir seul dans son minable appartement. Bill avait beaucoup balbutié à l’autre bout du fil, troublé par le silence de Tom et sa respiration lancinante. Il avait demandé trop de fois si ça allait, et puis finalement, Tom lui avait demandé brusquement pourquoi est-ce qu’il avait appelé. Pour discuter. Ok. Ils s’étaient donnés rendez vous dans ce petit pub, et Tom était en train de se demander si ce n’était pas une grosse erreur.
Mais la porte s’ouvrit, laissant rentrer le vent glacial. Et Bill vint s’asseoir en face de Tom. Ils restèrent silencieux, se dévisageant. Lequel parlerait le premier ? Une serveuse les fit sursauter quand elle demanda ce que Bill prenait.
« Un café s’il vous plait. »
« Je vous ressers monsieur ? » demanda-t-elle à Tom qui hocha la tête.
Bill se tordait les mains sous la table, et regardait n’importe où, sauf Tom. La serveuse revint avec deux tasses de café, et leur adressa un sourire, comme si elle savait que la discussion qui suivait n’allait pas être facile.
« Bon tu voulais discuter, je t’écoute. »
Le tom brutal de Tom fit sursauter Bill. Il posa sa tasse de café, les yeux baissés et commença à bégayer quelque chose qui devait dire que euh…
Malgré les vêtements, l’absence de maquillage Tom ne put s’empêcher de remarquer que sa manière de bouger les mains étaient toujours la même, et qu’il tapotait toujours du bout des ongles la céramique de sa tasse quand il l’avait dans les mains.
« Je… suis vraiment désolé Tom. »
« Genre, ça m’avance. » ricana la blond.
Il ne savait pas pourquoi est-ce qu’il était soudain devenu cynique, et presque méchant. Après tout, était-ce réellement de la faute de Bill, s’il l’avait presque oublié ?
« Euh… » Le brun resta à se mordre les lèvres, ne sachant plus quoi dire.
« Bill… » soupira Tom. Il passa sa main sur son visage. « La dernière fois qu’on s’est vu, tu t’es barré en courant après avoir mis à dix minutes à te rendre compte qu’on se connaissait. Alors, maintenant, la balle est dans ton camp, et moi j’ai pas que ça à faire que te courir après. Soit tu me dis un truc, soit je me casse et on en reparle plus, mais par pitié, me regardes pas avec ces yeux là. »
« Quels yeux ? » demanda le brun en penchant la tête légèrement sur le côté.
Tom baissa la tête, et touilla son café. « Les yeux que tu fais quand t’as quelque à demander, ou à te faire pardonner, mais que t’oses pas le faire, alors tu me fais ces yeux là, ceux qui me supplient de te dire oui. »
Un silence s’installa entre les deux jeunes hommes. Une espèce de chanson folk passait dans le pub, et une voiture passa en trombe dans la rue.
« C’est pour ce genre de chose que je t’ai appelé. C’est parce que tu te souviens de Sonja au collège, que tu sais quels yeux je fais et ce que ça signifie. Si je te demande ma couleur préférée, et le légume que je déteste, je sais que tu pourras répondre. Et -»
« Vert prairie et les brocolis »
« -Exact. Tu vois, c’est… c’est pour ça que je t’ai appelé. Et puis, parce que j’ai besoin de savoir ce qu’il s’est passé. »
Ils se regardèrent un instant et Tom laissa aller son dos sur la banquette en faux cuir bordeaux. Un léger sourire flottait sur son visage.
« Tu veux que je te dise quoi ? Juste avant que vous n’emménagiez ensemble, tu t’es disputé avec Benjamin à cause d’un agent immobilier à qui tu souriais –comme à tout le monde- et vous avez rompu. T’as hiberné chez moi pendant genre une semaine, j’t’ai forcé à retourner à la fac, et tu m’appelais tout le temps, même quand je taffais au supermarché –dont je suis viré. T’étais une vraie loque Bill. Et un jour, t’as débarqué chez moi avec des pancakes et tu m’as dit que ça allait mieux grâce à un ‘groupe de paroles’. Et t’as disparu. Tu répondais plus à mes appels, à mes textos. Personne n’ouvrait quand je sonnais chez toi. Et tout d’un coup, t’as réapparu, comme une fleur.
C’est toi qui doit m’expliquer quelque chose là, tu crois pas ? »
Bill resserra nerveusement le nœud de la grosse écharpe noire qu’il portait, et finit sa tasse de café.
« J’étais avec mes amis. »
« Hum. Tes amis. » Tom avait croisé ses bras sur sa poitrine.
« Ouais. Les gens du groupe de parole dont tu parles. Ça m’a fait du bien d’être avec eux et-»
« Tu vois, c’est ça le pire. J’suis pas sensée être ton meilleur ami depuis qu’on a quelque chose comme… onze ans ? Je sais que tu te souviens pas de moi, mais j’ai toujours été là. J’suis peut-être pas indispensable à ta vie, d’accord, mais dans ces cas là, dis le moi, au lieu d’appeler tous les soirs et de tout d’un coup, trouver des gens plus doués que moi, qui t’aide mieux que moi je le ferais jamais et que tu aimes plus. »
Bill ferma les yeux et se prit le front entre les mains. Tom avait les sourcils froncés et s’apprêtait à ouvrir la bouche quand le brun l’interrompit :
« Arrête, Tom. Arrête de dire ça. J’ai l’impression de m’être réveillé d’un rêve bizarre là, et je sais plus quoi faire. Je me souviens d’avant, je sais ce que je fais maintenant. Mais je viens de me souvenir de toi depuis seulement avant-hier, et tu vois, c’est ça le problème ! » Bill ouvrit les yeux, et regarda Tom tout en levant les mains, le ton de sa voix montant. « Je veux bien t’expliquer ce qui a bien pu se passer, mais si tu me coupes toutes les trois secondes, et si t’essaies en plus de me faire culpabiliser, je peux plus rien faire là ! Je sais, je me souviens que tu es mon meilleur ami, que je tenais énormément à toi. Et je veux pas perdre ça ! Mais arrête Tom, arrête seulement de m’enfoncer encore plus… »
Tom hocha seulement la tête. Et Bill soupira.
« Le problème, c’est que après que Benjamin s’en aille, j’avais l’impression que je pourrais plus jamais me relever. C’est pour ça que je t’appelais tout le temps, parce que t’étais ma bouée de secours, parce que toi, je t’avais au moins. Mais, j’peux pas dépendre de toi Tom. Sébastian est arrivé, et pour la première fois, j’m’accrochais à des gens, sans me sentir coupable, sans me dire que mes problèmes futiles pouvaient les ennuyer -»
Tom se redressa ; « Mais j’ai -»
Bill leva la main pour arrêter le blond : « Je sais, tu vas me dire que ça t’as jamais ennuyé. Mais moi j’avais l’horrible sensation de prendre toute la place avec mon malheur pathétique. Eux, au moins, mes amis, ou appelles les comme tu voudras, ils avaient vécu exactement la même chose que moi ! Quand je dis les même choses, c’est tout pareil. La baffe du paternel quand il apprend que t’es PD, la première fois que tu te fais tabasser, les réactions des gens, et les ruptures trop difficiles.
À te dégoûter des hommes. »
« Hein ?! » s’exclama Tom, les yeux écarquillés. « Me dis pas que… que -»
« Tu peux pas comprendre Tom, tu sais pas ce que c’est d’être rejeté de la société, juste parce que t’es pas comme tout le monde. »
Tom fronça les sourcils. Bill avait raison, il ne savait pas ce que c’était d’être exclu. Ce qu’il savait parfaitement lui, c’était la douleur que faisait l’amour secret. C’était pas pareil, évidemment…
« Y avait des lesbiennes dans le groupe, et on s’est dit que peut-être que si on essayait ensemble, en tant que couple hétéro, ça pourrait nous montrer que effectivement, l’homosexualité c’est pas pour nous. Je sais que dans tous les films, on voit la fille et le garçon qui se séparent, et qui pleurent et tout. Je sais que les hétéros peuvent rompre aussi, mais tu sais, on était tellement désespéré qu’on a essayé de devenir comme…vous. Parce que ça semblait tellement plus simple d’être normal »
Tom avait les yeux grands ouverts. Il posa ses coudes sur la table :
« Attends, Bill, tu t’entends parler là ?! J’ai l’impression que tu me fait une comparaison entre la race homo et la race hetero ! On est pareils, tu sais, c’est pas une question d’orientation sexuelle les chagrins amoureux ! C’est pas deux espèces différentes avec des rites, des façons de vivre, des morphologies et des psychologies différents ! Nan, mais sérieux, qui t’as mis ça dans la tête ? Comment t’as pu croire à des conneries pareilles ? » soupira-t-il.
Les yeux de Bill s’était mis à briller, et sa voix tremblait quand il répondit :
« Je… Je sais même plus quoi te dire là. Je… Je suppose que j’en ai eu marre de pleurer tous les soirs comme une madeleine à cause de Benjamin. Je me dit que si je suis triste c’est à cause de moi, de ce que je suis. Tu sais, Benjamin avant de partir m’a dit qu’avec tout mon maquillage, je ressemblais à une salope. C’est à cause de ça que ça nous a perdu ! » Ses yeux étaient bordés de larmes qui menaçaient de couler à tout instant et son menton tremblait comme un petit enfant. « Tom, il avait raison. Je ressemblais à une tantouse, à un trans’, à une chienne, à ce que tu veux quand j’étais encore cet ancien Bill. Et c’est que nous a perdu, c’est à cause de moi, tu vois, juste à cause de moi. Avec le groupe, j’ai arrêté de me maquiller, de m’habiller dans le rayon filles, et tu sais quoi !? J’me suis pas fait insulté dans le métro depuis deux semaines ! Des filles sont venus me parle, me draguer presque, et j’ressemble plus à une pute ! »
Un sanglot secoua le corps de Bill, et de grosses larmes coulèrent sur ses joues. Tom posa sa main sur le poignet de Bill, en approchant son visage du sien.
« Hey, te mets pas dans cet état. » dit il, tout bas. « Tu mélanges tout Bill. Tu ne ressemblais pas à une pute, ni à une chienne, ou je sais pas quoi. Et si Benjamin t’as quitté, c’est juste qu’il était pas capable d’assumer une relation avec un gars, qui lui s’assumait. T’étais pas une tantouse comme tu dis qui s’habillait au rayon fille, t’étais un garçon qui avait le sens de la Mode, celle avec un grand M, et qui refusait de rentrer dans le moule de la société. Alors arrête de te prendre la tête, et de te dire que tout était de ta faute. Celui qui a tout faux dans l’histoire, c’est Benjamin, et ces ’amis’ qui ont réussi à te convaincre que tu ne valais rien. S’il te plait Bill, ne laisse personne te faire croire que tu n’es rien, alors que tu es tellement tout. Ne laisse pas des gens te dire que tu n’es pas unique, que tu n’est pas à la hauteur de ce monde. Tu n’es pas mieux, tu es cent fois meilleur, cent fois plus extraordinaire que tous ces gens. N’oublie pas ça Bill. Jamais. »
Bill réussit à sourire en essuyant ses yeux.
« T’es gentil… » souffla t-il. « Je sais pas pourquoi, tu devrais pas alors que j’t’ai évité pendant genre des semaines, mais t’es gentil. »
« Parce que tu restes mon meilleur ami » sourit Tom. « Mais venons en à cette histoire où tu m’as évité, ça m’intéresse. »
Bill se mordit les lèvres, et renifla. Tom avait gardé sa main sur son poignet, et il souriait. Était-il pardonné ?
« Je… En discutant avec le groupe, on s’est rendu compte qu’il y avait des gens qui n’approuveraient pas ce changement d’orientation, alors on a décidé de hum… couper un peu les ponts. J’avais espéré que t’abandonnes vite, que tu arrêtes de rappeler au bout de trois jours… »
« Mais, j’me suis accroché » rit doucement Tom.
« Ouais. Et puis, pendant un moment, j’ai squatté chez une fille. »
« Ta… copine ? » demanda Tom, curieux.
« En quelque sorte, ouais. » Bill fit une grimace. « En y repensant, ça me dégoûte. Mon dieu. Les filles, c’est le mal »
Tom éclata de rire.
« Arrête, c’est pas drôle ! » sourit Bill. Ses yeux étaient encore rouges de larmes, mais déjà, la tristesse et le vide à l’intérieur laissaient place à quelque chose d’autre, de plus lumineux, de plus pétillant. Comme avant.
« Ouais. Bref, j’ai habité chez elle, et je suppose que j’ai dû faire comme si t’existais pas. Ah si, je me souviens, on avait fait une liste des personnes qui étaient peu fréquentables, et putain… J’suis désolé, Tom, t’étais genre en tête de liste. Inconsciemment, j’sais pas, j’ai du te rayer de ma mémoire, et oh… Putain, j’sais pas comment j’ai pu faire ça… »
Bill se tordait les mains, se mordait les lèvres, et n’osait plus regarder Tom en face de lui. Quand il entendit son ami rire, il osa relever la tête, et voir Tom se cacher la bouche derrière ses mains, les yeux plissés de rire le fit hausser les sourcils.
« Attends euh. J’ai raté un épisode, ou ça te fait trop plaisir que j’ai réussi à t’oublier à cause de l’influence de certaines personnes ? »
« Ce qui me fait rire ? J’en sais foutrement rien ! C’est toi, c’est sûr, mais je pas pourquoi ! » Et il continua de rire.
Bill prit un air affolé : « Pourquoi, pourquoi, y a quelque chose qui va pas chez moi ? J’suis décoiffé, ou je -»
« Bill, arrête, tu me fais encore plus rire là ! » La phrase de Tom était hachée, et il partait dans les aigus, incapable de s’arrêter de rire. Bill ne put s’empêcher de rire lui aussi, et ce fut le fou rire le plus extraordinaire que ce pub n’ait jamais entendu avant qu’ils ne sortent précipitamment, sans oublier de payer, parce qu’ils étaient devenus trop bruyants.
Quand ils se furent calmés, Tom s’assit devant l’entrée d’une porte d’immeuble, et appuya ses mains sur côtes :
« Bon dieu, c’est comme si j’avais fait trois cent abdos là. »
Le fou rire de Bill allait recommencer, et il posa sa main sur ses yeux, en soufflant pour se calmer.
Tom, toujours le sourire aux lèvres, se pencha pour regarder Bill. Malgré qu’il n’ait plus la même apparence physique, qu’il l’ait évité pendant des semaines, Tom ne pouvait s’empêcher de le trouver toujours aussi magnifique, et aussi lumineux. Bill s’appuya contre la porte cochère et enlevant sa main de son visage, tourna la tête vers Tom.
« Tu m’a manqué tu sais Tom. »
« Tu m’avais oublié, comment je pouvais te manquer. » se moqua- t-il gentiment. Il sortit un paquet de cigarettes et en tendit une à Bill.
« Je t’avais oublié, mais tu sais, j’étais pas heureux. En soi, j’avais tout ; une nana –eurk, j’en reviens toujours pas- un appart’, des amis. Mais tu vois, il me manquait un truc. Je sais pas, un truc qui me fait rire, qui m’apporte quelque chose de nouveau tous les jours, ce truc qui te comble le trou immense qu t’as à l’intérieur. Ce truc, c’est toi Tom. Tu m’as vraiment manqué. »
« Toi aussi. » chuchota le blond, en souriant.
Un silence confortable s’installa entre eux. Ils regardèrent les gens marcher rapidement dans la rue, en enfonçant leurs mains dans leurs poches à cause du froid. Et eux, ils étaient là, assis sans bouger sur du béton froid. Dans une énorme bulle de chaleur, de rires, de retrouvailles.
« Tu vas faire quoi maintenant ? » demanda Bill.
« Euh. J’allais te poser cette question ! » rit Tom. « En ce qui me concerne, je te laisse plus partir. » Et il termina sa phrase en hochant la tête gravement, comme après avoir pris une décision de vie ou de mort –et c’était peut-être le cas.
« J’ai pas été voir le groupe aujourd’hui. » répondit doucement Bill. Il écrasa sa cigarette. « J’ai pas envie de les revoir. »
« Cool ! » hurla Tom en levant les bras aux ciels, ce qui fit rire Bill. « Nan, mais. Je les connais pas, mais je les trouve un peu bizarre ces gens tu vois. Ils ont réussi à convaincre mon meilleur ami de vivre avec une nana quoi ! » Il prit un air choqué, et Bill lui donna un coup de coude en gloussant.
« Arrête de faire le con, tout le monde nous regarde. »
« Comme d’hab’, je te signale. Mais tu vois, c’est notre beauté naturelle qui éblouit les gens. »
« Ouais, c’est ça. Moi j’crois que c’est plutôt ta connerie naturelle qui impressionne les gens ; c’est tellement rare à ce tel degré ! »
« Attends, j’t’ai pas vu des semaines, et tu permets de douter déjà de ma capacité mentale ! Nan, mais t’es qui pour me dire ça toi !
« Ton meilleur ami. Qui ne doute pas, mais en est sûr de tes capacités mentales incomplètes ! »
« Maiiiiiis ! »
Leur monde se reconstruisait rapidement, en assemblant les mêmes briques qu’à l’origine, avec la même attention. Et peut-être même un peu plus.


*


[justify]Bill avait dormi chez Tom cette nuit-là. Ils avaient bu de la bière en discutant jusque tard dans la nuit. Ils avaient des choses à rattraper et à se dire.
Quand ils se réveillèrent enfin le lendemain matin, tout se passa comme d’habitude. Tom se leva pour aller mettre en route la cafetière, et se dépêcha de retourner dans le lit et grappiller quelques secondes de sommeil. Comme d’habitude, ce fut Bill qui se leva pour ramener deux tasses de café, qu’ils buvaient silencieusement en regardant ce qui pouvait bien passer à la télé à ce moment-là.
Tout était habituel.
Bill posa son bol vide sur la table du salon, et enleva l’élastique qui retenait ses cheveux en secouant un peu la tête pour les remettre en place.
« Ah ouais, t’as coupé court. » dit Tom avec une voix cassée.
« Hum, je sais. » répondit Bill en grimaçant. Il passa la main dans ses cheveux, coupés droit au-dessus des épaules. « Je crois que je vais retourner chez le coiffeur, c’est pas une coupe que j’ai là. »
« Ça te va bien je trouve. » dit Tom en plongeant le nez dans son bol.
Bill rougit un peu : « Merci. »
Le sourire timide de Bill, et ses joues un peu roses firent sursauter le cœur de Tom.

Finalement ils avaient quitté l’appartement de Tom. Histoire de dire qu’ils n’étaient pas restés enfermés toute la journée au lieu d’aller à la fac ou autre joyeuseté qui concernait les personnes de leurs âges.
Ils sortaient du tabac quand Tom demanda :
« Tu vas faire quoi avec… le groupe ? »
« Arrête de faire cette grimace quand t’en parles ! » rit Bill. « J’vais arrêter de les voir, mais en attendant faut que je récupères mes affaires que j’ai laissé chez Lydia, et euh… j’dois peut-être les prévenir que ça va mieux, tu crois pas ? »
« Je crois rien du tout » répondit Tom en haussant les épaules. « Ce truc me fait plus flipper qu’autre chose, et moi je me barrerais en courant. »
Bill donna un coup de coude dans le ventre de Tom en souriant : « J’vais envoyer un texto à Lydia pour lui dire que je passe demain prendre mes fringues et ma brosse à dents, et j’lui demanderais de faire passer le message. »
Joignant le geste à la parole, il sortit son téléphone de son portable.
« Mais Bill, les fringues qui sont chez cette… euh Lydia, c’est du genre ce que tu portes en ce moment ? »
« Bah ouais. Pourquoi ? »
Tom se mordit les lèvres et enfonça ses mains dans les larges poches de son sweat : « C’est des vêtements que tu vas mettre ? Tu vas pas te rhabiller comme avant maintenant que cette histoire c’est fini ? »
Bill releva la tête de son téléphone et dit en souriant : « Ça poserait un problème si je m’habillais comme ça tous les jours ? » Ses yeux non maquillés brillaient de malice.
« Je… non Bien sûr ! Et puis tu fais ce que tu veux de toute façon. Mais je… Euh. Ça t’allait bien tes fringues d’avant. Mais je… Ça doit être une question d’habitude et -»
Bill le coupa, un sourire attendri sur les lèvres : « Je vais récupérer mes vêtements, en revendre certains, et je garderais ceux qui peuvent s’accorder à ma garde-robe habituelle. T’inquiète pas, tu pourras continuer de gueuler parce que je squatte trop ta salle de bains. »
« Pourquoi j’ai dit ça ! » s’exclama Tom en levant les yeux au ciel. « C’était tellement bien ce matin, t’es resté que quinze minutes dans la salle de bains ; ton record Bill ! »
« Tu vois, c’est exactement ce genre de remarque qui font que je me demande pourquoi je suis pas resté avec le groupe ! » ricana Bill.
« Han, tu oses, tu oses ! me dire ça ! » s’exclama Tom, feignant une mine outrée. « Han mon dieu, tu me vexes au plus au point ! »
Bill éclata de rire : « Ouais mais c’est à cause de ces remarques débiles et tes grimaces que j’préfère être toi. »
« Bon tout va bien alors ! » sourit chaleureusement Tom.
Ils se regardèrent en souriant.
« Et p’is, t’es mieux toi parce que t’as des yeux sourient. Et ça, je crois que c’est la chose qui m’avait le plus manqué. »
Tom se mordit la lèvre inférieur en baissant la tête.
« Mais rougis pas ! » dit Bill doucement. Ses lèvres étaient fendues en un grand sourire. « Tu sais quand je te dis que tu m’as manqué, c’est vrai. » Sa voix s’était transformée en chuchotement.
« Tu m’as manqué encore plus. » Comme Bill, le ton de Tom était celui de la confidence. « Et tu m’as manqué tout entier. Ton odeur de laque et de clope froide, ta tête dans le pâté dans le matin, le bruit que font tes ongles sur ton bol de café le matin, tes manières de filles, ton rire qui fait trop de bruit et ton grain de beauté » Il releva la tête, et ses joues étaient roses. « J’suis content que tu sois revenu. »
Ils étaient au milieu de la rue en route vers le supermarché pour faire le plein de pizzas et de chips. Et Bill s’arrêta net, en plein milieu de la rue, les yeux brillants. Tom s’arrêta lui aussi et se retourna vers Bill.
« Y a quelque chose qui va pas ? » demanda t-il en fronçant les sourcils.
« Je… » Un sourire éclaira le visage de Bill, mais il plaqua ses mains sur sa bouche. « Oh merde » chuchota t-il.
Tom se rapprocha de son ami : « Attends tu m’inquiètes là. »
Bill enleva les mains de sa bouche. « Nan, nan, tout va bien, tout va très bien même. Juste… Je… J’viens d’avoir une révélation. » Son visage entier semblait rayonner de bonheur.
« Ah oui, et c’est quoi ? » demanda Tom en souriant.
« Je sais pas… Je sais pas si je peux te le dire. » dit il doucement, en penchant la tête sur le côté d’un air malicieux.
« Oh nan, t’es obligé de me dire là ! Tu peux faire genre t’as été illuminé par dieu, style Jeanne d’Arc, et me laisser en plan comme ça ! Sinon, j’porte plainte d’abbo -»
Il fut coupé par les lèvres de Bill. Posées sur ses lèvres à lui. Il garda les yeux grands ouverts, et ne réagit pas. Même quand Bill se recula et lui fit un petit sourire, il ne bougea pas, se contentant de cligner les yeux de temps à autre.
« Je… Je j-je… Merde. »
« Fais pas cette tête, c’était qu’un baiser » rit Bill. « J’recommencerai pas vu la tête que tu fais. » Son sourire se fana rapidement, et il baissa les yeux vers ses chaussures.
Si c’était possible, les yeux de Tom s’écarquillèrent encore plus. Sa main trembla quand il la posa sur la hanche de Bill qui releva la tête, avec un regard interrogateur.
« Je… J-je. Hum. » Il rit nerveusement. « Mon dieu, j’en perds mes mots, et mon cœur doit battre trop –beaucoup- trop vite. Le cliché typique de l’amoureux transi. »
« Hein ? »
« L’amoureux transi c’est moi Bill. Et depuis des années. » Il se rapprocha un peu plus de Bill, et caressa doucement la joue de Bill. « Depuis que t’as embrassé pour la première fois, depuis que tu passais tes soirées avec d’autre que moi, depuis qu’on se connaît en fait, je fais figure d’amoureux, se contentant juste de la place de meilleur ami, et se réjouissant de ton bonheur. Mais si tu savais combien j’ai rêvé de ce moment… Alors par pitié, recommence autant de fois que tu voudras ce que tu viens de faire. »
« Pourquoi tu me l’as pas dit plus tôt ? » chuchota Bill, en avançant son visage vers celui de Tom.
« À défaut de t’avoir tout entier, j’avais au moins la chance de t’avoir comme meilleur ami. Pour rien au monde je n’aurais échangé cette place. » murmura t-il.
C’est un baiser sourire qui éclaira toute la rue.
Une vieille dame sortit de l’immeuble qui surplombait la rue, et elle s’arrêta quelques secondes à regarder ces deux jeunes garçons qui s’embrassaient en envoyant des tas de rayons de caramel-soleil, de sucre-d’amour, de couleurs-heureuses autour d’eux.
Et quand enfin ils se détachèrent et se sourirent elle dit : « Continuez d’éclairer le monde avec votre amour, jeunes hommes. S’il vous plait. »



Demande de Althéa

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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Jeu 15 Oct - 23:50

Ohlala, je me rappelle tellement de quand j'ai écris cette demande, en plein meeting, en galère, soudainement inspiré par un épisode de qaf et je dois avouer que j'avais hâte de la lire.


Je commente là, mais je n'en suis qu'à genre, la moitié, et déjà, bordel, j'adore *-*
Le passage au supermarché, me fait trop mal pour Tom, je veux dire, que Bill l'ait complètement oublié comme ça, c'est vraiment choquant quoi ! Je suis moi-même trop choqué, ah j'adore être surprise, je crois que c'est beaucoup mieux que ce que je m'imaginais. Et Bill est genre, vraiment plus qu'inquiétant et, nan mais ils lui ont fait quoi oo'
aaah bordel *retourne lire et se la ferme*

*reviens*
Oh gosh, c'est vraiment trop étrange, et tellement intriguant.
Et Bill me fait trop de la peine (et il m'énerve aussi vv)
Ouh, par contre je trouve le retour de Bill à la réalité assez brutal et rapide, comme la fin (mais en même temps je peux très bien comprendre ça xD)

Bref, en résumé, c'est pas du tout ce que j'imaginais, je dois dire, mais ça n'empêche que j'ai été agréablement surprise et que j'ai vraiment bien aimé.
Et c'est surtout super bien écrit, je dois dire*-*
Vraiment un grand merci à l'auteur (que je sais pas qui sait parce que je suis une merde aux devinettes), et j'espère que t'as pas trop galéré avec ma demande U.u
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Ven 16 Oct - 1:01

Aoooooooooow *_____*
Trop trop mignon la fin! :')

Et moi aussi je me rappelle de quand cette demande a été écrite! :'D

En bref, j'ai vraiment beaucoup aimé! Je m'attendais pas vraiment à ça mais les idées étaient vraiment bonnes! J'adore les personnages de Bill et Tom! :'D
Et j'ai aussi beaucoup aimé ces petits détails du quotidien qui rend tout plutôt réaliste!

Ouais, vraiment, j'ai beaucoup apprécié, c'était très réussi! Bravo à l'auteure (:
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Jess
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Ven 16 Oct - 14:40

moi je trouve que l'auteur s'en est très bien sortie, moi j'en aurais pas été capable.
J'ai beaucoup aimé cet os, les personnages sont attachants bien que bill à un moment tappait sur les nerfs mais bon ^^
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Mary
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Ven 16 Oct - 17:29

Oh oui, Sophie m'en avait parlé de cette demande!
QAAAAAF!<3
J'ai bien aimé, même si ouais, le retour à la réalité est brutal et que wow il a réussi à l'oublier complètement comme ça! O_o"
Mais c'était agréable, j'aimais bien le point de vue de Tom, qui se sacrifie dans un stéréotype du meilleur ami amoureux trop mignon!<3
J'ai pas grand chose à dire, l'auteur s'est juste bien débrouillée! ; )
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Sam 17 Oct - 21:22

J'ai bien aimé ce OS !
La demande me fait penser à un des épisode de la saison 1 de Queer As Folk ^^
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Dine
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Dim 18 Oct - 18:35

J'avais trop mal au coeur ;________; et ouais le passage du groupe de parole m'a trop fait penser à Queer as folk avec Emmett !

La fin était peut-être un peu rapide je sais pas ... enfin pas rapide mais pas assez détaillée je dirais plutôt, ça coupe assez 'sec' Smile mais globalement, c'était vraiment bien, j'ai beaucoup aimé !
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Dim 18 Oct - 20:26

Hormis le moment, de la perte de mémoire subite et le retour de cette fameuse mémoire, et de cette fin légerement clichée, j'ai trouvé ça plutot sympa! Il y'a de tres bonnes idées, bien décrites, avec de bons personnages!
J'avoue, la demande n'était pas facile et je félicite l'auteur malgré ces quelques petits détails qui m'ont turlupiné.
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Dim 18 Oct - 21:50

Owwh déjà je me souviens du BO, quand Atlhéa avait trouvé la demande suite à QAF :')
Et mon dieuuuu, j'ai tellement aimé cet OS :')
Le désespoir de Bill au début, leurs répliques, leurs retrouvailles, le fait que Bill ait zappé Tom, c'était si crueeeel! Et leurs "réconciliation" avec leurs taquineries et genre l'illumination qu'a eu Bill, j'ai ADORE! Je sais pas, mais j'ai trouvé ça trop bon le coup de l'illumination XD Et bubuuu c'était beau et ca a tellement tordu mon coeeeur I love you
Bravo à l'auteur Smile
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Lun 19 Oct - 19:42

La demande était génial et l'OS aussi. Trés bien écrit (malgré les fautes d'orthographes XD) c'était très agréable à suivre, le récit était vraiment pas mal, mais j'ai eu du mal avec les dialogues que je trouvais un peu tiré par les cheveux :/ Le fait que Bill oublie complètement Tom puis qu'il s'en souvienne ensuite, j'ai pas bien suivi ses arguments et son cheminement XD Enfin ceci dit, ça peut être un OS Merveilleux/Fantastique! La fin était précipitée aussi, le baiser révélation là mouais :/

J'ai adoré la scène au supermarché, elle était trés bien décrite! Bravo!
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Lun 19 Oct - 23:33

Emmet sort du corps de Bill !! xD
Vraiment, c'était un bon OS, agreable à lire, j'ai beaucoup aimée.

Il était simpas, et la demande était originale =)
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Gab'
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Ven 30 Oct - 20:37

C'était un bon OS.

La demande est pas tout à fait respectée mais c'est pas bien grave, par contre ouais parfois niveau cohérence ou crédibilité c'était pas trop ça, mais les persos étaient attachants (malgré les dialogues parfois un peu space XD), so au final j'ai passé un bon moment à lire !
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   Mer 26 Mai - 19:29

GOD!
J'aime beaucoup l'ambiance macabre et le romantisme de l'OS
<3
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MessageSujet: Re: [Vacancières] OS # 8   

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[Vacancières] OS # 8
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